Gautier Blazewicz crée sa société de distribution avec une ligne tournée vers la jeunesse. Sa première sortie est prévue pour janvier.
Voilà un jeune homme qui n’a pas froid aux yeux. À 28 ans, après un Master Médias, Marketing et Innovations au CELSA, dont un stage de fin d’année chez Le Pacte, Gautier Blazewicz se lance dans la distribution en créant sa propre boîte, et a déjà daté sa première sortie. « Après mes études, je n’ai pas trouvé d’offre d’emploi qui corresponde à mes désirs et mon ambition, notamment celle de distribuer des premiers films : ceux qui témoignent souvent d’une liberté, d’une folie et d’une volonté plus forte encore que chez les réalisateurs confirmés. » Un trait qui caractérise Gautier lui-même, qui, tout en faisant des petits boulots dans la restauration, mène ses propres analyses de marché. « J’ai étudié tous les chiffres, fait des bilans pour chaque société, de Warner Bros. à Wayna Pitch – qui m’inspire beaucoup –, pour essayer de cerner leur modèle économique. Convaincu que je pourrai y arriver, j’ai lancé une campagne de crowdfunding pour créer ma société. »
Avec 12 000 € récoltés sur Ulule, la somme dont il a besoin pour acquérir les droits de son premier film et financer les frais d’édition, plus « un peu de mécénat privé », il fonde Crush Films, « un nom accessible et qui peut faire crusher la Gen Z, que l’on peut retenir en disant “c’est un film Crush” comme on dirait un “film A24” ». Car c’est bien à sa génération, celle des 15-30 ans, que le néo-distributeur veut s’adresser, en accompagnant de jeunes cinéastes.
Lancer How To Be Normal…
« J’ai visionné une centaine de films chez des vendeurs internationaux et j’ai eu un coup de cœur pour How To Be Normal, premier long métrage de l’Autrichien Florian Pochlatko. Surtout, j’ai senti que son sujet pouvait trouver un écho auprès de la nouvelle génération ». Présenté à la Berlinale 2025 dans la section Perspectives, cette « comédie aussi drôle qu’étrange » suit une jeune femme sortant d’un séjour en psychiatrie, et questionne la santé mentale, les injonctions à la normalité et la difficulté à trouver sa place dans le monde. « Virginie Devesa, dirigeante de Alpha Violet, a été séduite par mon projet, j’ai proposé un MG et elle m’a cédé les droits », relate le jeune distributeur. Il avait d’abord daté How To Be Normal en novembre mais, la période étant embouteillée, a préféré le positionner au 6 janvier 2027. « Cela me laisse le temps d’organiser des avant-premières dès cet automne, quand les étudiants ont encore du temps. »
Gautier Blazewicz, qui va travailler avec le programmateur free-lance Matthieu De Faucal, ambitionne une sortie sur une vingtaine de copies, espérant trois salles parisiennes dont une en banlieue ainsi que des cinémas art et essai de villes étudiantes. « Je rêverais de faire une avant-première officielle avec le réalisateur et la comédienne à l’UGC Les Halles, et je voudrais organiser des événements à Paris le jour de la sortie, notamment un petit déjeuner avec tous les spectateurs de la séance de 9h et un cours de yoga collectif sur une séance d’après-midi. La cerise sur le gâteau serait de faire un 20h avec les BFF du cinéma et le youtubeur Macho Gomez, qui préparerait un immense pique-nique à partager après la projection. » Il est aussi prévu un challenge inter écoles, « qui s’affronteraient lors de projections près de leur campus », sans oublier des rencontres pendant la semaine de la santé mentale (du 5 au 18 octobre) ou d’autres séances événementialisées, « avec l’envie que les exploitants deviennent de véritables partenaires dans la construction du bouche-à-oreille ».
… en pariant sur Tik Tok
Mais Gautier Blazewicz mise surtout sur Tik Tok et Instagram, où il est déjà très actif. « Chaque dimanche j’y documente concrètement les coulisses du métier de distributeur auprès d’un public jeune qui connaît mal l’économie du cinéma. » C’est aussi sur ces réseaux sociaux qu’il a soumis ses projets d’affiche et où il espère entretenir le buzz, au-delà de sa propre bande annonce. « Je vais inviter une centaine de créateurs de contenu cinéphiles – pas des influenceurs rémunérés – à voir le film en octobre au cinéma Le Brady, pour qu’il fassent leur vidéo sur Tik Tok. » Et bien entendu, des contacts ont été pris avec tous les Jeunes ambassadeurs du cinéma, dont le ciné club 15-25 du Concorde à la Roche sur Yon « qui a beaucoup aimé le film ».
Sachant qu’il n’a pas les moyens pour une campagne classique, le jeune distributeur essaie donc d’imaginer « d’autres façons d’aller chercher les 15-30 ans et de créer du désir autour d’un film art et essai, avec l’idée d’être vu et considéré par les exploitants ». Pour l’heure, il doit sécuriser les 20 salles qui sortiront How To Be Normal. Il espère 9 000 entrées pour être rentable, avec un premier jour à 600, et si tout va bien, il envisage de sortir deux films en 2027, en rêvant par la suite d’un rythme de 3 ou 4 par an.


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