Format premium, prix des places et offre de films au menu de CineEurope

Modérateur : Julien Marcel (CEO The Boxoffice Company), entouré de Jane Hastings (CEO Event Hospitality), Tony Chambers (directeur distribution monde Disney), Rolando Rodriguez (CEO Marcus Theatres), Peter Fornstam (CEO Svenska Bio) et Niels Swinkels (EVP Universal). ©Tanguy Colon

La convention de l’Unic a débuté lundi à Barcelone avec des discussions autour des enjeux de l’exploitation mondiale, qui résonnent fortement avec la France.

Le parc des expositions internationales de Barcelone fourmillait déjà, dès 9 heures ce lundi 20 juin, lorsque les premières tables rondes ont lancé l’édition 2022 de CineEurope. Autour de Julien Marcel, directeur général de The Boxoffice Company*, un panel international était invité à réfléchir à l’avenir d’un secteur fortement impacté par la crise sanitaire.

Parmi les thématiques évoquées, la question de l’attractivité a été déclinée à travers le premium et l’animation. Jane Hastings, CEO d’Event Hospitality, basé notamment en Allemagne et en Nouvelle-Zélande, a estimé que « dans chaque cinéma, mono-écran ou multiplexe, il doit y avoir quelque chose d’excitant en plus du film. Notamment les formats premium ». Peter Fornstarm, CEO de Svenska Bio (Suède), a concédé que l’exploitation allait devoir poursuivre ses investissements pour améliorer le confort des cinémas afin que « le public en ait pour son argent ». Un constat partagé en France, où nombre d’exploitants ont investi et continuent d’investir massivement pour moderniser leurs salles, notamment avec de nouvelles technologies, essentiel à la survie du secteur comme l’a martelé Richard Patry ces derniers jours lors des réunions syndicales régionales. À Barcelone, Niels Swinkels, EVP d’Universal, a prôné la nécessité d’une plus grande collaboration entre distributeurs et exploitants, à travers un meilleur partage des connaissances qui remontent du terrain pour optimiser la reconquête des publics. « C’est un avantage que les plateformes de streaming ne peuvent pas répliquer. » 

Logiquement, la question de la premiumisation est liée à celle du prix de la place. « Nous remarquons que le spectateur est prêt à payer plus pour une expérience mémorable », a constaté dans ses territoires Jane Hastings. Pour Rolando Rodriguez, CEO de Marcus Theatres (États-Unis), « on parle beaucoup de la manière dont nous pourrions augmenter les tarifs. Mais il faut aussi regarder la fréquence à laquelle vient le spectateur. À l’instar de la fréquentation, elle est actuellement en baisse. Augmenter les prix ne semble pas être la réponse conseillée par les économistes. Nous devons veiller à conserver des tarifs abordables pour tous, car notre objectif principal est de faire revenir le spectateur ». Pour l’exploitant, « tôt ou tard, nous allons devoir sérieusement réfléchir au modèle de la tarification dynamique » pour permettre notamment aux films du milieu et aux plus petits d’exister davantage. Si Peter Fornstarm a partagé certaines expériences réalisées sur son territoire, notamment une journée en septembre avec des places à moitié prix pour tous les films programmés, Jane Hastings a évoqué l’expérimentation d’un prix différent en fonction de la place dans la salle, ce qu’avait tenté Pathé à une époque en France, suscitant un tollé général. Mais dans l’ensemble, le panel barcelonais s’est retrouvé sur le constat que même avec le prix le plus bas, si l’expérience proposée n’est pas la plus exceptionnelle, le spectateur ne viendra pas.

Cette expérience passe en partie par le confort des salles, mais surtout par ce qui y est projeté. C’est cette combinaison qui donnera envie au public de revenir. Si Tony Chambers, directeur de la distribution monde de Disney, est convaincu qu’Avatar : La Voie de l’eau permettra de retrouver des spectateurs et ainsi de les réengager, le panel a aussi pointé l’importance d’une offre pour tous. « Les familles ont toujours été là ; ce sont les films pour cette cible qui ont, à un moment, manqué », a regretté Peter Fornstarm, souhaitant voir plus de titres grand public. « La meilleure manière de voir un film, c’est sur grand écran », a insisté Niels Swinkels, notant que les blockbusters d’action ne doivent pas occulter le besoin de produire encore romances, comédies et drames, plus rares ces derniers mois – et même avant la pandémie – d’après les données de Comscore… mais qui trouvent un écrin de choix à CineEurope, avec les projections de Sans filtre de Ruben Östlund, d’Elvis de Baz Luhrmann, de Black Phone de Scott Derrickson et de Mrs. Harris Goes To Paris de Anthony Fabian. « Des films qui ont besoin du soutien des exploitants mais vont aussi contribuer à la croissance du marché », a estimé le représentant d’Universal. Enfin, Jane Hastings a noté que le travail remarquable réalisé en Europe sur les cinémas nationaux et continental devrait inspirer d’autres territoires. Jusqu’à un certain point : en France, le nombre de films nationaux apparaît de plus en plus comme un obstacle, avec des titres qui se cannibalisent entre eux et peinent à exister sur le marché. Aux quatre coins du monde, les enseignements peuvent donc varier mais tendent tous au même objectif : donner envie au public d’aller au cinéma.

*maison mère de Boxoffice Pro.

Les News