Dès le premier jour du CinemaCon, un panel réunissant Look Cinemas, Vue International et The Boxoffice Company a posé les bases d’une approche pragmatique de l’intelligence artificielle pour les exploitants. Moins de promesses futuristes, davantage de cas d’usage concrets : la filière salle commence à s’emparer du sujet.
« Commencer petit, mais commencer maintenant. » C’est par cette formule que Laura Houlgatte Abbott, directrice générale de l’UNIC (Union Internationale des Cinémas), a conclu le panel « Practical AI for Streamlined Theater Operations », programmé lundi matin au Caesars Palace de Las Vegas. Un mot d’ordre volontairement terre-à-terre pour une session qui a fait le choix de s’éloigner des discours spéculatifs sur l’IA pour se concentrer sur ce que les exploitants peuvent mettre en œuvre dès demain.
Pour planter le décor, la modératrice a soumis la même question – « Qu’est-ce que l’IA ? » – à trois moteurs d’intelligence artificielle. ChatGPT s’est montré succinct, Gemini plus imagé en qualifiant l’IA de « statistiques appliquées sous stéroïdes », tandis que Claude a voulu creuser les angles philosophiques. « Rassurez-vous, nous n’allons pas aborder l’angle philosophique aujourd’hui », a lancé Laura Houlgatte, donnant le ton d’un panel résolument tourné vers l’opérationnel.
Un « manager virtuel » chez Look Cinemas
Brian Schultz, fondateur et CEO de Look Cinemas – circuit de sept cinémas premium aux États-Unis –, a livré le témoignage le plus concret de la matinée. Le déclic, raconte-t-il, est venu d’une remarque de sa fille : « Papa, tu agis comme un PDG ou comme un directeur général ? Tu n’arrêtes pas de répondre aux mêmes questions de base, encore et encore. » L’exploitant a alors entrepris de structurer l’ensemble de ses procédures internes – des ressources humaines à la recette du popcorn – dans un système alimenté par l’IA, accessible aux équipes via des codes QR et des puces RFID.
Le résultat : un « manager virtuel » disponible en permanence, que chaque collaborateur peut interroger depuis son téléphone sur n’importe quel sujet opérationnel. « C’est comme avoir votre meilleur manager régional disponible à 100 % », résume Brian Schultz, qui insiste sur un point clé : l’IA n’a pas nécessité de refonte technologique. Le circuit a simplement rendu accessibles des documents qui existaient déjà mais que personne ne consultait.
Vue International : dix ans de machine learning au service de la programmation
Otto Turton, directeur commercial de Vue International (230 cinémas dans huit pays européens), a rappelé que l’exploitant utilise l’apprentissage automatique depuis une décennie, d’abord pour optimiser la programmation de ses salles. Mais les usages se sont depuis considérablement élargis.
L’IA permet aujourd’hui à Vue d’analyser à grande échelle les réponses textuelles libres de ses clients. Otto Turton a cité l’exemple des Pays-Bas, où le système a détecté des mentions récurrentes de popcorn trop salé – un problème opérationnel qu’aucune enquête de satisfaction traditionnelle n’aurait pu faire remonter aussi rapidement. Côté marketing, l’IA adapte en temps réel le contenu des publicités en fonction des recherches des spectateurs, en mettant en avant les sièges inclinables ou les offres spéciales les plus pertinentes pour chaque requête.
Du SEO au « GEO« : préparer l’ère de la recherche par IA
Marine Suttle, directrice générale de The Boxoffice Company, a élargi la perspective en abordant un virage stratégique pour l’ensemble de la filière : le passage du SEO (référencement sur les moteurs de recherche classiques) au GEO, pour Generative Engine Optimization. Citant une étude McKinsey, elle a rappelé que 44 % des consommateurs préfèrent désormais interroger une IA générative avant une décision d’achat.
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Pour les exploitants, l’enjeu est de devenir « la » réponse que fournira l’IA lorsqu’un spectateur cherchera où voir un film. Marine Suttle a livré quatre recommandations concrètes : enrichir et structurer les données de son site (le cinéma est-il adapté aux enfants ? propose-t-il des cocktails ?) ; maintenir à jour ses fiches sur Google Business, TripAdvisor et Yelp ; encourager et répondre aux avis en ligne, que l’IA intègre dans ses réponses ; et enfin soigner sa présence presse, les moteurs d’IA traitant les articles de presse comme des sources d’information fiables et neutres.
« La taille du cinéma n’a pas d’importance »
En conclusion, Laura Houlgatte Abbott a insisté sur l’accessibilité de ces outils, y compris pour les petites structures. « La taille du cinéma n’a pas d’importance ; tout le monde peut trouver un usage », a-t-elle souligné, rappelant que l’IA ne sert pas à remplacer les équipes mais à « les amplifier ». Un message qui tranche avec la cartographie du CNC publiée en 2024, laquelle classait l’exploitation parmi les métiers les moins impactés par l’intelligence artificielle. Deux ans plus tard, le terrain semble avoir pris de l’avance sur l’étude.
Cet article a été rédigé avec l’aide d’une IA


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