Après plus de vingt ans d’absence, le cinéma fait son grand retour dans l’hypercentre valenciennois, à travers un nouveau complexe de 6 salles, exploité par Marc-Antoine Tourbez.
Historiquement bien pourvue en salles obscures, la ville de Valenciennes (Nord) avait vu ses cinémas de centre-ville disparaître progressivement jusqu’à la fin des années 1990, conjointement à l’arrivée du multiplexe Gaumont (aujourd’hui Pathé) en périphérie. Depuis, le paysage de l’exploitation locale se résumait à ce site unique. Mais la volonté des pouvoirs publics de redynamiser le cœur de ville a fini par rencontrer l’ambition d’un exploitant indépendant. « Je suis arrivé dans cette histoire en 2017 avec un premier contact avec la mairie », se souvient Marc-Antoine Tourbez, promoteur via la SAS Ciné Valenciennes et qui pilote déjà avec succès le Cin’Amand de 7 salles à Saint-Amand-les-Eaux, à une quinzaine de kilomètres. Après une CDACi obtenue en 2019, le projet prend racine sur un emplacement d’exception : une ancienne friche militaire regroupant une caserne, un hôpital, un arsenal et un mess des officiers.
Héritage et modernité
Si le site offre un cachet indéniable, il impose aussi ses contraintes. Le projet initial prévoyait d’investir le grand bâti de l’arsenal, après de longues fouilles archéologiques. Mais l’arrivée du Covid a marqué un coup d’arrêt et, au sortir de la crise, la hausse des coûts de construction a remis en cause la faisabilité du dossier. « Le devis de l’époque reposait sur un projet ambitieux et technique. Nous avons décidé de l’abandonner pour ne plus nous concentrer sur l’arsenal même, mais se servir de sa disposition en U pour envelopper les salles construites dans un bâtiment neuf. » À nouveau validé en CDACi fin 2023, le résultat final, dont la conception a été accompagnée par Gilbert Long et l’exécution confiée à Mélanie et Daniel Desforges, du cabinet Kase Architecture (déjà à l’œuvre sur le Cin’Amand), est un mélange d’ensemble neuf et de réhabilitation, pour un budget supérieur à 8 M€. Comme un hommage, le complexe arbore un bardage couleur bronze pour rappeler l’identité militaire du lieu.
À l’intérieur, le hall se compose du traditionnel comptoir caisses-confiserie et de bornes automatiques, tandis qu’un espace de réception pour des événements, initialement prévu dès l’ouverture, devrait être aménagé dans un second temps. Mais là où certains équipements arborent une belle hauteur sous plafond dès l’entrée, le hall du cinéma valenciennois se révèle moins spacieux. « Il a fallu composer avec une vraie contrainte de place, avec des volumes qui se chevauchent », justifie l’exploitant. Réparties sur trois niveaux, la plupart se superposant, les 6 salles sont équipées en son 7.1, couplé à du DKaudio, et en projection 4K et 2K, oscillant entre 90 et 288 places pour une capacité totale de 950 sièges. Fortement gradinées, elles offrent toutes des fauteuils clubs, certaines complétées par des duos tandis que les deux plus grandes possèdent des méridiennes au premier rang. L’accent a particulièrement été mis sur le confort de l’assise, un atout directement visible par le spectateur lors de son entrée dans les salles.

Cohabitation
L’Arsenal déroule une programmation généraliste mais avec un objectif clair : obtenir le classement art et essai, avec environ 30 % des séances dédiées, tout en proposant un mix de VO et VF. L’absence de complexe en centre-ville a déshabitué le public d’une certaine diversité, aussi, Marc-Antoine Tourbez estime « qu’il va falloir mener un travail sur les films qui soit plus fort qu’à Saint-Amand », tout en conjuguant avec la proximité du Pathé, à 10 minutes en voiture. Le multiplexe de 15 écrans a attiré plus de 390 000 spectateurs en 2025, quand L’Arsenal, d’après l’étude de marché du cabinet CinéConseil, table sur 200 000 entrées annuelles, en restant accessible via des tarifs attractifs. Dans cette ville de près de 45 000 habitants, l’exploitant indépendant se veut optimiste : « Il y a de la place pour que les deux cinémas cohabitent. »


Partager cet article