Rachat de Warner : Cinema United pointe les risques de la concentration devant les autorités de la concurrence américaines

L'Egyptian Theater de Los Angeles, repris en 2023 par... Netflix.

Dans le cadre de l’étude antitrust concernant l’acquisition de Warner Bros Discovery par Netflix, la fédération des cinémas américains a été auditionnée et demande « une surveillance rigoureuse ».

« Nous sommes profondément préoccupés par l’impact négatif, direct et irréversible qu’aurait cette acquisition de Warner Bros. par Netflix sur les salles de cinéma du monde entier », alerte Cinema United (ex-NATO), dans sa déclaration intitulée “En avant toute : concurrence et choix du public face au streaming numérique”. La fédération des cinémas américains y détaille les conséquences de la concentration dans l’industrie cinéma, notamment la réduction du nombre de films produits pour les salles, le manque de diversité des contenus, et le pouvoir accru des grands studios face aux exploitants. La reprise de Warner par Netflix « consolidera davantage le contrôle de la production et de la distribution de films dans les mains d’une seule plateforme de streaming mondiale dominante, dans un marché déjà fortement concentré ».

Plus largement, Cinema United pointe le « préjudice substantiel à un pilier de la vie culturelle américaine en mettant en péril l’avenir des cinémas locaux ainsi que des petites entreprises environnantes ». Rappelant que les salles de cinéma « sont des acteurs de proximité, et non une industrie hollywoodienne », agissant comme un moteur dans l’économie locale – « pour chaque dollar dépensé dans un cinéma, 1,50 dollar supplémentaire est dépensé dans les entreprises environnantes » –, l’organisation s’attache à démontrer que la diminution du nombre de films en salles, qui pourrait entraîner la fermeture de cinémas, aurait donc des conséquences sur tout le tissu culturel et économique local. 

Une concentration déjà à l’oeuvre

Cinema United rappelle aussi que « malheureusement » pour les cinémas américains, l’industrie des studios est déjà fortement concentrée. « De 1995 à 2025, les “Big Five” – Disney, Paramount, Sony, Universal et Warner Bros. – représentaient un pourcentage impressionnant de 77 % du marché total. » La fusion Disney-Fox en 2019 a été autorisée malgré les préoccupations exprimées par de nombreux exploitants indépendants, et la consolidation s’est accentuée après 2020, avec la fin des décrets Paramount, qui visaient à empêcher l’intégration verticale entre les studios de cinéma. « Depuis lors, Amazon a acheté les droits de distribution mondiale de Paramount et a créé la chaîne Paramount+ sur Prime Video. Par la suite, en 2022, Amazon a également acquis Metro-Goldwyn-Mayer Studios, Inc. (MGM), malgré les préoccupations antitrust soulevées par plusieurs parties prenantes et une enquête approfondie menée par la Federal Trade Commission. De plus, HBO Max et Discovery+ ont fusionné pour devenir un service de streaming unique, sous la société récemment fusionnée Warner Bros. Discovery. Et, plus récemment, cet été, Skydance a finalisé son acquisition de Paramount Global. »

Dans ce contexte, si l’acquisition de WBD par Netflix est autorisée, « la menace pour nos membres est grave et peut-être même existentielle étant donné l’hostilité de Netflix envers l’exploitation en salles », souligne l’organisation. Et si les dirigeants de Netflix se sont, depuis, engagés à des sorties cinéma en cas de fusion avec Warner, « un véritable engagement nécessite à la fois une programmation robuste de films en salles et une période significative d’exclusivité en salle soutenue par un marketing efficace ». Cinema United relève en effet que depuis 2023, la fenêtre salles pour les quelques films Netflix qui y ont été projetés n’a duré que de 11 à 17 jours, quand celle des “grands films” a été, en moyenne, de 46 jours en 2024 et 58 jours en 2023. 
Or, en tant que producteur verticalement intégré et opérateur de streaming, Netflix pourrait très bien utiliser l’accord pour renforcer son catalogue, tout en laissant l’activité de studio de Warner dépérir, et priver ou restreindre l’accès des films aux salles. « Les résultats seront économiquement et culturellement catastrophiques : moins de cinémas, des fenêtres de sortie plus courtes, moins de revenus, moins d’emplois et moins de films pour le public. »

Diminution du nombre de films et concentration du pouvoir

Le risque existe aussi en cas de rachat par tout autre grand studio.« Si Paramount ou un autre grand studio finit par remplacer Netflix en tant qu’acheteur, nos préoccupations ne sont pas moins sérieuses. Une combinaison de Paramount et Warner Bros., par exemple, concentrerait jusqu’à 40 % du box-office national annuel entre les mains d’un seul studio dominant ».
Par ailleurs, « la clé d’une industrie prospère dans son ensemble est d’avoir un pipeline de produits diversifié, robuste et cohérent qui répond à la demande du public », souligne Cinema United, rappelant qu’après la fusion Disney-Fox, les deux entités ont produit environ la moitié des films qu’elles produisaient auparavant (même hors pandémie). Et bien entendu, « les grands studios sont incités à privilégier les contenus ayant un large attrait auprès du public, au détriment des récits innovants et culturellement diversifiés »
À cette diminution de l’offre s’ajoute aussi une concentration du pouvoir, qui « peut affaiblir la capacité des exploitants à négocier des conditions raisonnables pour la projection des films », l’entreprise fusionnée pouvant notamment « imposer fenêtres de sortie en salles raccourcies ».

Appelant à tirer des leçons du passé, Cinema United exhorte donc « vivement » le sous-comité à « mener une surveillance rigoureuse de l’acquisition de Warner Bros. afin de garantir qu’elle ne nuise pas à la concurrence, ni à nos entreprises locales et communautés ».

L'Egyptian Theater de Los Angeles, repris en 2023 par... Netflix.

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