IFCIC : une interface clé entre exploitants et banques

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Établissement de crédit doté d’une mission d’intérêt général, dans un monde bancaire de plus en plus normé, l’Institut pour le financement du cinéma et des industries culturelles exerce sa fonction singulière à la croisée des logiques de marché et des enjeux de filière. Un rôle d’autant plus déterminant à l’heure où les besoins de financement se recomposent.

Face à une spirale de baisse de fréquentation qui induirait une baisse des investissements dans le parc cinématographique français, Karim Mouttalib, directeur général de l’IFCIC, pose d’emblée l’enjeu central du financement. « Pour attirer le public, une bonne offre de films ne suffit pas : il faut des cinémas de qualité, à la hauteur de l’expérience collective unique de la salle, loin du visionnage solitaire à domicile. » D’où le besoin d’investissement constant, que l’IFCIC accompagne avec ses deux outils : le prêt bancaire et, surtout, la garantie, « qui représente la majorité de nos interventions ».* 

Débloquer l’investissement

Sébastien Saunier, directeur du Crédit aux entreprises et de la Stratégie, assume volontiers sa mission pédagogique : « Entre l’implication des collectivités, du CNC avec ses taxes affectées, le secteur est régi par des mécanismes uniques. À l’IFCIC, nous aidons les exploitants à expliquer leur modèle économique aux banques et à leur donner des clés de lecture des comptes de résultats et des bilans. » En apportant 50 à 70 % de garantie de prêt, l’implication de l’IFCIC se révèle ainsi généralement décisive pour engager la prise de risque de l’établissement bancaire. À l’occasion, pour « compléter le tour de table », l’organisme peut lui-même accorder des prêts, « notamment quand le risque est plus difficilement mesurable, comme dans le cas de transmissions de salles ».

L’IFCIC faisait naturellement partie du mécanisme d’urgence mis en place par le CNC dans la foulée du Congrès 2025, pour soutenir les exploitants en peine de trésorerie. Nombreuses ont alors été les sollicitations de conseils pour entrer en négociation avec les banques, « sur la possibilité de mobiliser les garanties de prêts pour aménager les modalités de remboursement, les allonger ou les assouplir », décrit Sébastien Saunier. Finalement, le directeur spécialisé aura la satisfaction de voir la plupart des difficultés de ses interlocuteurs résorbées par « la réactivité du CNC sur les outils d’urgence, la rapidité des décisions et des versements et la reprise de la fréquentation dès décembre 2025. Mais nous restons attentifs car dans le contexte inflationniste des coûts d’exploitation, les sujets de trésorerie peuvent émerger rapidement ». 

Nouveaux chantiers

Depuis la crise sanitaire, l’IFCIC observe que les investissements de ses bénéficiaires se sont réduits. « Entre 2017 et 2019, nos nouvelles garanties et prêts directs représentaient un volume de 71 millions d’euros. Depuis fin 2020, ils ne représentent que 65 millions d’euros », détaille Karim Mouttalib, qui n’y voit pas forcément un reflet de difficultés, « mais d’attentisme de la part des exploitants, qui décalent leurs projets ». De fait, dans le défi permanent de modernisation, le directeur général de l’IFCIC rappelle deux sujets centraux. D’abord le passage au laser, « sans grand plan spécifique de soutien mais en complémentarité avec les aides du CNC, et avec l’option du changement à neuf ou celle du rétrofit ». Plus généralement, sur l’ensemble des enjeux énergétiques, l’IFCIC travaille avec le comité écologie des cinémas de la FNCF « pour bien identifier les besoins en investissements et voir comment nous pouvons y participer », précise Sébastien Saunier qui voit, dans ce qui est destiné à devenir une économie à long terme, « typiquement le genre de choses à financer avec des crédits, sans sortir de trésorerie ». 

Autre sujet « devant nous » : les 500 000 chefs d’entreprises qui vont partir à la retraite ces 10 prochaines années et, parmi eux, des exploitants. Autant de transmissions qui peuvent donner lieu à des mutualisations et des rapprochements d’acteurs indépendants, comme l’a déjà observé l’IFCIC. « Nous œuvrons principalement auprès de la petite et moyenne exploitation, l’art et essai et la profondeur des territoires, et sommes donc d’autant plus soucieux de la préservation de la diversité des acteurs dans le secteur », concluent les experts, qui planchent déjà, avec le comité jeunes exploitants de la FNCF, sur des reprises de cinémas par des salariés.

*À fin mars 2026, l’IFCIC enregistre un encours de 110 millions d’euros de prêts garantis et octroyés en faveur de l’exploitation cinématographique.

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