Frédéric Moget : « C’est pour des films comme Top Gun que les salles de cinéma existent »

©Isabelle Nègre pour Boxoffice Pro

Le directeur général de Paramount réagit aux très bons résultats enregistrés par le blockbuster porté par Tom Cruise dans l’Hexagone.

1 328 181 entrées pour son premier week-end : Top Gun: Maverick réalise donc le meilleur démarrage de l’année. Quelle est votre première réaction ?

C’est d’abord une grande joie. Nous savions avoir entre les mains un film spécial, comme il en arrive rarement dans une carrière mais qui est la raison même pour laquelle nous faisons ce métier. Une œuvre qui allie modernité et nostalgie, avec peu d’effets spéciaux numériques et donc une expérience plus « viscérale » et directe. Prédomine ainsi le sentiment d’avoir fait tout ce qui était en notre pouvoir et qui se matérialise avec ces excellents chiffres, qui dépassent nos projections. Si les avant-premières ont confirmé nos prédictions avec 120 000 spectateurs, nous avons surtout réalisé le record pour un jeudi de l’Ascension avec 330 000 entrées, battant les 270 000 tickets de Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar en 2017. Nous finissons d’ailleurs avec le deuxième meilleur résultat pour ce week-end prolongé ce qui est une fierté car le contexte à domicile était assez concurrentiel, avec le lancement de deux séries attendues, Obi-Wan Kenobi et la saison 4 de Stranger Things, mais aussi les finales des coupes d’Europe de football, de rugby et Roland Garros, sans compter une météo ensoleillée. Alors que tous les éléments étaient réunis pour que les gens restent chez eux, ces résultats prouvent que le film a suscité un véritable intérêt.

Sur le public justement, comment avez-vous travaillé la sortie ?

Notre cible évidente était les 35 ans et plus, à légère majorité masculine. Mais nous avions la volonté d’élargir au maximum. Nous savions que toute personne passionnée de cinéma allait aimer Top Gun: Maverick. C’est pour ce type de films que l’on construit des salles ! Pour autant, aucun spectateur n’est gagné d’avance, même s’il est fan du premier opus. Il faut toujours susciter de l’envie. Partant de là, les équipes Paramount ont réalisé un travail d’orfèvre pour déployer le bon ciblage média, lancer la bonne création digitale. Sur ce premier week-end, nous avons de nombreux retours positifs de plus jeunes spectateurs qui vont voir le film, notamment en salles premium et en particulier en 4DX. C’est d’ailleurs un scénario assez idéal pour nous : cet excellent démarrage se fait avec une minorité de moins de 25 ans, laissant donc la possibilité d’un fort bouche-à-oreille pour aller puiser davantage dans ce réservoir. L’autre gros enjeu avec Maverick était d’aller chercher des gens qui n’étaient pas encore retournés au cinéma, en mettant en avant l’expérience unique de la salle. De mon point de vue, ce n’est pas tant le prix de la place qui freine le retour du spectateur, mais bien la perte d’habitude. C’est là dessus qu’il a fallu insister et je pense que nous avons réussi à attirer des curieux qui n’étaient pas revenus depuis longtemps. 

©Paramount Pictures

Top Gun: Maverick devait, à l’origine, sortir le 14 juillet 2020 : est-ce que les multiples reports de sortie du film vous ont forcé à faire évoluer votre stratégie ?

Bien entendu, notre plan initial prévoyait de mettre en place plusieurs événements autour de l’Euro 2020 de football. Donc sur ce point, il a fallu s’adapter. Mais dès le départ, notre stratégie était claire, de façon à mieux gérer les aléas. Et puis, à chaque fois, pour les cinq reports, les décisions ont été prises rapidement à Los Angeles pour préserver ce film que, malgré les critiques, nous avions envie de lancer dans les meilleures conditions possibles. Nous avons donc été patients, en organisant les premières projections seulement au printemps. À partir de là, nous avons mis le paquet sur la communication, en travaillant notamment avec des influenceurs pour, encore une fois, cibler le public jeune. Comme Clifford ou Pat’Patrouille, nous avons réussi à garder au maximum les films qui nous semblaient importants pour la reprise, de façon à les sortir avec le plus de moyens possibles. Des choix payants aujourd’hui. 

Avec 11,7 M$, la France se positionne comme le deuxième marché hors États-Unis derrière le Royaume-Uni et ses 19,4 M$…

C’est une grande satisfaction au regard de l’énorme décollage réalisé par le film dans le monde. Il y a une certaine similitude avec une écurie de Formule 1 : nous sommes dans la même équipe, mais il y a une fierté à terminer devant l’autre [la France devance notamment l’Australie (10,7 M$) ou encore le Japon (9,7 M$), ndlr.]. Naturellement, la présentation du film au Festival de Cannes a grandement contribué à événementialiser son lancement, renforcé par le partenariat avec la Patrouille de France, qui a donc démultiplié les retombées médiatiques. Aujourd’hui, Top Gun: Maverick est porteur d’un énorme message d’espoir, en se plaçant comme une marche sur laquelle le marché peut s’appuyer pour franchir la suivante et retrouver une dynamique. Après Dune, Mourir peut attendre, Spider-Man, The Batman ou encore Doctor Strange 2, c’est une nouvelle pierre à l’édifice pour le cinéma en salles qui gagne petit à petit la bataille.

Quels sont désormais les objectifs de Paramount pour les semaines à venir ?

Top Gun: Maverick étant l’une des plus importantes sorties du studio, nous allons continuer à la soutenir au niveau marketing, même si, avec un tel démarrage, un cercle vertueux se met en place. Il y a une concurrence qui arrive mais il reste de la place pour maintenir Maverick dans les cinémas, avec plusieurs moments où nous pourrons également le relancer dans les salles premium. Depuis le début de la pandémie, beaucoup de films ont réussi à s’installer sur la durée et notre objectif est clairement d’en faire encore l’un des temps forts de l’été en maintenant des séances jusqu’à la fin des vacances scolaires. Au final, dépasser les 3,6 millions d’entrées du premier Top Gun est atteignable et, lorsque l’on voit que le James Bond a atteint les 4 millions dans un contexte plus délicat, tous les espoirs sont permis !

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