Pour son troisième discours « State of the Industry » au CinemaCon, le patron de Cinema United a célébré une dynamique retrouvée – fréquentation Gen Z en hausse de 25 %, bon premier trimestre, progression des fenêtres d’exclusivité – tout en sonnant l’alarme sur la concentration des studios et en appelant l’ensemble de la filière à faire bloc.
Michael O’Leary n’a pas changé de méthode. Le président et CEO de Cinema United (ex-NATO) aime ancrer ses discours dans la longue histoire du cinéma pour mieux projeter la filière vers l’avenir. Mardi matin, au Colosseum du Caesars Palace de Las Vegas, il a rappelé que le cinéma fait partie intégrante de l’histoire américaine – tout en soulignant qu’il n’y est pas né – et qu’il reste le langage par lequel « le monde se parle ». Le ton était donné : célébrer les acquis, reconnaître les erreurs passées, mais surtout se concentrer sur ce qui vient.
Des signaux positifs à ne pas négliger
Premier message : ne pas perdre de vue les bonnes nouvelles. O’Leary a insisté sur la performance des films originaux et sur la diversité de l’offre, notant que cinq des dix plus gros succès de l’année sont classés PG, signe que le cinéma familial retrouve des couleurs. Il a surtout mis en avant un chiffre marquant : la fréquentation des spectateurs de la Gen Z est en hausse de 25 %, un signal d’autant plus encourageant que cette génération est celle que l’industrie redoutait de perdre au profit des plateformes.
Pour illustrer la capacité des exploitants à créer l’événement, O’Leary a cité plusieurs exemples internationaux : Kinepolis et ses projections costumées pour Avatar, les « Super Mario Bros. parties » organisées par Marcus Theatres, ou encore le Grand Lake Theater d’Auckland accueillant le réalisateur Ryan Coogler pour le centenaire de l’Academy Award. Autant d’initiatives qui confirment que la salle reste un lieu d’expérience irremplaçable.
Si la fréquentation reste en deçà de ses niveaux historiques, le momentum est réel, porté par un premier trimestre solide – le meilleur depuis la pandémie, avec un box-office domestique dépassant les 2,1 milliards de dollars, en ligne avec 2023 et 22 % au-dessus du premier trimestre 2025.
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Concentration : l’histoire montre qu’elle mène à moins de films
Mais le discours a aussi pris un tour plus offensif. Sur le sujet brûlant de la concentration – en toile de fond, le projet d’acquisition de Warner Bros. par Paramount Skydance –, O’Leary a été direct : « l’histoire montre que la consolidation mène à moins de films ». Un nombre réduit de studios concentrant davantage de pouvoir représente, selon lui, une menace structurelle pour la diversité de l’offre et, par ricochet, pour les exploitants.
Le patron de Cinema United a assuré que l’organisation, en coordination avec l’UNIC, continuerait de « faire pression sur ce sujet ». Il a d’ailleurs tenu à remercier publiquement l’UNIC et son directeur général Phil Clapp, qui quittera ses fonctions après quatorze ans à la tête de l’organisation européenne – un hommage appuyé à celui qui a porté la voix de l’exploitation sur la scène internationale.
Fenêtres d’exclusivité : le vent tourne
Le deuxième front de bataille d’O’Leary, à savoir la chronologie des médias et la fenêtre d’exclusivité salle, a donné lieu au passage le plus chiffré du discours. Le constat est clair : en 2025, la fenêtre moyenne s’établissait à 37 jours, un niveau jugé insuffisant. Avec un minimum porté à 45 jours, la moyenne grimperait à 49 jours – un écart significatif pour le chiffre d’affaires des exploitants.
Et les signaux envoyés par les studios sont encourageants. Disney pratique désormais une fenêtre moyenne de 62 jours. Universal a annoncé que, depuis le 1er janvier, tous ses films bénéficieraient d’une exclusivité minimale de 45 jours. Paramount Skydance s’est également engagé sur ce seuil. « Ces décisions montrent que les fenêtres comptent et vont dynamiser le marché », a déclaré O’Leary, saluant une « reconnaissance croissante que la salle est le socle sur lequel repose le reste de l’industrie ».
« All the pieces matter » : l’unité dans la diversité
La dernière partie du discours a pris des accents fédérateurs. O’Leary a plaidé pour l’unité de la filière exploitation malgré la diversité de ses acteurs, en soulignant le rôle complémentaire de chaque organisation : l’ITOC (Independent Theatre Owners Coalition), « voix la plus influente du secteur indépendant » ; les associations régionales ; le partenariat avec Arthouse Convergence pour le cinéma art et essai ; l’EF&B Association pour les concessions.
Nouveauté cette année : Cinema United élargit le cercle de ses partenaires en travaillant désormais avec la MPA (Motion Picture Association) et en lançant un Cinema United Filmmakers Council, présidé par Jerry Bruckheimer et dont Emma Thomas est vice-présidente, avec Ryan Coogler parmi les membres inauguraux. « All the pieces matter » – toutes les pièces comptent –, a conclu O’Leary, empruntant la formule à la série The Wire pour résumer sa vision d’une industrie qui ne peut prospérer que collectivement.
Cet article a été rédigé avec l’aide d’une IA


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