Pour le Syndicat des cinémas de proximité, l’accès aux films reste un sujet central

Les représentants du Syndicat des cinémas de proximité : Rafael Maestro, administrateur, Marie Vassort, coordinatrice générale, et Jean Villa, président © Boxoffice Pro/C.Vargoz

Alors que les différentes branches de l’exploitation sont réunis au Congrès de la FNCF, avant de débattre demain des relations au sein de la filière, les cinémas de proximité veulent aussi faire entendre la voix de leurs spectateurs. Leur pétition pour un meilleur accès au film a recueilli 63 000 signatures. 

En mai dernier en marge du Festival de Cannes, le Syndicat des cinémas de proximité lançait une pétition nationale ouverte à tous, appelant en particulier leurs spectateurs à signer « pour que mon cinéma de proximité accède plus rapidement aux films qu’il souhaite programmer, et pour défendre l’exception culturelle à laquelle nous sommes tous attachés ». En cinq mois, la pétition a recueilli 63 000 signatures. Pour Jean Villa, président du syndicat qui rassemble aujourd’hui 176 cinémas et 271 écrans, cela montre à la fois l’attachement des spectateurs à leurs salles… « et leur frustration de devoir attendre trop longtemps pour voir un film ». Il ne s’agit pas, pour le Syndicat, d’attiser la concurrence entre différentes typologies d’exploitations, et si l’embellie de la fréquentation cette année a plutôt profité aux gros cinémas, le Syndicat ne s’en plaint pas. « Ils ont traversé des moments plus difficiles et tant mieux s’ils progressent. Ce que l’on dit, c’est que certains cinémas, de la moyenne et de la petite, et a fortiori de la très petite exploitation, sont confrontés à un vrai danger, en termes économiques mais aussi en termes d’accès aux films. Or, les entrées réalisées dans ces cinémas là, ne sont que du plus pour la filière. »

Les représentants du syndicat connaissent les contraintes des distributeurs et « nous respectons leurs choix éditoriaux ; ce que nous demandons, c’est un accès aux films dans un délai raisonnable, plutôt en 3e semaine qu’en 5e, comme on le voit de plus en plus. On a vu au moment de la fin des VPF, quand les films ont pu être diffusés plus tôt, que le marché s’en est extrêmement bien porté, en repassant au-dessus des 200 millions d’entrées. » Rafael Maestro, qui est aussi président de la branche de la Petite Exploitation de la FNCF, précise au nom du syndicat qu’il ne s’agit pas de demander tous les films en sortie nationale, mais « d’accompagner les exploitants de proximité, qui connaissent leur public et leur zone de chalandise, dans leurs choix de programmation ». 

Et si certains distributeurs, en réduisant leurs plans de sortie, misent aussi sur une durée de vie plus longue pour leurs films, « la question de la durée se pose aussi dans notre relation à nos spectateurs, souligne Jean Villa. Pour qu’un film plaise, il faut avoir le temps de le défendre sur le temps long. C’est aussi l’idée de l’expérimentation proposée par la Petite Exploitation : donner à un film la meilleure exposition possible, en prenant en compte les attentes des distributeurs, mais aussi l’expertise des exploitants. » 

La question des tarifs pratiqués, soulevée hier par le président de Cinéo, intervient bien entendu dans les zones à concurrence… et dans la création de valeur en général. Jean Villa, dont l’entente Véo programme une majorité de salles de droit privé, ne croit pas « que de petits cinémas cassent les prix pour pénaliser les cinémas commerciaux. Et surtout, il faut tordre le cou à l’idée qu’un cinéma municipal égale prix bas  : aujourd’hui, quand on demande à un maire de choisir entre l’augmentation de sa subvention ou du prix des places, il opte neuf fois sur dix pour revoir les tarifs à la hausse. » Rafael Maestro, dont le réseau de salles municipales en Dordogne n’est pas en zone concurrentielle, confirme que  les communes sont très vigilantes sur le modèle économique de leur salle et leurs politiques tarifaires. Des tarifs qui, évidemment, doivent être adaptés au pouvoir d’achat du public, sachant qu’une sortie cinéma représente « un coût global, y compris en déplacement en milieu rural ».

Si le débat se poursuit donc au sein de la filière, et particulièrement cette année à Deauville, fallait-il toutefois porter ces sujets sur la place publique à travers une pétition ? « Nous voulions rappeler que nous sommes des passeurs : nous faisons ce travail pour que les spectateurs prennent plaisir et puissent voir les films dans les meilleures conditions ; aussi, je pense qu’il est légitime de s’adresser à eux », estime le président du syndicat. Et auprès de la filière, nous voulons montrer que le message que l’on porte correspond à une réalité : celle de territoires que beaucoup de professionnels ne connaissent pas. » Et pour Rafael Maestro, « dans ces territoires, où vivent un tiers des Français, les salles de cinéma, souvent les seuls lieux publics ouverts tous les jours,  sont des lieux structurants. 

Enfin, la mobilisation autour de la pétition a montré l’attachement des spectateurs à leurs salles, « mais aussi leur volonté d’en comprendre le fonctionnement ». Le Syndicat a organisé des réunions publiques lors des festivals de Gindou ou prochainement de Sarlat, qui permettent d’expliquer le modèle économique des salles et l’écosystème du cinéma, « et notamment le rôle et le fonctionnement du CNC, à un moment décisif ».  Une pétition qui aura donc permis, pour Jean Villa, « de faire de la pédagogie pour le plus grand nombre ».

Les représentants du Syndicat des cinémas de proximité : Rafael Maestro, administrateur, Marie Vassort, coordinatrice générale, et Jean Villa, président © Boxoffice Pro/C.Vargoz

Les News