Présidentielle 2022 : l’éducation à l’image, l’accessibilité vues par les candidats à l’élection

© Illustration de Philippe Cosqueric pour Boxoffice Pro et AlloCiné.

Pour AlloCiné et Boxoffice Pro, les candidates et candidats à l’élection présidentielle 2022 partagent leur vision et perspectives sur différentes questions liées au secteur du cinéma.

AlloCiné & Boxoffice Pro, avec la collaboration de Camille Marigaux, journaliste Culture, Politique et International à France Culture et RFI, donnent la parole aux douze candidats et candidates à l’élection présidentielle 2022. Le même questionnaire a été soumis à toutes les personnes en lice dans la course à l’Elysée. Les réponses d’Emmanuel Macron, en troisième position selon le tirage au sort du Conseil Constitutionnel, ne nous sont pas parvenues dans les temps.

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L’éducation à l’image est primordiale pour former les spectateurs de demain : quelles pistes pour l’améliorer/la renforcer ?

Nathalie Arthaud : L’éducation est mise à mal par la gestion capitaliste de la société. Avec la crise sanitaire, nous avons pu constater à quel point le système scolaire est en faillite. Il manque des classes, des établissements scolaires, il manque des enseignants et aussi tout le personnel indispensable qui les fait fonctionner : les surveillants, les personnels de ménage et de cantine, les personnels administratifs, les animateurs,… Pour une meilleure éducation de tous les jeunes et surtout des jeunes des milieux populaires, pour qui l’école est encore plus essentielle pour apprendre, il faut embaucher. Cela permettrait déjà qu’une éducation de qualité soit dispensée à tous et aussi de développer des enseignements qui le sont peu ou pas aujourd’hui comme l’éducation à l’image.

Fabien Roussel : L’éducation à l’image est une dimension cruciale de l’éducation artistique qui est, elle-même, le parent pauvre (le parent le plus pauvre, devrais-je dire) de l’éducation. Nombre d’artistes, d’enseignants, de responsables éducatifs et culturels, d’élus locaux… se sont investis depuis des années dans des projets de rencontres entre les mondes de l’art, de la culture et celui de l’éducation : ateliers de pratique artistique, classes à projet artistique et culturel, jumelages entre établissements scolaires et culturels, résidences d’artistes dans les écoles, parcours culturels, formations des artistes et des enseignants, actions des mouvements associatifs… Le succès de ces activités, la mobilisation qu’elles suscitent, les partenariats qu’elles induisent, le plaisir et l’intérêt qu’elles procurent aux participants, l’impact qu’elles ont sur la réussite éducative des élèves, n’ont pas connu la reconnaissance institutionnelle qu’elles méritent. Pire : souvenons-nous que le plan pour l’éducation artistique et culturelle pour tous et notamment sa déclinaison dans l’Education nationale de 2001 a été méthodiquement détricoté par les gouvernements successifs. Il nous faudra rattraper vingt ans de régressions, de tâtonnements et de bricolages pour remettre en place une véritable éducation artistique à tous les niveaux de l’enseignement scolaire, particulièrement à partir des expérimentations citées à l’instant. L’éducation à l’image y aura, évidemment, toute sa place. 

Jean Lassalle : Nous savons combien nous sommes tous influencés par l’image. Cela peut avoir des effets divers, positifs comme négatifs. C’est pourquoi il est indispensable de communiquer plus largement sur l’importance de savoir décrypter les messages de l’image et de les comprendre. L’éducation à l’image, c’est également savoir apprécier l’art. L’éducation nationale devrait s’emparer de cette mission et la renforcer pour le bien de nos jeunes. Faire participer les jeunes aux débats est un exercice qui leur permet de se construire un avis et comprendre la perception des autres. 

Marine Le Pen : Tout d’abord nous devons garantir à tous les jeunes français un accès à la culture. Cela passe par l’éducation nationale bien sûr, mais également par l’aménagement du territoire et la politique de la ville. Ainsi, les bibliothèques et les vidéothèques devront être préservées et modernisées, les enfants encouragés à se lancer dans ces belles industries. Les métiers du cinéma sont des métiers extrêmement précieux pour la société, à mi-chemin entre l’artisanat, l’art et les nouvelles technologies. Élue présidente, je m’engage donc à renforcer les différentes filières d’apprentissage du 7e art, afin de refaire du cinéma français un fer de lance culturel dans le monde. Toutefois, nous sommes en 2022 et il faut bien évidemment tenir compte des nouveaux usages, de la popularité des SMAD et de YouTube, ainsi que de la numérisation générale de la société. A ce titre, la politique de l’INA est une très belle réussite. L’institut a remarquablement réussi à renforcer l’utilité publique et la popularité des archives audiovisuelles, ce qui n’était pas une mince affaire. En parallèle, le CNC et certaines chaînes de télévision ont apporté leur savoir-faire et leur soutien à de nombreux créateurs français sur les plateformes vidéo. Un écosystème florissant est maintenant en place. Pour le cinéma, nous pouvons réfléchir à toute une batterie de projets similaires visant à renforcer cette éducation à l’image du jeune public sur internet, que ce soient les différents aspects artistiques ou professionnels du 7e art. On peut également envisager la création d’une grande bibliothèque numérique du cinéma français, qui serait couplée à du contenu éducatif intéressant. Le tout reste de trouver le bon créneau et les bons partenaires pour que la qualité, et donc le succès, soient au rendez-vous.

Eric Zemmour : Comme évoqué dans la question précédente, je propose d’instaurer un enseignement et une pratique véritable de la musique, de l’histoire de l’art et de l’art plastique de l’école primaire au collège. Je propose donc d’éduquer les enfants à l’art sous toutes ses formes.

Jean-Luc Mélenchon : L’éducation artistique et culturelle doit être le fer de lance du service public de la culture. Selon nous, elle doit se faire tout au long de la vie. À l’école bien évidemment mais aussi à l’université, dans les comités d’entreprise, les lieux de santé ou encore les lieux de privation de liberté. Le Pass Culture, décrié par bon nombre d’organisations de travailleurs de l’art, est aux antipodes des missions de l’éducation artistique et culturelle telles que nous les concevons et telles que les conçoivent de nombreux acteurs de ce domaine. Ce pourquoi nous réinvestirons ses 200 millions d’euros de budget dans l’EAC à l’école, notamment pour rendre les sorties scolaires et activités culturelles réellement gratuites pour les élèves et leurs familles. Nous redonnerons toute leur place aux enseignements et pratiques artistiques en jumelant par exemple l’ensemble des établissements scolaires avec des établissements culturels. Nous refonderons également les classes à projet artistiques et culturels et nous lancerons un grand plan de formation et de recrutement dans les métiers de l’accompagnement culturel et de la médiation culturelle de proximité.Par exemple, nous renforcerons le programme « Ma Classe au cinéma » qui permet déjà à de nombreux élèves de tout âge de découvrir des œuvres et d’apprendre à en discuter.

Anne Hidalgo : Cette question est intimement liée à celle, plus générale, de l’éducation artistique et culturelle (EAC). J’ai fait de l’Éducation et de la Culture une priorité de mon projet. Je crois à leur force émancipatrice. Il en découle un engagement fort et des investissements substantiels en faveur de l’EAC. Sur ce point, le pass Culture se révèle insuffisant. Agir sur la consommation est chose facile ; œuvrer en amont sur l’éducation, la sensibilisation des jeunes est nettement plus difficile et demeure, pourtant, l’enjeu fondamental. C’est sur cet axe que je veux insister en multipliant les projets en classe, les résidences d’artistes à l’école, le contact des enfants et des adolescents avec la caméra. C’est cette ambition très forte en matière d’EAC qui peut aboutir, à la fin du processus, au pass Culture ; mais le pass Culture sans EAC, n’est qu’une politique d’affichage. Les jeunes méritent mieux. Je ne veux pas seulement leur donner des moyens financiers, je souhaite qu’ils aient également accès à un parcours tout au long de leur scolarité et leur donner les clés de compréhension.

Yannick Jadot : Renforcer l’éducation à l’image passe par l’école. Élu président de la République, je ferai en sorte que chaque collégien et lycéen puisse se rendre au moins une fois par an au cinéma, en lien avec les activités pédagogiques. Cela peut concerner notamment les cours de français, d’histoire ou de langues étrangères. 

Valérie Pécresse : Dans le cadre de la réforme de l’éducation artistique et culturelle qui permettra son amplification sur tout le territoire, une place centrale sera bien évidemment donnée aux dispositifs d’éducation à l’image, au travers d’un enseignement et d’un apprentissage qui s’avèrent essentiels pour comprendre les images, découvrir les métiers du secteur, favoriser la pratique, appréhender la complexité du monde à une époque pleine de fake news et de manipulations orchestrées sur les réseaux sociaux. Chaque élève doit avoir accès à un moment donné de son parcours éducatif, à un dispositif d’éducation à l’image, c’est une priorité ! 

Philippe Poutou : Il faut un financement public des dispositifs d’éducation à l’image, organisé au niveau national avec une égalité entre les territoires. Aujourd’hui les dispositifs scolaires déjà existants (Lycéens et apprentis au cinéma, collège au cinéma et école et cinéma dépendent respectivement du conseil régional, départemental et des collectivités locales) ne sont pas automatiquement financés et organisés, laissant ainsi des régions ou des départements entiers dépourvus de ce type de dispositifs. Dans le cadre du développement de l’enseignement et des pratiques artistiques, l’éducation à l’image doit être valorisée.

Nicolas Dupont-Aignan : Avec l’augmentation croissante du numérique et des écrans dans notre société, il devient primordial d’éduquer nos jeunes à leur perception de l’image. Cela doit passer d’abord par les familles, mais il est important que l’école se saisisse également de cet enjeu, à travers les programmes scolaires.

Quelle accessibilité pour les personnes handicapées dans les salles de cinéma ?

Nathalie Arthaud :  Je suis profondément révoltée par l’hypocrisie des gouvernements, quels qu’ils soient, sur cette question de l’accessibilité. Notre société regorge de tous les moyens nécessaires pour rendre accessibles tous les lieux, tous les moyens de transport, tous les logements. Pourquoi cela n’est-il pas réalisé alors qu’une loi a été votée dans ce sens ? Parce que l’État, il est plus occupé à mettre toute son énergie à mobiliser l’argent public pour maintenir voire augmenter les profits des grands groupes industriels. Si l’accessibilité des salles de cinéma était aussi profitable que produire des voitures de luxe ou des sacs LVMH à 300 000 euros la pièce, le problème serait réglé depuis longtemps. 

Fabien Roussel : Application et renforcement de la loi sur les établissements recevant du public. S’agissant des salles de cinéma, rendre obligatoire l’installation d’un espace réservé aux personnes à mobilité réduite. Pour les personnes subissant un handicap visuel ou auditif, inciter les exploitants des salles à adopter les dispositifs techniques existants en matière de sous-titrage ou d’audio description. 

Jean Lassalle : La cause des personnes en situation de handicap est mon combat depuis toujours. Elles sont encore trop souvent oubliées dans ces lieux. Nous devons nous efforcer d’accompagner financièrement les salles de cinéma (surtout indépendantes) afin de renforcer l’accessibilité pour cette population. 

Marine Le Pen : La loi prévoit déjà que l’ensemble des établissements recevant du public devront être accessibles aux personnes handicapées, quel que soit leur type de handicap. Les cinémas sont donc concernés et la loi se doit d’être appliquée en toutes circonstances. L’inclusion des personnes handicapées sera l’une des priorités de mon quinquennat.

Eric Zemmour : Il est impératif de faire en sorte que toutes les personnes handicapées puissent avoir accès à tous les cinémas. Il n’est évidemment pas admissible que celles-ci en soient privées, faute d’infrastructures.

Jean-Luc Mélenchon : Le nombre de personnes en situation de handicap ne cesse de croître : plus de 12 millions de Français·es sont ainsi concernés. L’accessibilité doit donc être garantie de partout, y compris dans les salles de cinéma. Cette accessibilité doit se faire à la fois sur les lieux (accessibilités aux personnes à mobilité réduite) ainsi que sur les films (audiodescription, sous-titres sourds et malentendants). Nous maintiendrons les aides automatiques et sélectives d’accompagnement à l’ensemble des travaux et équipements relatifs à l’accessibilité. Par ailleurs, nous conditionnerons les aides à la production et à l’exploitation au suivi d’une formation sur les questions liées aux handicaps afin que toutes et tous soient sensibilisés à ce sujet, dans une action systématiquement conjointe avec les associations concernées.

Anne Hidalgo : Je veux tout d’abord saluer le travail des associations comme Retour d’image ou Ciné-sens et bien d’autres qui œuvrent au quotidien pour permettre l’accès à toutes et tous aux salles. Tout projet de modernisation doit naturellement prendre en compte la question de l’accessibilité dans toutes ses dimensions. Il faut en la matière diffuser largement les bonnes pratiques et former plus aux métiers relevant de l’accueil et de l’accompagnement.

Yannick Jadot : Il y a des progrès réels dans les salles de cinéma les plus récentes. Mais on est encore loin du compte sur les salles plus anciennes. Sur la durée du quinquennat, nous veillerons à ce que toutes les salles soient réellement accessibles, en concertation avec les associations et la fédération nationale du cinéma français. 

Valérie Pécresse : L’accessibilité des personnes handicapées est un sujet de préoccupation permanent pour tous ceux qui luttent pour l’insertion sociale de nos concitoyens souffrant de handicap. Il faut donc veiller à ce que les exploitants respectent à la lettre les obligations de la loi de février 2005 imposant une accessibilité de tous dans les établissements recevant du public. Au-delà de l’accessibilité physique, il faut bien sûr garantir l’accessibilité dite « sensorielle » permettant sur un nombre de séances significatives, la projection de films en français sous titrés français pour les personnes malentendantes (en plus des boucles d’induction magnétique pour les personnes sourdes appareillées) et dans d’autres cas de figure, l’audio description comme le proposent désormais nombre de services de SVOD pour les personnes malvoyantes. L’Etat et les collectivités doivent continuer à être des soutiens de la modernisation des salles pour permettre toujours plus d’inclusion. 

Philippe Poutou : Comme pour tout le reste dans la société, trop peu de choses sont mises en place pour les personnes en situation de handicap. Il faudrait développer l’audio description, mettre systématiquement des sous titres… et bien évidemment aménager toutes les salles pour qu elles puissent être accessibles aux personnes à mobilité réduite. 

Nicolas Dupont-Aignan : L’accès à la culture doit être la même pour tous. C’est pourquoi, les cinémas doivent être accessibles pour les personnes handicapées d’abord par leurs infrastructures, mais aussi en sous-titrant davantage les films, y compris français. Il faut également mettre en place un référentiel national des réductions tarifaires ou gratuités, qui aujourd’hui restent à la discrétion de chaque structure culturelle. 

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