Dans un communiqué, la Confédération internationale des cinémas d’art et d’essai expose à ses adhérents les conséquences du rachat de la major, et pose plusieurs exigences.
Alors que Netflix semble remporter la bataille qui l’oppose à Paramount pour l’acquisition de Warner, la CICAE alerte que chaque issue de l’accord « menace de restreindre grandement l’accès aux films et à leur programmation, de réduire la diversité de l’offre et d’accroître le risque de facto de monopoles et d’une concentration massive de l’influence culturelle ». La Confédération souligne que les cinémas art et essai seraient particulièrement impactés, même ceux spécialisés dans le répertoire. En effet, quiconque acquiert Warner met la main sur un catalogue de plus de 100 ans, auxquels s’ajoutent les titres de la MGM d’avant 1986 et des classiques de la RKO (Radio-Keith-Orpheum Pictures), à l’origine entre autres de Citizen Kane d’Orson Welles ou La vie est belle de Frank Capra. « Le problème est que Netflix ne loue pas ses films aux salles pour des projections de répertoire de manière standardisée. Si cette pratique était appliquée à tout le catalogue Warner, les cinémas art et essai pourraient perdre l’accès à une part significative de leur programmation. »*
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La Confédération remet en question trois idées reçues. D’abord, « du point de vue des cinémas, aucun accord n’est bon ». Comme en attestait Cinema United, la précédente acquisition d’une telle envergure, Disney/Fox, a abouti à une production réduite de 46 %, et les promesses de Paramount Skydance de sortir plus de 30 films par an « ne sont pas contraignantes légalement ». Ensuite, la stratégie de Netflix envers les salles, connue pour être tumultueuse, ne risque pas d’infléchir, même suite aux récents propos de son co-PDG Ted Sarandos : « Netflix exploite seulement deux cinémas à travers le monde (le Paris Theatre à New York et l’Egyptian Theatre à Los Angeles) et s’en sert avant tout pour la course aux Oscars. Le modèle n’a pas été modifié pour les films maison. » Enfin, l’opération ne sera très probablement pas bloquée par les autorités, même dans l’Union européenne. Cette dernière examinera l’accord, mais la plupart des experts s’accordent à dire que cela n’entraînera pas d’arrêt de la procédure : « Dans le contexte géopolitique actuel, il est peu probable que l’UE bloque une fusion entre deux entreprises purement américaines, particulièrement pas sous l’administration Trump, qui a déjà pris parti dans l’accord. » L’Union européenne peut néanmoins poser des conditions – comme elle l’avait fait avec le rachat de la Fox par Disney – qui, pour la CICAE, « peuvent faire toute la différence ».
La Confédération note toutefois quelques points positifs : les déclarations de Paramount sur la distribution ont « ramené le cinéma dans le débat public » et Netflix se sent désormais obligé de se prononcer positivement sur la distribution ce qui, « il y a quelques années, aurait été impensable ».
Ainsi, dans une période trouble mais qui implique « de rester soudés », la CICAE affiche son opposition à toute nouvelle concentration du marché, et pose deux exigences :
- Un accès équitable au marché via des exigences de régulation garantissant pluralisme, concurrence et répartition durable des pouvoirs entre production et distribution ;
- Des engagements « contraignants » en faveur des salles (un nombre minimum de sorties par an, une fenêtre d’exclusivité équitable, et un accès garanti aux catalogues de répertoire pour tous les cinémas).
« La CICAE continuera de défendre la position des cinémas d’art et d’essai indépendants lors de la prochaine procédure antitrust, affirme son président Christian Bräuer. Elle promeut les évolutions du secteur qui dynamisent la production et la diffusion cinématographiques et offrent à nos communautés les meilleures opportunités de découvrir un cinéma diversifié et exceptionnel sur grand écran – une des plus belles expériences collectives qui soient. »
* En 2025, le catalogue Warner a réalisé 416 000 entrées dans les salles françaises (voir notre France des distributeurs à paraître le 21 janvier).


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