Fusion de Docks 66 et Ligne 7 : « Créer une alchimie entre le film, le cinéaste, les partenaires et nous, c’est le but des Alchimistes. »

Violaine Harchin et Timothée Donay ©Tanguy Colon/Boxoffice Pro

INTERVIEW – Violaine Harchin a fondé, avec Aleksandra Cheuvreux, Docks 66, société spécialisée dans le documentaire. Timothée Donay a créé Ligne 7, dédiée à la fiction, notamment québécoise. Ils racontent les coulisses de leur association, qui aboutit, en ce mois de mars, à la création d’une nouvelle structure de distribution et de production : Les Alchimistes.

Comment est venue l’envie de fusionner ?

Timothée Donay : Nous nous sommes rencontrés avec Violaine il y a un peu plus de deux ans. Ligne 7 et Docks 66 sont deux structures avec une vision assez similaire. Le courant est tout de suite bien passé et nous nous sommes rapprochés via une codistribution, très importante pour des sociétés comme les nôtres.
Violaine Harchin : Nous avons donc travaillé ensemble à la sortie du documentaire Depuis Médiapart en mars 2019 et la fluidité de notre collaboration nous a donné envie de réitérer l’expérience : d’abord avec La Grand-Messe, documentaire sur les à-côtés du Tour de France sorti en juillet ; puis en décembre avec Paroles de bandits, qui se déroule dans la Vallée de la Roya. La stratégie de sortie de ces trois codistributions a été conjointement définie, Docks 66 gérant les partenariats et Ligne 7 s’occupant de la programmation, que nous avions l’habitude d’externaliser.
T.D : Notre principal point commun est l’envie de travailler nos films sur la longueur, de les faire vivre, au-delà de la sortie tout au long de l’année. C’était donc une évidence de fusionner, appuyée par des enjeux structurels et économiques à long terme.

« Notre principal point commun est l’envie de travailler nos films sur la longueur, de les faire vivre, au-delà de la sortie tout au long de l’année. »

Timothée Donay

Quelles perspectives s’ouvrent désormais à vous ?

V.H. : La mutualisation de nos compétences et de nos équipes permet d’avoir une force de sortie plus importante. Elle apporte également davantage de moyens, qui permettent de réaliser des projets compliqués à porter seuls ou de viser des films plus prometteurs qui nécessitaient d’augmenter notre volume d’activité. 
T.D. : Il y a aussi un souci de clarté vis-à-vis de nos partenaires, et notamment des exploitants, qui ne s’adressent plus qu’à une seule entité. Cette première année va servir à affiner nos process de travail. C’est comme si nous développions une nouvelle structure, où il faut imposer une marque commune, consolider les liens de confiance tissés dans nos parcours respectifs. Nous n’avons eu que des retours positifs pour l’instant et tous saluent notre démarche.
V.H. : Nous sommes deux sociétés très ancrées localement [Ligne 7 à Lille et Docks 66 à Marseille, ndlr.]. Nous souhaitons poursuivre dans cette voie-là, en mettant en avant notre capacité à proposer un travail artisanal, sur mesure, autour de l’identité de chaque film. De créer une alchimie entre le film, le cinéaste, les partenaires et nous. D’où notre nom.

« Nous concrétisons quelque chose qui va devenir une tendance majeure sur le marché. À l’instar de la production, les petits distributeurs vont tendre vers davantage d’alliances. »

Violaine Harchin

Autour de quoi va s’axer votre activité ?

T.D. : Nous allons continuer aussi bien la distribution que la production. Nous allons sortir trois films d’ici la fin du semestre : d’abord Les Équilibristes de Perrine Michel le 18 mars, documentaire sur la danse et la maladie ; ensuite deux fictions québécoises, Antigone de Sophie Deraspe le 15 avril, représentant canadien aux Oscars, puis Kuessipan de Myriam Verreault le 13 mai. Et nous sommes actuellement en période d’acquisitions pour le line-up du second semestre et de début 2021, l’idée étant de sortir six à huit films par an. Il y a également le catalogue, qui sera composé d’une trentaine de titres, majoritairement des documentaires. Nous souhaitons continuer à le faire vivre en salles et approfondir l’après (DVD, VOD, institutionnels). Chez Ligne 7, nous réfléchissions la VOD davantage comme un bonus que comme une continuité. Nous allons rester à l’écoute et vigilants face aux transformations du marché.
V.H. : Sur le volet production, pan historique de Docks 66 et plus récent chez Ligne 7, nous avons une petite dizaine de projets en développement, en écriture, en tournage. Nous voulons tirer profit de notre présence dans les Hauts-de-France, région de nombreuses opportunités, mais regarder aussi ailleurs pour chercher d’éventuelles coproductions interrégionales. Et ce, aussi bien pour le cinéma que la télévision.

Initialement prévu le 8 avril, Antigone de Sophie Deraspe sortira finalement le 15.
©Les Alchimistes

Votre fusion intervient dans un contexte compliqué pour la distribution indépendante…

V.H. : Nous concrétisons quelque chose qui va devenir une tendance majeure sur le marché. À l’instar de la production, les petits distributeurs vont tendre vers davantage d’alliances. Nous évoluons aussi pour nous donner les moyens de continuer à exister. 
T.D. : Pour cela, nous avons aussi besoin du soutien des institutions. Jusqu’à présent, nous avions l’aide sélective pour un film sur deux, avec de la chance. Ces aides sont nécessaires pour notre équilibre mais aussi affirmer le modèle que l’on défend. Il y a aussi la problématique des engagements de programmation, qui bousillent certaines sorties.
V.H. : La régulation ne devrait pas se faire avec ces systèmes-là qui sont très pernicieux. Il y a tellement de contraintes que ce sont les mêmes films qui souffrent. Certains distributeurs pourraient alléger leur souhait de positionner en force un film, une situation qui nourrit les intérêts d’une minorité et fragilise la diversité sur le marché et l’offre pour le public. Car au final, c’est ce dernier qui est le plus pénalisé. 
T.D. : Mais nous restons optimistes pour accompagner au mieux, avec nos moyens, les films que nous voulons défendre.
V.H. : Cette fusion va dans ce sens : l’envie de se dire que c’est possible.

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