Le cinéma poursuit ses efforts en matière de parité

Flo de Géraldine Danon © Metropolitan Filmexport

110 710 salariées dans les secteurs du cinéma et de l’audiovisuel en 2022, soit +10,7 % par rapport à 2019 : les avancées des femmes sont réelles et continues, mais la polarisation des métiers et les inégalités salariales comme budgétaires persistent.

Mis en place depuis 2014, l’Observatoire de l’égalité Femmes-Hommes du CNC a livré les nouveaux chiffres-clés. Dans le détail, la hausse des effectifs féminins est particulièrement portée par les filières “production” (+1,1 point pour 43,2 % des effectifs) et “prestations techniques” (+2,1 point pour 31 % des postes). Régulièrement citée comme exemple, la filière exploitation se contente d’une part de 50,3 % en 2022 (contre 51,5 % en 2019), tandis que la filière distribution affiche 56,5 % de femmes dans ses effectifs (57,8 % en 2019).

Part des femmes dans les secteurs du cinéma et de l’audiovisuel (%) Source : Audiens

Toutefois, les métiers de la production cinématographique restent fortement genrés. Ainsi, si au global les femmes représentent 43 % des effectifs de la production fictions cinéma

d’initiative française en 2021, leur part monte à 90,5 % au poste costumes, de 86,3 % au poste maquillage, et descend à 7,5 % au poste de machiniste, voire à 5,3 % au mixage.

Par ailleurs, si l’égalité salariale n’est établie dans aucun des métiers, les écarts peuvent atteindre -34,9 % de salaire horaire moyen pour les femmes dans l’administration. À noter aussi que le minimum garanti moyen d’une autrice de film de fiction en 2019 est 41 % plus bas que celui d’un homme. Du côté des métiers artistiques du secteur, seules les cascadeuses – qui ne représentent que 8,8 % des effectifs de cascadeurs – et les compositrices de musique – 32,8 % des effectifs – bénéficient d’un avantage salarial de respectivement +6,3 % et +4,4 % par rapport à leurs homologues masculins.

En outre, l’étude CNC met en valeur la part croissante des films éligibles à son bonus parité, qui consiste en une majoration de 15 % du soutien automatique à la production, attribuée en fonction de la présence de femmes sur certains postes clés. Ainsi, 34,6 % des films d’initiative française agréés en 2022 étaient éligibles au bonus, avec une part plus conséquente en fiction (35,8 %) et en documentaire (32,6 %) qu’en animation (16,7 %).

En 2022, les films de fiction réalisés par des femmes ont atteint un niveau record de 54 longs métrages (34 %). On peut aussi souligner l’émergence des femmes dans la réalisation de films d’animation : entre 2013 et 2022, 9 films d’animation ont été réalisés ou coréalisés par des femmes (15,8 %), contre 5 (8,8 %) entre 2003 et 2012. Pour rappel, il aura fallu attendre 2017, Les Hirondelles de Kaboul de Zabou Breitman et Les Secrets de mon père de Vera Belmont, pour voir les premiers films d’animation strictement réalisés par des femmes.

L’écart de budget moyen dont disposent les réalisatrices (3,71 M€, contre 4,72 M€ pour les réalisateurs) reste prégnant, mais moins marqué en 2022, puisque l’écart de -21,3 % est le plus bas observé depuis 20 ans. Certes les films de réalisatrices sont davantage labellisés art et essai, mais ce positionnement ne suffit pas à expliquer les inégalités constatées sur les devis de films : calculé sur les seuls titres non recommandés, le budget moyen dont bénéficie une réalisatrice est de 4,9 M€, soit 25,8 % de moins qu’un réalisateur (6,6 M€). Par ailleurs, les très gros budgets demeurent toujours une affaire d’hommes et en 2022, les trois seuls titres à plus de 10 M€ « strictement » réalisés par une femme – Jeanne du Barry de Maïwenn, Chien et chat de Reem Kherici et Flo de Géraldine Danon – ont tous, en partie, été cofinancés par… Netflix. 

Par contre, qu’elles soient automatiques, sélectives ou régionales, les films de réalisatrices bénéficient de plus d’aides publiques – 10,5 %, contre 7,1 % pour ceux réalisés par des hommes, soit en moyenne 390 000 € par film contre 334 000 €. Un avantage que les réalisatrices “perdent” face aux distributeurs, qui leur attribuent des mandats (distribution salles, édition vidéo, exploitation à l’étranger) moins élevés – 346 000 € en moyenne par film vs 643 000 € pour un film réalisé par un homme.

Financement des films d’initiative française selon le genre des réalisateurs en 2022 (%) Source : CNC / Base : films d’initiative française agréés
Flo de Géraldine Danon © Metropolitan Filmexport
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