Cinéo en séminaire à Perpignan

Les participants au 10e Céminéo devant le Mega Castillet © Antoine Musset / Cinéo

Le groupement de cinémas indépendants privés évolue vers une co-présidence, plus que jamais engagé pour faire reconnaître les spécificités de ses adhérents et de ses actions, notamment en faveur de la transition écologique

En plus de 15 ans d’existence, « notre association fait son œuvre, pas-à-pas, pour que notre catégorie de cinémas “du milieu”, présents sur tout le territoire, soit mieux reconnue par la profession et le public », introduisait Marie-Christine Désandré lors de l’AG de Cinéo, le 12 juin au Mega Castillet de Perpignan. L’un des temps forts de trois jours de rencontres – dans les deux établissements perpignanais de Cine Movida et au Clap Ciné de Canet-en-Roussillon –, qui ont rassemblé des adhérents de toutes les régions et leurs nombreux partenaires. Pour rappel, le groupement de 140 cinémas (pour 713 écrans) est à la fois une association et un syndicat, présidés depuis 10 ans par Marie-Christine Désandré. Mais au vu du travail à mener sur tous les fronts, « je ne suffis plus à cette tâche » estime la présidente, qui a donc proposé à Cédric Aubry de présider le syndicat, tandis qu’elle conservera la présidence de l’association-mère « pour travailler en binôme ». Le dirigeant de Confluences partagera donc leur « volonté commune de défendre le modèle des indépendants privés ».

Afficher l’unité…

Les tensions actuelles ont été abordées lors de ce 10e Céminéo, mais « toujours dans un esprit d’unité et de solidarité de la profession », souligne Marie-Christine Désandré, en témoigne la rencontre – à huis clos – organisée à Perpignan avec des représentants de CGR et UGC. Une démarche saluée par le président du CNC, qui est intervenu en visio, et celui de la FNCF. « Nous devons absolument faire retomber la pression, a réaffirmé Richard Patry, sans renier nos revendications corporatistes, mais sans jamais attaquer les autres, qu’ils soient gros ou petits. » Certes, les débats n’en ont pas moins montré le sentiment d’injustice de certains exploitants privés face à des salles municipales subventionnées, ou de « petits patrons », face à l’offensive de grands circuits. Mais dans tous les cas, on pointe le tunnel de la 3e semaine et la responsabilité des distributeurs, parfois déconnectés de la réalité du terrain. Pour Marie-Christine Désandré, « la réduction des plans de sortie impacte directement nos tailles d’exploitations ».

Et si Richard Patry interroge le besoin d’établir une « chronologie de l’accès au film », il déplore surtout que la programmation, métier avant tout humain, soit en passe d’être confiée « à deux IA, celle des distributeurs et celle des salles ». Aussi, sans être miraculeux, le comité de concertation permet la réflexion… par exemple sur « le sujet complexe des visas exceptionnels et la répartition des 500 séances entre catégories d’exploitants ».

Enfin, l’unité doit être retrouvée au sein de toute la filière. Avec les syndicats de producteurs, – qui ne communiquent pas suffisamment avec la FNCF, rapporte son président –, et avec l’audiovisuel. « Il y a 10 ans, le cinéma et l’audiovisuel avaient suffisamment de force pour s’adresser ensemble aux pouvoirs publics. Aujourd’hui, on siffle le logo Canal+ à Cannes. » Et à l’heure où le modèle français est attaqué, Marie-Christine Desandré et Richard Patry appellent ainsi tous les exploitants à faire de la pédagogie auprès de leurs élus locaux, « quel que soit leur parti, pour leur dire à quel point la disparition du CNC serait une catastrophe pour l’exceptionnel modèle français ». 

Antoine Musset, coordinateur chez Cinéo et Paul De La Fage, référent écologie, se sont particulièrement attelés à ce travail de communication depuis l’an dernier, pour expliquer le rôle des cinémas dans l’animation des villes, et faire exister la “marque” Cinéo. Le groupement s’attache toujours à mutualiser les services entre adhérents, à travers par exemple une centrale d’achat pour négocier des tarifs préférentiels – y compris sur l’énergie –, sans atteindre forcément de gros volumes. Cinéo est aussi organisme de formation et, avec sa référente Qualiopi Sandrine Van Den Broeck, a organisé en 2025 122h de sessions autour de neuf thématiques, dont les ressources humaines, la facturation électronique, l’accueil du public, les premiers secours… et bien sûr l’écologie.

… et agir pour des alternatives vertes

On sait que le groupement a été pionnier en matière de transition écologique des salles, contribuant à porter ce combat au sein de la FNCF. Lauréat du volet « Alternatives vertes » de France 2030, Cinéo travaille depuis deux ans à développer un modèle d’exploitation soutenable, avec le soutien de Juliette Vigoureux (La Base), l’intégralité des actions étant financée par une dotation de 674 000 euros. Ce projet en trois étapes a commencé par dresser le bilan carbone des salles, dont les résultats ont été présentés au Congrès l’an dernier. Sachant que la mobilité des spectateurs reste le plus gros poste d’émission (69 % en moyenne), Cinéo a lancé une étude détaillée sur le sujet auprès de 15 cinémas, dont la synthèse sera bientôt publiée et confirme que la majorité des spectateurs (57 %) vont au cinéma en voiture… seuls. Les mesures concernent aussi toutes les formes de pollution générées par une sortie ciné – sur la biodiversité, l’air ou l’eau… – au-delà de leur impact sur le climat. Il reste par exemple un immense chantier sur la gestion des déchets : alors que les cinémas sont tenus depuis janvier 2026 de trier les bio-déchets, ils sont toujours mélangés au recyclable et 64 % de ce que l’on trouve dans les poubelles “noires”… n’a rien à y faire.

Aussi, en s’appuyant sur les 10 thématiques de sa charte éco-responsabilité, Cinéo organise chaque année son “Lab 2030” (dont le prochain aura lieu du 7 au 9 octobre 2026) pour inventer et ajuster collectivement des alternatives concrètes. Des expériences locales d’horaires de bus alignés sur ceux des séances, ou encore un week-end “Gourm’engagé” ont ainsi été imaginés. Enfin, sur le volet formation, Cinéo continue d’assurer, aux côtés de l’ADRC et de La Base, les sessions “Gestion éco-responsable des salles” du CNC, tout en développant ses modules “Quels cinémas demain ?”. Ces derniers sont scindés en trois parties – décarbonation, déchets et énergie – avec pour chacune 45 mn d’apprentissage individuel, un auto-diagnostic, puis 1h30 en visio-conférence pour les solutions concrètes. « Des formations indispensables, toujours élaborées en fonction des besoins des adhérents, et pas trop longues pour que chacun puisse y participer », souligne Marie-Christine Désandré. Et une action qui illustre, selon les mots de Gaëtan Bruel, « le travail d’intérêt général mené par Cinéo, contribuant à l’action du CNC ».

Les participants au 10e Céminéo devant le Mega Castillet © Antoine Musset / Cinéo

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