Le nouveau cinéma municipal de la Ville de Gex, près de Genève, a accueilli ses premiers spectateurs le 3 juin. Un changement d’échelle conçu sur mesure pour répondre aux besoins d’un bassin de vie de 120 000 habitants.
Le Patio succède au mono-écran éponyme historique, et s’inscrit dans une vaste opération de renouvellement urbain, mêlant commerces, logements, office de tourisme, étude notariale, bureau de poste et espaces publics réaménagés. Le cinéma y occupe une place centrale, avec un parking souterrain situé à une vingtaine de mètres et gratuit pendant deux heures, dans une logique éprouvée de revitalisation du centre-ville.
Le Patio s’est donc transformé en un complexe de trois salles, pour un investissement total de 2,5 millions d’euros, financés par la Ville de Gex avec le soutien de l’État (dans le cadre du programme Action Cœur de Ville), du CNC via l’aide sélective, « ainsi que de la Région Auvergne-Rhône-Alpes qui a doublé le montant de l’aide sélective », précise Benjamin Gondard. Le directeur, en poste au Patio depuis près de vingt ans, a été étroitement associé à la conception du nouvel équipement municipal. « Nous avons eu la chance de pouvoir construire un bâtiment pour nous, par nous, et surtout, en fonction de nos besoins. » Comme celle de multiplier le nombre de séances… sans multiplier à outrance les fauteuils, avec une grande salle calibrée à 127 places, et deux plus petites de 49 et 40 – pour une jauge totale de 216 places. « Sachant que notre moyenne est d’environ vingt spectateurs par séance, nous avons privilégié le confort plutôt que de grands volumes démesurés dans nos salles. » Ces dernières sont par ailleurs semi-enterrées, de manière à tirer parti de la géothermie et limiter les besoins en chauffage et en climatisation.
Le directeur du cinéma a participé à de nombreux arbitrages techniques, des projecteurs laser à la lumière diffusée par les nez de marche, sans oublier les joints des grilles d’aération « pour éviter les vibrations » ! Un degré d’attention qui a même tapé dans l’oreille d’un chef d’orchestre venu voir Nous l’Orchestre ! « et qui nous a félicités pour la qualité de notre acoustique. Ce sont des types de retours qui font toujours plaisir ».
En outre, chaque salle du Patio possède sa propre identité visuelle. Celle aux fauteuils bleu électrique est déjà baptisée “salle des P’its Yeux”, en hommage au festival P’tits yeux Grand écran que propose le cinéma depuis 21 ans. Le parrain et la marraine des deux autres salles seront dévoilés en septembre.

Parmi les autres innovations du lieu, le “comptoir gourmand” La Dolce Vita du Patio propose cafés – « fourni par un torréfacteur gexois qui a élaboré une mouture spécifique pour le cinéma » –, chocolat chaud, biscuits artisanaux et autres produits locaux, servis dans de la vaisselle en porcelaine. Une offre de restauration légère et raffinée, à consommer exclusivement sur place et non dans les salles. « L’idée était d’éviter les frais de ménage, mais surtout de décomposer le temps autour de la séance, avec des temps pleinement dévolus au boire et au manger, avant ou après le film. »
Créneaux surprise
Le passage à 3 salles va naturellement enrichir la programmation du Patio, tout en confortant son identité art et essai. Le cinéma compte ainsi conserver ses quatre labels – Jeune Public, Patrimoine et Répertoire, Recherche et Découverte et Courts Métrages – et vise désormais l’intégration au réseau Europa Cinemas. Une médiatrice a rejoint l’équipe en décembre dernier afin d’accompagner le développement des actions envers les publics. « Nous avons rédigé une véritable stratégie de programmation qui a été adoptée en conseil municipal », rappelle le directeur. Une transparence qui se traduit notamment par une « grille type » et des engagements de programmation – que l’établissement n’est pourtant pas réglementairement tenu de prendre – qui rendent les discussions avec les distributeurs plus « limpides ». Le Patio a également cherché à insuffler de la flexibilité dans ses programmes mensuels. Un créneau surprise quotidien – dont les séances de 20h30 les mercredis, vendredis et samedis – est volontairement laissé libre afin d’accueillir des ajouts ou rattrapages de dernière minute. De quoi « prévoir l’imprévisible », et faire l’unanimité des interlocuteurs.
Cinéma sans frontières
Dans un environnement concurrentiel composé du cinéma de Ferney-Voltaire, du Pathé d’Archamps et des établissements de l’imposant voisin suisse, le cinéma municipal a radicalement… simplifié ses tarifs : 5 euros pour les moins de 26 ans et 8 euros pour les spectateurs de 26 ans et plus, tandis qu’une carte Pourpre permet aux habitants aux revenus modestes d’accéder à des tarifs réduits et que les cartes d’abonnement ramènent le prix de la place à environ 6 euros. Cette stratégie tarifaire vise également à séduire un public transfrontalier : « À Genève, les billets peuvent atteindre 15 ou 20 euros, observe Benjamin Gondard, persuadé que le Patio attirera des spectateurs suisses grâce à la diversité de son offre de films. Le Patio diffuse déjà son programme au-delà du Pays de Gex, auprès de nombreux partenaires culturels helvétiques. « Il existe de vraies synergies à développer des deux côtés du Léman », note le directeur. « Ne serait-ce que pour mutualiser la venue des équipes de films et éviter de faire effectuer plusieurs déplacements similaires depuis la gare de Genève. »
Si le mono-écran Le Patio avait accueilli plus de 15 000 spectateurs en 2025, pour une moyenne pré-Covid établie autour de 14 800 entrées annuelles, le nouveau complexe vise désormais les 70 000 tickets, et une semaine après l’ouverture, l’équipe de six salariés savoure déjà les premiers retours du public.


Partager cet article