Le complexe né de la volonté municipale et de l’association de quatre exploitants locaux ouvre ses portes le vendredi 19 décembre, avec l’ambition de devenir une destination incontournable de la commune héraultaise, située entre Méditerranée et étang de Thau.
Il y a un peu plus d’un an, Priscilla Schneider (directrice du CinéMistral de Frontignan), Isabelle Moreau (Travelling d’Agde), Frédéric Perrot (Clap Ciné de Port Leucate) et Jean Villa (Véo Cinémas, dont ceux de Sète) prenaient la relève du GPCI sur le projet de cinéma des Chais du canal. « La Ville a choisi ces anciens chais Botta, en bordure du canal et en centre-ville, pour y implanter un pôle culturel qui compte notre cinéma de quatre salles et 545 fauteuils, mais également un restaurant brasserie déjà ouvert, une librairie qui arrivera en janvier, et une école de cinéma documentaire aux alentours de février », énumère Priscilla Schneider. Si celle qui a dirigé l’ancien mono-écran frontignanais durant plus de 20 ans reste « la référence locale » et se donne désormais pour mission « d’incarner » le Quai des lumières, chacun des associés a apporté ses compétences à l’aventure.
Le bonheur est dans le chai
Ainsi, Frédéric Perrot a pu éprouver les défis d’une double adaptation, « à un lieu patrimonial existant… et qui était déjà passé entre les mains de deux cabinets d’architectes. En 2019, nous avions finalisé le Clap Ciné de Canet [soit la précédente ouverture de cinéma en date de l’exploitant, en collaboration avec Jérôme Quaretti via L’yre Cinéma, ndlr.], du terrassement du site à son ouverture, en 8 mois et demi. Ici, c’est le temps qui nous a été nécessaire pour effectuer l’aménagement intérieur de la coque », note l’intéressé, dont l’expérience en construction a été renforcée par celle de Jean Villa, dernièrement à l’oeuvre sur la Cartoucherie à Toulouse. « Un cinéma qui s’installe dans un ancien chai où l’on stockait du vin, sur le bords du canal du Rhône à Sète, c’est forcément un lieu qui a du caractère et un supplément d’âme, avec des salles qui ne sont pas des cubes, des angles qui épousent les formes du bâtiment, des lumières et des volumes différents », décrit l’associé. Sans compter les vertus écologiques d’une revalorisation de site existant, qui a évité toute artificialisation de sol, avec reprise d’une partie de la dalle et de toute la charpente… jusqu’au comptoir sur mesure fabriqué en matériaux de récup par deux menuisiers locaux, « dont un compagnon de France », précise Priscilla Schneider. De fait, grâce à l’implication de l’ensemble des collectivités (Région, agglomération, Ville), qui ont notamment financé la construction d’une passerelle piétonne avec ascenseurs, le cinéma est littéralement accessible par toute voie modale, avec pas moins de quatre parkings gratuits à proximité, des accès par piste cyclable, « sans oublier par l’eau, en bateau, paddle, pédalo, à la nage, ou en barque de joute », s’amuse la directrice-associée.
Une fois arrivés à destination, après être passés par la promenade nouvellement aménagée avec chaises longues en bois et tables de pique-nique, les spectateurs peuvent continuer la déambulation à travers « un grand hall lumineux, qui mène vers un passage plus intime, puis un autre espace d’accueil arborant deux ouvrages d’art. Le tout en alternant l’esprit brut industriel des lieux et des espaces plus cosy », détaille Isabelle Moreau, « et sans aucune borne automatique », ajoute Frédéric Perrot.
Au total, l’aménagement de cet espace cinéma de 2 108 m² (sur le total de 2 700 m² du bâtiment) et ses quatre salles (de respectivement 286, 150, 68 et 44 fauteuils, et un total de 16 places PMR) aura nécessité un budget de 2,6 M€.
L’élan d’une alliance
Côté prévisionnel de fréquentation, Isabelle Moreau estime le Quai des lumières en « bonne posture » pour prolonger le succès du petit champion CinéMistral* et sa programmation généraliste/art et essai avec le label Jeune public. De quoi viser les 115 000 entrées la première année, et jusqu’à 140 000 entrées en vitesse de croisière, sachant que l’étude de marché avait été réalisée avant Covid, « et en tenant compte d’un projet de multiplexe en face qui n’a pas abouti ». De fait, Véo Cinémas, le concurrent d’hier qui opère en DSP les deux cinémas de la ville de Sète, distante d’à peine 7 km, a finalement embarqué sur le projet du Quai, dont il assurera par ailleurs la programmation. « On ne peut plus se permettre de dépenser de l’énergie à se battre contre un voisin », commente Jean Villa, en prenant exemple sur la bonne entente des multiples cinémas de Toulouse. « Alors certes le Comoedia art et essai de Sète bougera peut-être un peu dans les premiers temps, mais le Nouveau Palace, plus généraliste, n’est clairement pas équipé pour accueillir convenablement les spectateurs pour certains titres. Et je préfère que les Sétois trouvent un élément déclencheur pour aller au cinéma à Frontignan plutôt que de rester à la maison, à scroller… ou à pirater. »
Malgré la montée en gamme de l’équipement, les exploitants du Quai des lumières, liés à la mairie propriétaire des murs via un bail commercial de longue durée, maintiendront un plein tarif sous la barre des 10 euros. Un positionnement que Priscilla Schneider estime « défendable et entendable » pour un public habitué depuis 25 ans aux tarifs « un peu irréels » que leur proposait leur CinéMistral ambitieusement subventionné. Alors que la Ville confie désormais son équipement cinématographique à des entrepreneurs privés, Isabelle Moreau souligne l’importance de l’accessibilité tarifaire d’un loisir populaire comme le cinéma, « surtout si l’on veut que le public revienne dans nos salles, et que nous nous sentons très attendus comme à Frontignan ». Enfin, si tous les associés rappellent le rôle central de l’offre de films, ils restent convaincus qu’un cinéma doit aussi son attractivité à l’accueil qu’il réserve à ses spectateurs. Et en la matière, Priscilla Schneider et son équipe ont de quoi faire des étincelles au Quai des lumières.
* Le CinéMistral avait réalisé 58 000 entrées en 2024, et dépassé les 60 000 en 2019. Le mono écran de 149 fauteuils, qui a proposé sa dernière séance fin avril, va devenir une salle de conférences et de spectacle. Le Quai des lumières en préserve le souvenir, avec son vieux projecteur 35 mm et un fauteuil en déco dans le hall.


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