François Aymé : « 12 ans, c’est l’âge de rupture, le moment où on perd le public jeune »

François Aymé ©Isabelle Nègre

INTERVIEW – À deux jours de l’assemblée générale de l’AFCAE, qui se tiendra pendant ses Rencontres nationales à Cannes, entretien avec le président François Aymé.

Quels seront les grands thèmes de vos Rencontres de cette année ?

Cette phase de redémarrage, marquée par le développement des plateformes ou les changements de stratégies des majors, accentue notre réflexion autour de l’accompagnement des films dans nos salles. Nous ne pouvons plus nous contenter de faire comme avant. Il faut remettre à plat notre programmation, notre travail d’animation, la nature de nos investissements : la rencontre cannoise, comme le congrès de la FNCF en septembre, sont des moments de concertation et de confrontation essentiels.

Les débats avec le CNC sont particulièrement importants sur la question du public jeune : la généralisation du pass Culture et les travaux en cours, tels que l’appel à projets pour les 15/25 ans ou le dispositif Étudiants au cinéma. En effet, les salles art et essai travaillent bien les films d’auteur pour enfants. Mais 12 ans, c’est l’âge de rupture, le moment où on les perd. Nous avons besoin d’une aide spécifique pour les actions dirigées vers les 12/25 ans et espérons un comportement très volontariste de la part des pouvoirs publics, au-delà du pass Culture qui concentre des sommes importantes pour soutenir la demande, mais avec le risque que cela ne profite qu’à un certain type de films. Or nous avons une offre française pouvant plaire aux jeunes : Mandibules, La Nuée, Gagarine, Indes galantes, Ibrahim ou Teddy rien qu’en ce moment… mais il faut être en capacité d’accompagner ces films et cela a un coût. Si les postes de médiateurs donnent de bons résultats, leur répartition est très inégale sur le territoire.

L’accompagnement est en effet variable selon les Régions ; faut-il une meilleure coordination avec les aides nationales ?

C’est le travail du groupe des associations territoriales de l’AFCAE que de faire remonter ces inégalités : certaines Régions sont très sensibles à l’exploitation tandis que d’autres restent focalisées sur la production, l’accueil des tournages et les festivals. Et généralement, les aides territoriales aux salles vont surtout aux investissements pour la rénovation ou la modernisation – ce qui est une bonne chose – mais, hormis de la part des communes, très rarement au fonctionnement. C’est pourtant le travail d’animation qui fait, et fera de plus en plus, la différence. En vingt ans, le profil des exploitants a changé : aujourd’hui un directeur ou son adjoint doit être aussi compétent sur la sécurité que le marketing digital, être technicien et programmateur… sans que sa rémunération suive. C’est un point essentiel : pour des petits établissements, il faut une aide publique pour participer au financement de ce travail. 
Or en régions, les salles de cinéma sont à la merci des changements de politique chaque année, ce qui freine les initiatives. Nous défendons l’idée de plans pluriannuels dans lesquels le CNC a un rôle à jouer, dans une logique de moyen terme. Comme cela a été fait sur l’art et essai, avec des commissions qui se prononcent sur deux ans, ce qui donne une garantie. 

Après la parenthèse de l’été 2020, puis le bon signal du 19 mai, dans quel état d’esprit sont les exploitants art et essai ?

L’heure de vérité, ce sera en automne. Après le mois de juin qui est traditionnellement assez bas, puis l’Euro de foot jusqu’en juillet… c’est en septembre-octobre que l’on verra si le public revient. Il est net que les salles art et essai ont mieux résisté l’été dernier et l’on a constaté ce même écart depuis la réouverture, du moins avant la sortie de Conjuring 3. Cela reste bien sûr conjoncturel et très lié à l’offre de films, mais nous avons le sentiment que cette tendance se confirme.

Ce succès de l’art et essai aura-t-il un effet sur les subventions proprement dites ?

Après reconduction des aides en 2021 sur la base de 2020, nous allons repartir sur les dossiers de candidatures à l’automne prochain. Il est possible que l’on constate un développement structurel de l’art et essai : si de gros films américains continuent à basculer sur les plateformes, la part de marché de l’art et essai peut augmenter pour représenter 30 % de la programmation générale, comme on l’a vu cette année*. Dans ce cas, il faudra ré-étudier soit les barèmes ouvrant au classement, soit réévaluer l’enveloppe globale… soit les deux. La question va se poser assez vite. 

Entretien à lire en intégralité dans le PLUS Boxoffice Pro du 7 juillet. 

* Selon le bilan 2020 du CNC, la part des films recommandés dans la fréquentation totale s’est élevée à 29,8 % en 2020 (28,3 % en 2019), soit le plus haut niveau depuis 2005 (34,8 %, année de Charlie et la chocolaterie et ses 4,24 millions d’entrées)

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