Le pari Légendaires de la Pan

David Baudry (directeur de la distribution) et Nathalie Gastaldo Godeau (productrice chez Pan) © Pan

La BD culte de Patrick Sobral, écoulée à 10 millions d’exemplaires – sans compter ses spin-offs, son adaptation au format manga, en série animée, en jeu de rôle… – devient un long métrage de cinéma réalisé par Guillaume Ivernel, attendu pour le 28 janvier 2026. Sa productrice, Nathalie Gastaldo Godeau, et David Baudry, directeur de la distribution chez Pan, reviennent sur une aventure qui ambitionne d’aller bien au-delà des fans de la première heure… et marquer son empreinte dans l’histoire de l’animation française.

Quelle a été votre première motivation à vous lancer dans le projet Légendaires ?

Nathalie Gastaldo Godeau : Comme beaucoup d’autres, mes enfants étaient fans ; cette bande dessinée, qui sortait au rythme d’un tome par an, a notamment accompagné mon fils aîné de l’enfance à l’adolescence. De tels succès sont rares dans la BD française, et ses droits étaient libres. Alors, il y a environ sept ans, j’ai contacté son éditeur Delcourt…

Comment avez-vous abordé l’adaptation d’un univers si établi, apprécié, et dès lors, probablement sanctuarisé ?

Nathalie Gastaldo Godeau : Avant tout en compagnie de l’auteur lui-même. Patrick Sobral a, dès le début, été très impliqué dans le projet. Patrick a un grand recul sur sa propre œuvre, et un incroyable contact avec sa communauté de Légenfans. Mais il fallait également nous “détacher”, en créant une histoire originale qui, tout en reprenant l’univers existant, devienne un nouvel objet, avec des personnages encore plus caractérisés, dont le scénario a été confié à Antoine Schoumsky, épaulé par Hélène Grémillon, et toujours avec l‘implication de Patrick Sobral. 

Mais avec un film, apparaît forcément un autre auteur, à savoir le réalisateur…

David Baudry : Guillaume Ivernel est un très bon filmeur, avec un incroyable sens de la mise en scène. La dimension épique était visible dès la préviz’.

Nathalie Gastaldo Godeau : Et il est arrivé avec toute une équipe de talents : de très bons techniciens qui avaient planché sur Moi, moche et méchant, Minuscule… Sachant que nous avons commencé par les voix, sur lesquelles nous avons beaucoup travaillé pour que la mise en scène se base sur une “chair” qui apporte l’émotion et les messages, qu’elle serve une bonne histoire, pas juste de belles images gratuites. 

Avez-vous eu des difficultés à trouver les financements pour un projet certes prometteur, mais également onéreux ?

Nathalie Gastaldo Godeau : Le budget des Légendaires représente en effet 18 millions d’euros. Tous nos partenaires habituels ont répondu présent, mais avec pour certains, des montants d’engagements à la baisse étant donné le marché actuel. Le plan de financement nous a occupés à plein temps durant un an et demi ; nous avons présenté le projet à toutes les Régions, eu les Sofica… et fabriqué beaucoup de matériel pour être convaincants, quitte à frapper aux portes plusieurs fois. Nous avons aussi un coproducteur belge, Belvision, même si Pan est le seul producteur délégué sur le film. 

Aujourd’hui, la même ambition doit être de mise pour les préparatifs de sortie…

David Baudry : Nous avons prévu un budget de 1,5 millions d’euros, pour ce qui va représenter la plus grosse sortie de Pan depuis les Largo Winch et Mr. Nobody de Jaco van Dormael (2010) – que Pan-Européenne avait produit, mais sorti avec Wild Bunch et Pathé. Et je suis intimement convaincu que Les Légendaires, que nous prévoyons de sortir sur environ 600 copies, sera le film d’animation des vacances d’hiver 2026.

Pourquoi cette date ?

David Baudry : Les Légendaires a les mêmes attraits que les productions américaines du genre, mais l’option Noël était difficilement envisageable avec les deux Disney à destination très familiale que sont Zootopie 2 et Avatar 3. L’ambition est grande, on met les moyens, mais les studios en mettent toujours beaucoup plus. Par ailleurs, la case des vacances d’hiver se déployant sur quatre, voire cinq semaines, laissera tout le temps à Légendaires de “s’exprimer” pleinement.

D’ici là, comment se déploie le plan marketing ?

David Baudry : Il a commencé il y a presque un an où nous avons présenté la première affiche préventive, très bien accueillie d’ailleurs. Puis au fil des mois, nous avons dévoilé d’autres affiches teasers, avec l’idée de nous adresser en premier lieu à la communauté, puis des teasers cinéma (en ligne et dans les salles), dans la continuité de notre stratégie de sortie.

Nous avons également fait un test grandeur nature avec une première salve d’avant-premières, le 9 novembre dernier. Nous les avons proposés dès le mois d’août, quand nous avons eu l’assurance de la production d’une livraison du film en octobre, à cinquante cinémas répartis sur toute la France, selon un maillage qui permettait à n’importe quel fan d’avoir une avant-première à moins d’une heure de chez lui, les cinémas étant par la suite départagés en fonction des parts de marché qu’ils avaient représenté sur Vaiana 2. Quand un cinéma atteignait 200 préventes, il avait le droit “d’ouvrir” un autre cinéma à l’avant-première : c’est ainsi que, par exemple, l’UGC Bercy a désigné l’UGC Bordeaux, ou que le Grand Écran de Limoges a “ouvert” la voie au Grand Écran de Sainte-Eulalie. Ainsi, le 9 novembre, les avant-premières proposées dans un total de 56 cinémas ont rassemblé 7 000 spectateurs.

Et ceci près de trois mois avant la sortie du film, et avant que Pan Distribution n’ait engagé aucun marketing payant… 

David Baudry : En effet, c’est ce que j’appelle la mesure du “Beyoncé effect”. Pour pouvoir pleinement apprécier la force de la proposition, il ne fallait aucun biais. Tous les cinémas participants ont communiqué à leur niveau, localement, avec leurs atouts, et une évidente émulation. Certes, il y a de la disparité dans les résultats, mais en moyenne – en excluant l’avant-première du Grand Rex de Paris avec les membres de l’équipe et celle de Limoges en présence de Patrick Sobral, local de l’étape –, nous avons eu 95 entrées par séance, soit autant que Le Robot sauvage trois jours avant sa sortie [en octobre 2024, ndlr.], au prime de sa communication. De la même manière, sans tournée préliminaire, les avant-premières sèches de Un p’tit truc en plus d’Artus avaient ressemblé en moyenne 125 spectateurs, mais nous étions 15 jours avant la sortie.

Depuis, d’autres avant-premières ont eu lieu, et les investissements marketing vont commencer !

David Baudry : Nous avons des campagnes d’achat de passages pendant les vacances de Noël. Le film arrive également comme un beau cadeau pour la cinquantaine d’arbres de Noël en entreprise qui sont prévus. Pour l’occasion, Delcourt a réédité les deux premiers tomes des “Légendaires”, reliés avec une couverture souple, et un dessin original de Patrick Sobral en quatrième de couverture, que nous vendons aux CSE à prix coûtant, et qui nous serviront également de goodies pour la suite. 

Aussi, après le succès des avant-premières pendant la Grande Journée des Enfants chez Pathé le 23 novembre, le film sera présenté lors des Matinées magiques de Kinepolis, le 4 janvier. L’avant-première officielle se déroulera à l’UGC Bercy, le 18 janvier, avec des ateliers de doublage et autres activités, avant les ultimes avant-premières le dimanche qui précède. De quoi égayer un mois de janvier qui peut être tristoune, mais aussi propice aux surprises !

La nature des Légendaires vous a-t-elle inspiré d’autres matériels de promotion spécifiques ?

David Baudry : L’intervention de l’auteur Patrick Sobral, du réalisateur Guillaume Ivernel et du scénariste Antoine Schoumsky à la Paris Games Week nous a donné l’idée de créer, avec Nathalie, un petit documentaire de 6 à 8 minutes sur la fabrication du film. Il sera réalisé par l’école de cinéma Eicar, qui accueille nos nouveaux bureaux à Ivry, et mis à disposition des salles sous différents formats ; sans oublier les contenus spécifiques que permet de réaliser l’animation, comme pour les avant–premières, en redoublant des extraits du film. 

Pour être en phase avec la nature heroic fantasy de l’univers Légendaires, le press junket du 12 janvier aura lieu au musée médiéval de Cluny. Enfin, 15 jours avant la sortie du film, sera mis en ligne un jeu Légendaires sur la plateforme Roblox, que Pan développe avec la société Rivrs, avec un événement live regroupant plusieurs influenceurs et joueurs sur Twitch.

Beaucoup d’actions qui semblent cibler les geeks et autres initiés… 

David Baudry : Nous nous devons de ne pas décevoir les fans. Pour autant, l’idée d’un film familial est de plaire aux petits comme aux grands. Certes la “marque” sécurise, mais nous devons toujours envisager les choses comme si elles n’étaient pas connues. Nous allons donc aller chercher ceux qui ne connaissent pas les Légendaires, et en faire un film d’animation à part entière, dont les parents seront aussi prescripteurs que les enfants. C’est simple, il y a les fans ; allons chercher tous les autres !

Nathalie, quels sont vos prochains projets de production ?

Nathalie Gastaldo Godeau : Cette première aventure dans l’animation m’a beaucoup plu et beaucoup appris, notamment sur la gestion du temps, les compromis qui ne sont pas forcément les mêmes que ceux du live…. et l’esprit d’équipe. Je continuerai donc le défi avec une adaptation 3D de… Lucky Luke. On y retrouve Antoine Schoumsky au scénario, accompagné de Bernard Campan en tant que co-auteur, mais également réalisateur aux côtés de Célestine Plays. 

Et bien sûr, nous espérons bien enclencher un Légendaires 2 dès que possible. Le premier volet cinéma a nécessité beaucoup de recherche et développement, devenant notamment le premier long métrage animé 3D à intégrer dans son pipe le moteur de jeu vidéo Unreal – utilisé par Fortnite –, qui permet de faire beaucoup de travaux en temps réel… Pour cela, nous avons effectué des essais qui nous ont pris du temps, mais qui finalement nous en ont fait gagner. Autant d’assets et de moyens que nous comptons réenclencher pour explorer le monde des Jaguarians et le personnage de Gryf, mon préféré… avec un scénario signé cette fois Antoine Schoumsky, Céline Ronté et… Patrick Sobral !

Article d’origine paru dans le Boxoffice Pro du 17 décembre 2025

David Baudry (directeur de la distribution) et Nathalie Gastaldo Godeau (productrice chez Pan) © Pan

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