Interview : Guillaume Canet et Benoît Magimel pour Nous finirons ensemble

Guillaume Canet et Benoît Magimel aux Rencontres du Sud 2019, Avignon

Toujours aussi inspiré par son expérience intime, et entouré de ses intimes, Guillaume Canet livre enfin la suite des Petits mouchoirs. Et quoi de mieux, pour en parler, que la compagnie de son ami Benoît Magimel qui réendosse le rôle de Vincent ?

En retrouvant cette bande-là 8 ans plus tard, avez-vous eu le sentiment d’avoir de meilleurs comédiens devant votre caméra ?

Guillaume Canet : Oui, en tous cas de trouver des comédiens avec plus d’expérience, de maturité et de professionnalisme. Et ils étaient plus faciles à gérer !
Benoît Magimel : En effet sur ce 2e film ensemble, j’ai certainement eu plus d’empathie pour Guillaume car j’avais plus conscience des difficultés de réalisation d’un film choral.
G.C. : Certes il y a une contradiction de ma part qui consiste à demander à mes acteurs de créer une ambiance décontractée et amicale tout en restant concentrés. Il n’y en a pas eu moins de tensions. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas facile de faire un film de potes avec ses potes. D’autant plus qu’avec mes proches, je peux mettre moins de formes pour critiquer leur travail, ce que Marion et Gilles ont pu particulièrement me reprocher.

Vous aurait-il été possible de faire ce diptyque avec d’autres comédiens que vos potes ?

G.C. : La première lecture du scénario en présence de tous les acteurs a été très douloureuse pour moi, avec un silence de mort à la fin… avant que leurs critiques ne commencent à fuser ! Et finalement, tout ce “bashing”, cela a été très bénéfique et instructif, me donnant des clés pour la réécriture. Les Petits mouchoirs et Nous finirons ensemble ne sont pas des films que j’ai fait tout seul ; chaque comédien y apporte ses idées, sa personnalité et sa sensibilité. Or parfois, tout cet équilibre que l’on a cherché à créer entre les personnages pendant l’écriture, le tournage et le montage est mis à mal par la promotion du film, quand un acteur est plus sollicité ou mis en avant qu’un autre. Je suis en cela très content qu’il y ait trois versions de l’affiche du film.

Benoît, près de dix années se sont écoulées pour votre personnage . Et pour vous, qu’est-ce ce que les années qui passent ont changé ?

B.M. : J’ai toujours eu envie de cet âge de la quarantaine, où l’on se connaît mieux, où l’on accepte plus de vivre pour soi-même, et moins pour les autres. Au cinéma, les plus beaux rôles sont pour les acteurs à la quarantaine tassée. Moi qui ai eu le complexe du prolo quand j’ai commencé à tourner, je peux désormais mettre un peu de mon parcours de vie au service des personnages. Ça a été spécialement mon cas pour La Tête haute d’Emmanuelle Bercot.

Guillaume, vous signez finalement un film générationnel, dont le titre évoque Nous ne vieillirons pas ensemble ; reconnaissez-vous une forme d’engagement politique pour votre film ?

G.C. : Oui, et j’adore le film de Maurice Pialat. Je n’ai plus envie de perdre du temps. J’ai ma part de responsabilité dans les amitiés délaissées par manque de temps, à cause du travail, des enfants… Mais je ressens aussi très fort cet instinct que rien ne peut se faire tant que nous ne sommes pas ensemble, si nous ne décidons pas ensemble que nous voulons changer la situation politique, sociale, écologique. Rester ensemble, c’est une manière de rester positifs… et de se battre.
B.M. : Alors rendez-vous pour nos 60 piges !

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