Avec un box-office mondial record et une accélération sans précédent de son parc français, IMAX sort d’une année 2025 historique. Giovanni Dolci revient sur cette dynamique portée par la premiumisation des salles et le succès des contenus locaux, et dévoile les ambitions pour 2026, marquée par le retour de Christopher Nolan.
« 2025 restera comme une année record »
Quel bilan tirez-vous de l’année écoulée pour IMAX à l’échelle mondiale ?
2025 restera comme une année charnière. Nous avons atteint notre record historique avec 1,28 milliard de dollars engrangés, soit une croissance massive de 40 % par rapport à 2024. Ce chiffre dépasse même nos performances de 2019, l’année de référence pré-pandémie. La grande différence avec nos précédents sommets, c’est la structure de cette croissance. Par le passé, nos succès dépendaient souvent d’une région spécifique, comme la Chine ou l’Amérique du Nord, ou d’un titre unique très dominant. En 2025, nous avons battu nos records simultanément : en Amérique du Nord, en Chine et sur les marchés internationaux. C’est la preuve que notre modèle est désormais global et beaucoup plus résilient.
La France s’inscrit-elle dans cette dynamique, alors que la fréquentation nationale a globalement souffert ?
Absolument, et c’est là que le signal est le plus fort. La France s’est classée au 8e rang de nos marchés en 2025, ce qui montre son importance au sein de notre réseau. L’exemple d’Avatar : De feu et de cendres est éloquent : la France a été le troisième territoire le plus performant au monde pour ce film en IMAX.
Cette performance s’est accompagnée d’une accélération du déploiement de vos salles. Où en est le réseau français ?
Nous avons ouvert sept nouvelles salles en France en 2025, ce qui est un record absolu pour nous sur une seule année. C’est le fruit d’un travail de fond pour mailler le territoire, car sur ces dernières années, nous avons évidemment consolidé notre partenariat historique avec Pathé, mais nous avons aussi élargi notre présence avec Kinepolis, Megarama, et ouvert de nouveaux horizons avec des exploitants indépendants comme CineWest ou Majestic. L’objectif pour 2026 est de maintenir ce rythme, avec environ cinq nouvelles ouvertures prévues.

Comment expliquez-vous l’intérêt croissant du public pour le format ?
Je pense que l’excellence de l’exploitation française joue un rôle majeur. Notre partenaire historique, Pathé, a placé la barre extrêmement haut en matière d’accueil et de qualité de projection. Cette exigence a créé une habitude chez les spectateurs : ils savent qu’en allant voir un film en IMAX, ils accèdent à une proposition de valeur qu’ils ne peuvent pas retrouver chez eux. Mais nous voyons aussi que ce succès n’est plus limité aux très grandes villes. En ouvrant sept sites en un an, nous avons commencé à mailler plus finement le territoire français.
IMAX n’est pas réservé aux circuits
Justement, voir des indépendants comme le Majestic ou CineWest s’équiper en IMAX, est-ce une spécificité française ?
C’est une tendance qui me tient particulièrement à cœur, et le succès du Cineum à Cannes [exploité par Cineplanet, ndlr.] est, à cet égard, exemplaire. Cela prouve que IMAX n’est pas réservé aux circuits. Un exploitant indépendant qui investit dans notre technologie voit un retour immédiat, car il transforme son cinéma en une destination régionale. Le format IMAX devient un argument différenciant qui attire un public prêt à faire plus de kilomètres pour voir un film.
Au-delà des infrastructures, la programmation a, elle aussi, évolué. On voit de plus en plus de productions locales en IMAX.
C’est un axe sur lequel nous travaillons énormément. Nous ne voulons pas être perçus uniquement comme le diffuseur des blockbusters de super-héros. En 2025, nous avons eu des résultats très probants avec le cinéma français, notamment Chien 51 de Cédric Jimenez, qui a bénéficié d’une sortie en IMAX. Nous constatons que le public répond présent pour des genres très variés. L’animation japonaise avec Demon Slayer: Kimetsu no Yaiba : La Forteresse infinie a intégré notre top 10 annuel en France. Nous avons même proposé des contenus alternatifs comme Le Lac des Cygnes ou la retransmission du match Paris Saint-Germain contre l’Olympique de Marseille en mars 2025. Cette diversité permet de faire vivre nos salles toute l’année, quelle que soit l’actualité des studios américains.
2026 sera probablement l’une de nos années les plus denses
Justement, vous lancez, le 25 février, un documentaire français, ATHOS – Au cœur de la Patrouille de France…
ATHOS est un projet produit par Federation Studios et Imago, distribué par Pathé Live. Il a été entièrement tourné avec des caméras numériques certifiées IMAX, et sortira le 25 février exclusivement dans le format premium, puis à partir du 4 mars dans tous les cinémas. Nous croyons beaucoup en ce film, non seulement pour le marché français, mais aussi pour l’international. Il s’agit aussi d’une sortie qui correspond à notre ADN : à nos tous débuts, IMAX était essentiellement une vitrine pour des documentaires, avant que nous nous diversifions. Mais nous n’avons pas souhaité nous détacher du documentaire, et ATHOS en est la preuve.
Comment percevez-vous le grand défi de L’Odyssée de Christopher Nolan, que distribuera Universal, à partir du 15 juillet ?
Christopher Nolan est un partenaire unique, et son Odyssée marque une étape historique : c’est le premier long-métrage à avoir été intégralement tourné avec nos caméras, ce qui nous a obligé à en développer des nouvelles. Nolan veut offrir aux spectateurs quelque chose de radicalement différent, une clarté et une profondeur d’image impossibles à obtenir autrement. C’est l’expression ultime de la promesse IMAX : repousser les limites technologiques au service d’une vision artistique sans compromis.
Le line-up de 2026 semble particulièrement riche. Quels sont les autres titres qui porteront l’année ?
2026 sera probablement l’une de nos années les plus denses. En fin d’année, nous aurons Dune : Troisième partie (Warner, 16 décembre) de Denis Villeneuve, qui est un autre immense défenseur de notre format, et a d’ailleurs bénéficié des conseils de Nolan à ses débuts en IMAX. Mais le calendrier comporte bien d’autres titres, dont plusieurs issus du programme « Filmed for IMAX » comme Projet dernière chance (Sony, 18 mars) et The Mandalorian & Grogu (Disney, 20 mai), ainsi que de grandes sorties IMAX très attendues : Super Mario Galaxy (Universal, 1er avril), Michael (Universal, 22 avril), ou encore Toy Story 5 (Disney, 17 juin), sans oublier Marsupilami (Pathé), sorti le 4 février dernier.

Avec ATHOS, Pathé Live vise les étoiles
À l’origine, le documentaire de Mathieu Giombini devait “simplement” suivre la promotion 2025 des Athos, les pilotes de la Patrouille de France. Mais un accident de parcours bouscule les plans : lors d’un entraînement à Saint-Dizier, deux avions se percutent et tombent au sol. Si les pilotes survivent, l’avenir du film devient incertain. Isabelle Dagnac (Imago Production) et John Turner (responsable des documentaires chez IMAX), en accord avec la Patrouille, choisissent alors de prolonger l’aventure.
Ainsi, alors que le film devait initialement sortir sous visa exceptionnel, les producteurs et le distributeur ont finalement choisi une sortie plus large sous visa classique, « pour lui permettre de déployer son plein potentiel », explique Thierry Fontaine, président de Pathé Live. La distribution se fera en deux temps : d’abord une exclusivité aux salles IMAX du 25 février au 3 mars, puis une exploitation élargie à tous les cinémas à partir du 4 mars – en version scope.
« Nous organisons une série d’avant-premières IMAX dont certaines en présence d’anciens pilotes, ajoute Thierry Fontaine. L’enthousiasme des spectateurs atteste de l’énorme popularité de la Patrouille de France, et donc du potentiel du film. » Un sentiment confirmé par la projection test menée par Do the Right Film [voir l’interview de son dirigeant, Stéphane Hochberg, dans le Boxoffice Pro du 21 janvier 2026], où « 90 % des spectateurs qualifient le film de “très bien” et “excellent” ».


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