Malavida au pays de Winnie

Anne-Laure Brénéol et Lionel Ithurralde © J. Dreyfus pour Boxoffice Pro

Pour la troisième année consécutive, Malavida présente un film aux Rencontres nationales art et essai jeune public. De quoi confirmer le travail minutieux du distributeur spécialisé dans le répertoire, qui cherche à éveiller le regard des grands, comme des petits.

Depuis sa création en 1926 par Alan Alexander Milne, puis son adaptation à partir des années 1960 par les studios Disney, Winnie l’Ourson s’est installé parmi les figures les plus identifiées de l’enfance. Pourtant, il existe une autre version du personnage encore fort méconnue du public occidental. En effet, parallèlement à Disney, le cinéaste soviétique Fiodor Khitrouk développe également une adaptation animée de l’ourson, qui aboutit à trois courts métrages entre 1969 et 1972. La compilation de ces œuvres constitue Winnie l’Ourson, moyen métrage d’une quarantaine de minutes que Malavida distribue au printemps 2027.

« L’adaptation de Khitrouk est aux antipodes de la version américaine, elle ne cherche pas le réalisme des décors ou l’anthropomorphisme, évoque Lionel Ithurralde, codirecteur. Les réalisateurs de Disney [John Lounsbery et Wolfgang Reitherman, ndlr.] ont même déclaré publiquement préférer la version Khitrouk ! » Au-delà d’être « des références dans le monde de l’animation », les courts métrages du cinéaste ont fortement marqué l’imaginaire populaire soviétique de l’époque, et restent encore très populaires dans la culture russe aujourd’hui, aussi parce que Winnie incarne une certaine liberté de penser. « Ces films mettent énormément en avant l’iconographie du pays à l’époque dans le décor et dans les thèmes abordés : la liberté, la camaraderie et la solidarité, le tout avec beaucoup d’humour et de simplicité, soutient Anne-Laure Brénéol, codirectrice de Malavida. C’est pour ces raisons que le film est très simple à appréhender par les petits et les tout-petits. »

Un travail accru sur la version française

L’objectif est que Winnie l’Ourson puisse être découvert par un large public. Disponible à partir de 3 ans, il bénéficiera donc d’une VF que Malavida développe pour l’occasion. À l’instar de La Princesse, l’Ogre et la Fourmi, le distributeur fait appel à Philippe Katerine qu’il connaît depuis plus de 20 ans et la sortie en 2005 de Peau de cochon, l’unique long métrage derrière la caméra du chanteur-acteur. « Winnie est un personnage rempli de joie de vivre, qui chante tout le temps, et Philippe Katerine correspond parfaitement à ce rôle », explique Anne-Laure Brénéol, également directrice artistique de la réalisation des VF. D’ailleurs, si le distributeur souhaitait depuis de nombreuses années sortir le moyen métrage de Fiodor Khitrouk, il se heurtait justement à l’impossibilité d’en composer une version française. « Comme de nombreux autres films de cette époque, les seules copies restantes sont en VO sans pistes séparées, c’est-à-dire qu’on ne peut pas isoler les voix pour faire une VF », détaille Lionel Ithurralde. Une contrainte d’autant plus problématique pour les films jeune public, qui a finalement pu être contournée par les avancées technologiques permettant de distinguer les différentes pistes. « Nous accordons beaucoup d’attention à faire des doublages de qualité, même pour des films muets. Sur les deux Alice Comedies de Disney par exemple, nous avons créé une bande originale avec une voix d’enfant lisant en français les cartons de texte, développe Anne-Laure Brénéol. C’est un travail très précieux, même sur du répertoire, car il apporte une modernité à l’œuvre et permet de l’ancrer dans une dimension quotidienne pour les enfants. »

Accompagner le regard au plus tôt

La présence de Malavida aux Rencontres jeune public de l’AFCAE s’inscrit désormais dans une dynamique régulière, étant donné que le distributeur y a été programmé quatre fois sur les cinq dernières éditions. Pour cette année, et en attendant l’élaboration de la VF, les exploitants découvriront la version originale sous-titrée de Winnie l’Ourson, précédée de la lecture d’un texte inédit de Xavier Kawa-Topor, spécialiste du cinéma d’animation. « En permettant de montrer le film devant 300 exploitants, ces Rencontres servent d’accélérateur de particules », précise Anne-Laure Brénéol. 

Participer à ce rendez-vous est également l’occasion pour le distributeur d’affirmer sa volonté « d’éduquer le regard des tout-petits pour créer des spectateurs curieux ». Pour ce faire, La sélection des films dans dispositifs d’éducation au cinéma a un impact considérable, tant elle constitue un levier important sur la vie des œuvres. Mais les difficultés de Malavida à faire intégrer ses sorties dans les dispositifs soulignent aussi la frilosité vis-à-vis du répertoire. Les deux directeurs pointent par exemple l’absence de sélection de La Ferme des animaux de John Halas et Joy Batchelor, présenté aux Rencontres jeune public de 2025 et adapté du roman éponyme de George Orwell, alors que l’auteur figure au programme du collège. Ainsi, pour Anne-Laure Brénéol et Lionel Ithurralde, il s’agit de « faire confiance aux enfants qui ont une grande capacité de réflexion, et peuvent tout à fait appréhender avec plaisir des œuvres d’une autre époque ».

Anne-Laure Brénéol et Lionel Ithurralde © J. Dreyfus pour Boxoffice Pro

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