Richard Patry : « La salle de cinéma de 2030 sera attractive et écologique »

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INTERVIEW – Des temps forts du Congrès aux questions urgentes des salles, le président de la Fédération nationale des cinémas français évoque les enjeux de cette 77e grand-messe de l’exploitation qui se déroule du 19 au 23 septembre à Deauville.

Le Congrès a nécessairement évolué, mais en quoi celui de cette année se distinguera-t-il des autres ?

L’édition 2022 est un retour à une forme de normalité tout en se renouvelant ! Nous avons renoué avec le nombre d’exposants et de participants de la période pré-Covid, soit plus de 2 200. Nous retrouvons notre soirée hommage traditionnelle avec, cette année, Eric Toledano et Olivier Nakache. C’est Philippe Rouyer, très investi dans les recherches et dans la rédaction du catalogue, qui sera notre maître de cérémonie… Et ce n’est pas facile de succéder à Axel Brucker ! Ce sera une soirée très riche, inédite et avec de belles surprises. 

Nous retrouvons également une journée distributeurs riche de plus de 30 présentations. Les éditeurs de films démontrent une envie renouvelée et toujours plus forte de présenter leur line-up aux exploitants. Nous avons opéré un certain nombre de modifications à la demande de la FNEF, la principale étant que les distributeurs ne monteront sur scène que s’ils sont accompagnés d’une équipe de film. Nous pensons que cela dynamisera les boucles de présentation. Je peux vous assurer que les exploitants sortiront de la journée rassurés quant à l’offre de films à venir. Outre les discussions avec les pouvoirs publics, ce Congrès marquera la première venue mercredi de la ministre de la Culture, Rima Abdul Malak, qui connaît particulièrement bien nos dossiers.

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Quelles sont vos attentes fortes en termes d’interaction entre professionnels du secteur et pouvoirs publics ?

Nous voulons que le Congrès soit à la fois un lieu d’expression et de convivialité, entre tous les exploitants mais aussi avec les autres membres du secteur et les pouvoirs publics. Marquer notre attachement à cette interprofessionnalité est primordial pour continuer à écrire cette nouvelle page de l’exploitation. Échanger, proposer et montrer que nous sommes les citoyens actifs d’une société encore, malheureusement, en crise. Notre fréquentation, en baisse de 30 %, reste incertaine sur la fin d’année. Nous sommes préoccupés par les enjeux de la production, l’explosion des factures d’énergie, les impacts de la chronologie des médias, l’attractivité de nos métiers, l’accessibilité de notre public souffrant de handicap mais aussi de nos collaborateurs. Nous prenons tous ces sujets à bras-le-corps. Les exploitants sont des acteurs engagés et citoyens de leur temps. Notre enjeu d’aujourd’hui est de définir ce que sera la salle de cinéma de 2030. Quels efforts aura-t-elle fait pour réaliser des économies d’énergie, quels contenus proposera-t-elle sur ses écrans ? Comment intégrera-t-elle ses futurs collaborateurs et accueillera-t-elle son public ? 

« Les exploitants sont des acteurs engagés et citoyens de leur temps »

Attendez-vous des annonces particulières et des mesures concrètes de la part des pouvoirs publics et de la ministre de la Culture ?

Nous sommes dans une période de résilience. Tout le monde a compris que la situation compliquée que nous traversons durera encore et que la politique du « quoiqu’il en coûte » est derrière nous. Nous sommes désormais dans un débat volontariste et devons montrer à nos interlocuteurs que nous sommes confiants et combatifs. Si nous envoyons une image positive de l’exploitation au président du CNC, à la ministre, aux producteurs, aux distributeurs, aux médias nous aurons gagné une étape… C’est ça notre objectif !

Il faudra que nous soyons aidés sur un certain nombre de sujets, notamment le retour du public via la grande campagne de communication voulue par la ministre pour la fin de l’année. Celle-ci doit s’adresser aux 30 % qui ne sont pas ou moins revenus en salle. Néanmoins, la première des ressources est dans les mains de professionnels à travers la dynamisation de la communication, de l’offre, des messages aux spectateurs et les changements de pratiques. Il nous reste encore un effort à fournir pour être à un niveau comparable à celui d’avant-crise. Nous allons convaincre les spectateurs qu’on leur a manqué et ils reviendront !

Par ailleurs, sur la chronologie des médias, nous appelons de nos vœux l’annonce rapide d’un cycle de réunion, pour discuter de la clause de revoyure de l’accord.

Outre la crise sanitaire, la hausse des coûts énergétiques impacte fortement les trésoreries : quelles sont vos réflexions sur le sujet ?

Nous devons travailler avec le CNC sur des mesures immédiates et concrètes pour les exploitants qui sont directement touchés par ces hausses, mais nous sommes aussi dans une dynamique de plus long terme. Notre enjeu immédiat est d’être plus économes, de répondre aux contraintes de sobriété énergétique en réduisant  notre consommation de 10 %. Mais la question est plus vaste. Il faudra, dans les années futures, réaliser des investissements majeurs qu’aujourd’hui, les entreprises ne peuvent pas assumer. Étudions comment financer ces investissements pour économiser l’énergie et répondre à l’urgence climatique. Cela demande de se questionner sur la nature des aides existantes, du compte de soutien et de son évolution. La FNCF est là pour accompagner les exploitants et veillera à ce que les entreprises en souffrance bénéficient d’une réponse individuelle. En conclusion, nous avons beaucoup de sujets à traiter avec les pouvoirs publics. Ce qui est sûr, c’est que la salle de 2030 devra être moins énergivore tout en gardant son attractivité, en restant un lieu d’exception, d’exclusivité et de vivre ensemble.

Enfin, Richard Patry, comment vous sentez-vous après deux années de pandémie ? Avez-vous toujours la même énergie et envie de continuer ?

J’y crois plus que jamais ! Je suis fier du travail effectué et de la capacité de l’équipe de la Fédération à se mobiliser, à être aux côtés de nos collègues et à répondre à leurs attentes. Je suis lucide, je connais les étapes que nous avons encore à franchir. Je pense que nous sommes des interlocuteurs revendicatifs et actifs, mais aussi crédibles et respectés auprès des institutions publiques et au sein de toute la filière. Mon objectif est de continuer à préserver cela. Être positif, croire en l’avenir et être conscient que certains collègues sont dans des situations difficiles. Notre volonté est d’être aux côtés de nos adhérents, de préserver l’unité de la Fédération, en trouvant toujours un juste consensus sur une position commune.