Étude CNC – Exploitation à l’international : tarification, IA, accessibilité et politiques publiques au cœur des nouveaux défis

De gauche à droite : Julien Marcel (président de Cine Group), Florence Leborgne (consultante chez Hexacom) et Cécile Lacoue (directrice des études, des statistiques et de la prospective au CNC), Cannes, 17 mai 2026 © Boxoffice Pro/A.Algan

Ce matin à la Plage du CNC à Cannes, était présentée l’étude “Exploitation : Quelles tendances à l’international ?” pilotée par la direction des études, des statistiques et de la prospective du CNC. L’occasion pour sa directrice Cécile Lacoue de revenir sur les enseignements du rapport, en compagnie de deux de ses co-auteurs, Julien Marcel, président de Cine Group, et Florence Leborgne, consultante chez Hexacom.

Le paradoxe du prix

L’inflation et la hausse du prix moyen du billet soulèvent une question récurrente sur tous les marchés : le cinéma est-il devenu trop cher ? Pour Julien Marcel, la réponse des spectateurs est paradoxale mais claire : « La réalité, c’est que que ce qui marche le mieux, ce sont les expériences les plus premium et donc souvent les plus chères », tandis que les stratégies de bas tarifs peinent parfois à convaincre, comme l’illustre l’échec relatif du circuit Helios en Pologne, qui proposait jusqu’à 40 % de réduction pour un billet acheté quatre jours à l’avance, puis des remises dégressives à mesure que la séance approchait (-30 % à 3 jours, -20 % à deux jours…). À l’inverse, les offres d’abonnement illimité – comme Cineville aux Pays-Bas – triomphent, mais reposent moins sur leur prix que sur le sentiment d’appartenance qu’elles procurent : « Les spectateurs sont attachés au fait d’appartenir à une communauté de cinéphiles », insiste Julien Marcel, rappelant que « pendant le Covid, les porteurs de cartes Cineville ont dans leur immense majorité continué à payer leur abonnement pour soutenir cette communauté de cinémas indépendants. »

Data et IA, vecteurs inattendus de diversité

« La question de la data anime tous les débats de toutes les réunions d’exploitants à travers le monde », observe Julien Marcel, tout en reconnaissant que ce n’est qu’avec l’essor de l’intelligence artificielle que le secteur a commencé à en faire une « utilisation effective, avec des perspectives nouvelles ». Et l’exemple du circuit Vue au Royaume-Uni, qui utilise l’IA depuis près d’une décennie pour accompagner sa programmation, a de quoi tordre le cou aux idées reçues : « Le résultat, c’est beaucoup plus de films programmés qu’avant, de films en langue originale, de films de niche… bref, de diversité », constate le président de Cine Group.

L’accessibilité : un enjeu humain qui pèse 15 % du marché

« Une personne sur six, à un moment ou un autre de sa vie, sera concernée par des problématiques d’accessibilité ou de handicap », rappelle Julien Marcel, en pointant la pertinence économique des progrès encore à accomplir en la matière dans les cinémas du monde. « Un sujet qui concerne 10 à 15 % du marché adressable, il serait absurde de le laisser de côté. » Au-delà de l’enjeu économique, se pose aussi celui de l’inclusion dans ces lieux d’expérience collective que sont les cinémas, «dont aucun public ne doit être exclu ».  Si la France a beaucoup avancé sur l’accessibilité des cinémas, d’autres pays déploient aussi des initiatives remarquables, comme le Brésil, qui impose des normes très strictes en matière de localisation des emplacements PMR dans les salles, ou qui propose des fauteuils adaptés aux personnes en situation de surpoids.

Le parent pauvre des soutiens publics

L’étude met également en exergue la grande disparité des politiques publiques selon les pays, mais, dans la majorité des cas, l’exploitation reste « le parent pauvre de ces politiques publiques », observe Florence Leborgne d’Hexacom. Et lorsque ces aides existent, elles ciblent généralement la programmation (art et essai, public jeune), alors que « très peu de pays ont un soutien construit et massif à l’investissement dans l’exploitation, que ce soit la création, la rénovation ou la modernisation des équipements », à l’exception notable de l’Italie. Or le manque de subventions structurelles peut avoir des conséquences dramatiques, comme au Royaume-Uni où, selon un sondage réalisé l’année dernière, « pratiquement un tiers des salles indépendantes déclarent risquer de fermer dans un délai de trois à cinq ans du fait de la vétusté de leurs équipements ». 

Un constat qui rejoint, selon Julien Marcel, le rôle décisif de l’investissement dans la relance de la fréquentation : « Si les salles se disent qu’elles ne pourront investir que lorsque le public sera revenu, cela signifie que l’on fait revenir les spectateurs dans des établissements qui ne sont pas au niveau attendu. » D’où, parmi les enseignements majeurs de cette étude internationale du CNC, le caractère déterminant des mécanismes publics d’accompagnement et de régulation pour maintenir un parc à niveau et, par extension, « soutenir la diversité de la programmation ».

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Confiée à confiée à trois partenaires (Cine Group, Hexacom et Omdia), l’étude “Les salles de cinéma : quelles tendances à l’international ?” a porté sur 14 marchés : États-Unis, Mexique, Brésil, Royaume-Uni, Pays-Bas, Italie, Pologne, Chine, Japon, Corée du Sud, Vietnam, Indonésie, Arabie Saoudite, Afrique du Sud.
L’intégralité de l’étude, ainsi que les 14 fiches pays détaillées, sont disponibles sur le site du CNC.

De gauche à droite : Julien Marcel (président de Cine Group), Florence Leborgne (consultante chez Hexacom) et Cécile Lacoue (directrice des études, des statistiques et de la prospective au CNC), Cannes, 17 mai 2026 © Boxoffice Pro/A.Algan

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