Véo programmation, une entente qui pèse sur le marché

L’équipe Véo programmation avec les bâtisseurs de l’entente. De gauche à droite : Sarah Decoux, Thomas Lenne, Alain Bouffartigue, Jean-Pierre Villa, Marion Guyot, Emmanuel Baron, Aurélien Uribelarrea, Sandrine Cheuzeville, Jean Villa, Sandrine Gueynard, Laurence Mas, Patrice Chambon. Sans oublier les absents de la photo : Myriam Diaz, Léa Noir, Maïa Kirilovsky et Zindy Salgado

Réunis les 12 et 13 mars derniers entre l’Écran 7 de Plaisance-du-Touch et le Véo Cartoucherie de Toulouse, les membres de l’entente de programmation ont rappelé leur place singulière. Des “petits” qui, réunis, représentent un des grands acteurs de l’exploitation française, malgré une équation économique – et politique – de plus en plus fragile.

Véo, qui a enregistré sept nouvelles arrivées sur l’année écoulée*, représente désormais un vaste réseau de 264 cinémas et 420 écrans. Son maillage, qui reste particulièrement concentré en Nouvelle-Aquitaine (35 %), Occitanie (33 %) et en Auvergne-Rhône-Alpes (22 %), s’étend sur 45 départements et 10 régions, de la Bretagne à… Mayotte. Et s’il reste majoritairement composé de “petits” établissements (69 % de mono écrans), l’ensemble n’en pèse pas moins dans le marché français. En 2025, les salles de l’entente Véo ont ainsi généré plus de 6,6 millions d’entrées, soit 4,21 % de la fréquentation nationale, et reversé plus de 16 M€ TTC aux distributeurs. « Véo est le cinquième client en France de l’ensemble des distributeurs, derrière les trois premiers grands circuits et Cinéville/Cinédiffusion », souligne le président Jean-Pierre Villa, rappelant l’importance de ce poids collectif.

Comme l’ensemble du marché, les salles Véo ont connu une année 2025 difficile. Après leur surperformance de 2024 (portée par Un p’tit truc en plus et Le Comte de Monte-Cristo), elles reculent donc plus fortement que la moyenne nationale : -16 % pour les salles de l’entente, contre -13 % au niveau national. La fréquentation moyenne par séance s’érode également, passant de 23 spectateurs en 2024 à 19 en 2025, tandis que le nombre de séances augmente de 2,6 %, pour une offre élargie de 3 851 titres (+5 %), dont 2 151 films recommandés (+8,5 %). L’art et essai a ainsi représenté 44 % des séances et 40 % des spectateurs ; une part de fréquentation en augmentation « qui est révélatrice des performances décevantes des films grand public », note le directeur général Emmanuel Baron. 

Si son podium reste trusté par le même tiercé Disney national (Zootopie 2, Avatar 3 et Lilo et Stitch), on retrouve dans le top 20 2025 de Véo les fondamentaux l’entente, entre films destinés aux public familial et film français populaires, dont Chasse gardée 2 et Les Bodin’s partent en vrille qui y surperforment. Le top art et essai est quant à lui dominé par une continuation de 2024, En fanfare, suivi de La Femme la plus riche du monde, Un parfait inconnu, L’Attachement et À bicyclette.

Une exploitation sous contrainte

D’après l’analyse affinée que permet le bordereau à la séance depuis trois ans, en 2025, plus de 20 500 séances ont enregistré 0 entrée, et 48 % ont accueilli moins de neuf spectateurs. Jean-Pierre Villa a souligné la non rentabilité de ces séances, en regrettant que les discussions dans les instances professionnelles « donnent l’impression qu’il n’existe en France que des cinémas commerciaux et des cinémas art et essai, sans place pour des salles de proximité comme les nôtres, dont on ne reconnaît ni le travail sur la diversité des films, ni le besoin d’accéder rapidement à des films grand public avec lesquels réaliser des séances à plus de 10 spectateurs ».

L’étude interne menée par Véo sur 250 de ses établissements de 1 à 4 écrans depuis 2019 met, de fait, en exergue une baisse notable des accès en SN et 2e semaine, contre une hausse des accès en 3e, mais aussi de l’accès en 4e semaine – qui s’explique lui par la baisse de la 5e semaine. Pour Emmanuel Baron, l’explosion des plans de sortie depuis la fin des contributions numériques relève donc plus d’une « légende urbaine » qui vise la petite et moyenne exploitation. Dans ce contexte « il est essentiel pour les cinémas en sortie décalée de connaître à l’avance la date de programmation, afin de s’emparer des films et les valoriser dans le sens de ce que l’on souhaite défendre », et de conclure que « depuis décembre dernier la fréquentation repartie sur de bons rails permet d’envisager l’année 2026 avec optimisme ».

Programmer librement, un enjeu croissant

Aux côtés des sessions de line-ups répartis sur les deux journées pour les présentations de 16 distributeurs**, figuraient deux ateliers. Un, technique, consacré à la réception dématérialisée des films, et un autre, aux enjeux plus politiques à deux jours du premier tour des municipales : la liberté de programmation, ses principes fondamentaux comme les différents outils juridiques à disposition. Deux juristes de l’Observatoire de la liberté de création (OLC) ont ainsi rappelé le principe, central, qui lie la liberté de diffusion et de programmation à celle de la création, et notamment la loi du 7 juillet 2016 selon laquelle « une œuvre ne peut être réellement libre si elle ne peut pas être mise à disposition du public ». Mais au-delà des ingérences et décisions municipales abusives, les pressions peuvent également prendre la forme de cyberharcèlement, de campagnes de dénigrement en ligne (le “review bombing”), ou encore de chantage aux subventions de la part de collectivités. Si ces dernières disposent d’une compétence en matière de politique culturelle, elles ne peuvent en principe restreindre la liberté de programmation, sauf cas très exceptionnel d’atteinte à l’ordre public – un motif dont l’interprétation reste très encadrée par le juge administratif. Au-delà du volet juridique, les échanges ont également porté sur les réponses concrètes à apporter face aux controverses, comme le dialogue avec les interlocuteurs concernés. Les juristes de l’OLC ont enfin rappelé l’existence de permanences juridiques et d’un dispositif de signalement en ligne. Autant d’éléments qui visent, pour les organisateurs, autant à prévenir la censure que… l’autocensure.

* dont les nouveaux Cine-Lines (4 écrans) de Milly-la-Forêt ouvert en juin 2025, le Véo Cartoucherie (4 écrans) de Toulouse ouvert en octobre, le Quai des Lumières (4 écrans) de Frontignan ouvert en décembre… et le Ciné Pastel (3 écrans) de Lavaur ouvert ce février 2026. 

** Studio TF1, Pan Distribution, SND, Art House, Disney, Jour2Fête, Apollo Films, Haut et Court, Warner, UGC, Studiocanal, KMBO, Metropolitan, Paname, Zinc. et Ad Vitam

Article à retrouver dans le Boxoffice Pro du 18 mars 2026

L’équipe Véo programmation avec les bâtisseurs de l’entente. De gauche à droite : Sarah Decoux, Thomas Lenne, Alain Bouffartigue, Jean-Pierre Villa, Marion Guyot, Emmanuel Baron, Aurélien Uribelarrea, Sandrine Cheuzeville, Jean Villa, Sandrine Gueynard, Laurence Mas, Patrice Chambon. Sans oublier les absents de la photo : Myriam Diaz, Léa Noir, Maïa Kirilovsky et Zindy Salgado

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