Un nouvel élan à Nice et Marseille

Les Variétés de Nice

Philippe Dejust et Alexis Dantec, déjà associés sur l’Artplexe Canebière et les Variétés dans la cité phocéenne, ont acquis fin 2025 les cinémas de la famille Aubert : Le Prado et le Chambord de Marseille, Les Variétés et le Rialto de Nice. Ensemble, ils forment désormais un réseau ensoleillé de 41 écrans, qui a représenté près d’un million d’entrées en 2025.

Il y a deux ans, Alexis Dantec, dont on associe plus le nom à la production, rejoint Philippe Dejust de Cap Cinéma en reprenant des parts dans l’Artplexe à Marseille, ouvert pendant le Covid et dont les résultats sont alors en dessous des attentes. « Puis, nous avons eu l’opportunité incroyable de racheter Les Variétés, institution marseillaise mais aussi cinéma art et essai à l’importance nationale, et d’avoir ainsi une vraie cohérence entre ces deux cinémas, de 7 salles chacun, situés à 500 m l’un de l’autre, relate Alexis Dantec. Nous avons réussi à faire circuler les publics entre deux établissements aux identités très différentes, et les distributeurs nous font de plus en plus confiance. » La fréquentation des deux cinémas de la Canebière a fortement progressé en 2024 (+25 % et +10 %) et en 2025, ils limitent leur baisse par rapport à la moyenne nationale, notamment Les Variétés, en recul de 2 % seulement, « notamment grâce au travail d’animation et au très bon contact de l’équipe avec les Marseillais ». 

Alors, quand Dominique et Brigitte Aubert mettent en vente leurs cinémas de l’avenue du Prado, ainsi que leurs salles historiques de Nice, Alexis Dantec et Philippe Dejust emportent le marché, avec le concours décisif de Coficiné et de l’Ifcic « qui ont bien compris l’importance de former un réseau. Cela avait du sens de reprendre les cinémas du centre-ville de Nice, qui ont aussi chacun une identité forte et complémentaire, Les Variétés étant généraliste et Le Rialto art et essai. Elles ont un gros potentiel d’entrées mais s’étaient un peu assoupies, comme une “belle endormie” ». En 2025, les 7 salles des Variétés de Nice ont enregistré 136 600 entrées et les 5 du Rialto 111 200. Comme à Marseille, Pathé est le premier exploitant de la ville – avec le Pathé Gare du Sud, Lingostière et Masséna –, mais Megarama y est aussi implanté en périphérie, tandis que le Jean-Paul Belmondo propose une offre art et essai au centre-ville. À noter que la famille Aubert a également revendu l’Olympia de Cannes dans le lot, dont les 8 salles ont été reprises dans la foulée, et en toute logique, par Philippe Borys-Combret, qui exploite déjà le Cineum et les Arcades cannois.

L’enjeu d’un réseau de salles… et de spectateurs

Entre Marseille et Nice, l’idée est donc désormais de former un vrai réseau de 6 cinémas, chacun préservant sa ligne éditoriale, avec quelques ajustements. « Si le Prado garde sa programmation populaire et en VF, nous avons basculé Le Chambord sur de l’art et essai dès la reprise, pour qu’il se différencie du Prado et draine le public important des Variétés – où l’affluence est telle le week-end que l’on manque parfois de place ! Aux Variétés de Nice, qui reste généraliste, nous renforcerons l’offre de films art et essai porteurs. » La programmation, en lien étroit avec les équipes sur place, est pilotée par Charlotte Prunier (Babylone 222) pour l’art et essai, et par Christelle Brequel de DECA (Cap Cinéma) pour les films grand public. Bernard Cohen, directeur de l’Artplexe, supervise l’ensemble des cinémas, qui auront bientôt en commun une carte d’abonnement. « Et à l’heure où tout le secteur parle de data, il s’agit de s’adresser à l’ensemble d’un bassin de spectateurs très important ».

Mais Alexis Dantec est conscient que les enjeux sont énormes. À l’Artplexe, situé au carrefour de trois quartiers métissés, « nous avons un gros travail à mener auprès des scolaires pour que, dans cinq ans, ils viennent y voir leur premier film d’horreur. Avec les associations et à travers les animations, comme le Canebière Film Festival que nous avons lancé, nous devons retisser des liens avec les différentes populations pour qu’elles s’approprient ces lieux, qui sont des équipements magnifiques ». Pour rappel, Les Variétés avait été entièrement refait par Jean Mizrahi en 2019, le Prado a été rénové en 2022, ainsi que la grande salle du Chambord trois ans plus tôt. Les liens seront également renforcés avec les comités d’entreprise, et c’est d’ailleurs Frédéric Perrin, directeur du Prado avant la reprise, qui va s’en occuper à travers sa nouvelle structure d’événementiel, Cinéxpérience.

À Nice, où le public est assez différent, « il y a aussi un gros travail de communication et de politique commerciale à reprendre ». Et si les salles, avec leur côté vintage, sont en état d’usage, elles ont besoin d’être rénovées, ce que les nouveaux exploitants ont commencé. « Nous réfléchissons à installer un bar dans chacun des deux cinémas, qui ont suffisamment d’espace disponible, pour les rendre plus conviviaux. Les Niçois ont tous un souvenir très ému de ces salles historiques, où nous allons relancer des animations et ciné-clubs, et travailler avec le public jeune. »

Pour celui qui a fondé et préside Cofinovadepuis 23 ans, et qui a été directeur général des Films du Losange pendant près de 4 ans – toujours actionnaire, il a passé le relais à Charles Gillibert –, cette activité d’exploitant est centrale. « Je suis arrivé dans le cinéma avec des tableaux excel, en économiste statisticien, explique Alexis Dantec. Par le biais des Soficas, on demande aux distributeurs de s’engager sur des copies… puis on s’aperçoit que derrière, il y a des salles qui peuvent les refuser. Comprendre la logique économique, depuis le financement d’un film jusqu’au consommateur dans une salle, est très important et finalement, les producteurs parlent aux distributeurs, mais peu avec les exploitants, et inversement. Or je fais de meilleurs investissements depuis que j’ai compris comment fonctionnait la salle, et c’est passionnant. »

L’aventure à Marseille et Nice l’est tout autant pour Alexis Dantec, dont le duo avec Philippe Dejust se positionne donc comme 2e exploitant sur les deux villes. En proposant une offre très large à travers 6 cinémas – et au vu de celle qui se profile en 2026 –, il espère augmenter leur fréquentation globale de 10 à 15 %. « Et c’est assez joyeux ! Je ne crois pas à l’argument qui voudrait que le soleil empêche les gens d’aller au cinéma : dans les années 50, il y avait déjà du soleil à Nice et Marseille… et les salles étaient pleines. »

Entretien paru dans notre Boxoffice Pro du 4 février 2026

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