Plus de deux ans après un incendie l’ayant contraint à fermer ses portes, le cinéma de la commune savoyarde a enfin repris ses séances ce mercredi 10 septembre.
« C’est une grande joie de rouvrir », confie Patrice Palumbo. Depuis l’incendie survenu en juin 2023 lors d’une nuit d’émeutes, le directeur des Forum Cinémas – qui regroupent le Forum et l’Astrée, respectivement 2 et 4 écrans – est passé par toutes les émotions de l’incertitude. Mais, « il n’a jamais été question de mettre définitivement la clef sous la porte ». Un avis partagé par Martin Bidou, président de Haut et Court Cinémas : « Quand nous avons acquis les Forum Cinémas en 2015, j’ai compris, au fil des discussions avec le maire et les élus, l’importance de cet établissement pour les habitants. Son absence pendant ces deux années m’a conforté dans l’idée qu’il est indispensable de le maintenir ouvert. »

Une rénovation quasi-intégrale
Freinés par des délais administratifs, les travaux n’ont pu démarrer qu’en septembre 2024, soit plus d’un an après le sinistre. La façade et le hall ont été intégralement refaits, tandis que les salles – qui, comble du sort, ont été inondées lors de l’intervention des pompiers car située en sous-sol – n’ont pas nécessité de rénovation. Côté technique, la remise en état a permis de concrétiser le passage au laser des projecteurs, réalisé en rétrofit par La Cabinerie. Au total, près de 120 000 € ont été investis, sans compter le maintien à 100 % des salaires des employés en chômage partiel.
Un ancrage social déterminant
Situé dans une zone Rep+ (réseau d’éducation prioritaire), le Forum participe pleinement du tissu local : 50 % de ses entrées (20 000 à 25 000 par an) sont réalisées par des scolaires, avec notamment dix établissements situés dans un rayon d’un kilomètre, dont le lycée Louis Armand doté d’une option cinéma. Pour ne pas rompre ce lien, le cinéma a continué à organiser des projections pour les dispositifs nationaux, dans la salle de spectacle voisine Le Scarabée, grâce au matériel de plein air du Forum. Et si l’Astrée, à trois kilomètres, n’a pas pu accueillir ces séances pour des raisons de coût de transports, sa billetterie a servi de relais – ce qui peut expliquer sa fréquentation qui a atteint 135 000 entrées en 2024, soit 20 000 de plus qu’en 2019. Et pour Patrice Palumbo, ces projections n’ont été qu’une preuve supplémentaire de l’importance du Forum pour les locaux : « Quand j’ai demandé aux enfants s’ils connaissaient le cinéma, tout le monde a levé la main, car c’est principalement grâce à eux que ce lieu vit. »
Une diversité à préserver
Le retour du Forum ne bénéficiera pas uniquement aux scolaires, l’entièreté des Chambériens retrouvant une programmation riche à travers le jumelage avec l’Astrée. « Nous organisons de nombreux événements à cheval entre les deux sites, explique Martin Bidou. Le Forum tourne à 90 % de séances art et essai, et permet habituellement de “désengorger” l’Astrée en reprenant certains titres en continuation ou en proposant des sorties nationales, notamment parmi les films les plus militants. Son absence a porté un coup à la diversité ici. » Un constat qui, selon Patrice Palumbo, trouve un écho dans l’évolution de la ville : depuis la pandémie, Chambéry est particulièrement concernée par l’exode de certains citadins issus de grandes villes, qui sont souvent surpris de découvrir « qu’ils peuvent voir ici les mêmes films qu’à Paris ! »
Un futur rassurant
Pour toutes ces raisons, les exploitants sont sereins pour cette réouverture du 10 septembre. Malgré la fréquentation morose, le président de Haut et Court Cinémas n’est en effet pas inquiet pour le Forum, car « il ne dépend pas de la santé des blockbusters ». De plus, ses liens solides avec les écoles et associations locales lui permettent de s’affranchir un peu des dispositifs nationaux, même si Martin Bidou n’exclut pas qu’il soit impacté par les récentes évolutions. Entre 20 000 et 25 000 entrées sont donc attendues en année pleine, à travers une programmation dans la continuité de de celle d’avant la fermeture, et fortement axée sur l’événementialisation. Cette réouverture marque aussi la fin d’un défi pour Haut et Court Cinémas, avant d’en ouvrir un autre : le Diagonal de Montpellier, acquis fin 2022, fermera cinq mois pour travaux en avril 2026. Un rafraîchissement intégral souhaité de longue date par Martin Bidou, qui sera complété par un crowdfunding afin de financer la restauration de la façade d’origine. La rénovation du Navire de Valence a, elle, été repoussée d’un an. Pour rappel, fin 2024, le circuit comptait 7 cinémas et 27 écrans, totalisant plus d’un million d’entrées.



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