Est Ensemble : des cinémas publics en étendard 

Alexie Lorca, vice-présidente d’Est Ensemble et adjointe à la culture et à l’éducation populaire à Montreuil

Avec l’ouverture du Cinéma Alice Guy à Bobigny, Est Ensemble franchit une nouvelle étape dans la structuration d’un réseau de cinémas publics unique en France. L’établissement territorial, qui fédère neuf communes de Seine-Saint-Denis, revendique un modèle d’exploitation fondé sur la mutualisation des moyens, la liberté éditoriale des équipes et une politique culturelle volontariste, sur lesquelles revient Alexie Lorca, vice-présidente d’Est Ensemble et adjointe à la culture et à l’éducation populaire à Montreuil.

Aux côtés de son champion Le Méliès de Montreuil, Est Ensemble peut désormais compter sur un autre “vaisseau amiral”, à Bobigny, sans compter tous ses autres cinémas de proximité solidement ancrés dans leurs villes [voir ci-dessous]. « Nous disposons d’un réseau de 19 salles réparties sur six cinémas – auxquelles s’ajoute L’Écran nomade itinérant –, qui font preuve d’un dynamisme extraordinaire », note Alexie Lorca. En effet, après une remarquable année 2024, les cinémas d’Est Ensemble ont totalisé 654 500 entrées en 2025 « soit une baisse limitée -4 %, comparée à une baisse nationale de -14 % », se réjouit l’élue, en soulignant que « le réseau affiche +7 % par rapport à la moyenne 2017-2019 ». 

Une volonté politique en héritage…

Pour comprendre cette success story du Grand Paris, il faut remonter aux années 1990. « Dans les années 60 et 70, les petites salles privées de banlieue ont déserté nos villes. Puis les multiplexes sont arrivés dans Paris ou dans les zones commerciales périphériques. Les exécutifs municipaux de la “banlieue rouge” ont alors décidé de racheter ou de créer des salles, pour préserver ce levier majeur d’émancipation qui ne pouvait pas être confié au seul secteur marchand. » C’est ainsi que sont nés d’ambitieux cinémas publics comme Le Méliès de Montreuil ou Le Trianon de Romainville, « que les habitants se sont de suite appropriés, comme un service public ». La création de la communauté d’agglomération Est Ensemble a permis, à partir de 2013, de mutualiser les moyens, parmi lesquels « un plan de 1 M€ d’investissements débuté en 2023 et qui, en quatre ans, va nous permettre de passer tous nos projecteurs au laser ».
Lors de leurs réunions mensuelles, les “cinémas Est Ensemble” échangent également leurs bonnes pratiques, «dans des territoires différents où les problématiques ne sont pas les mêmes ». D’où l’importance pour l’instance publique de « ne pas peser en surplomb, et de laisser à la manœuvre les équipes locales des cinémas qui connaissent le mieux leur public et leur écosystème ».

Le Trianon vu de l’extérieur à Romainville et Noisy-le-Sec © Est Ensemble

… et un modèle au cœur des équilibres sectoriels

Les cinémas gérés par Est Ensemble, « tout comme des bibliothèques et des conservatoires du territoire », conservent ainsi une totale liberté de programmation et peuvent proposer « des choses qu’on ne peut pas faire dans d’autres modèles ». Pour autant, leur accès à certains films dits porteurs n’est pas sans susciter des crispations dans le secteur, notamment avec les circuits privés dénonçant régulièrement une « distorsion de concurrence » au niveau des politiques tarifaires. « Certes, la carte d’abonnement valable dans tous les cinémas d’Est Ensemble revient à moins de 5 € la séance, note Alexie Lorca. Mais ces films plus porteurs, que par ailleurs nous ne diffusons jamais en masse, nous en avons aussi besoin comme appel… pour faire découvrir autre chose ». Et si l’élue est sensible « aux fortes pressions économiques » auxquelles peuvent être soumis les établissements privés, elle rappelle que, parallèlement à la défense de la diversité des œuvres, l’action publique doit aussi garantir la diversité des publics. « Pour favoriser l’égalité d’accès au savoir et à la création, pour participer à la cohésion de la société – puisque dans nos cinémas, les gens se rencontrent – et, en somme, pour consolider la démocratie. »

Pour le Alice Guy de Bobigny, dont il est propriétaire comme de l’ensemble de ses autres cinémas, Est Ensemble a apporté 19 M€ sur un budget de 23 M€, complétés par 3 M€ de l’État et 1 M€ de la Métropole du Grand Paris. Mais dans un contexte où « 70 % du financement des politiques culturelles est assuré par les collectivités, dont deux tiers par les communes de plus en plus étranglées aux niveau de leurs dotations budgétaires », la question des ressources demeure déterminante. « Les cinémas d’Est Ensemble s’autofinancent à 51 % », souligne Alexie Lorca, tout en assumant leur coût de fonctionnement, « avec des équipes dédiées qui accompagnent les publics, travaillent avec les associations, les enseignants, sur l’éducation à l’image… » Un engagement « très précieux », qui se traduit notamment sur le terrain en une offre particulièrement dense de festivals et d’événements spéciaux. Sans oublier les 120 000 enfants et jeunes qui, chaque année, sont accueillis dans le cadre des différents dispositifs nationaux de Ma classe au cinéma ou Ma première séance, « mais également d’autres dispositifs locaux d’éducation à l’image, comme Les Enfants font leur cinéma au Trianon de Romainville ou des classes qui s’immergent une semaine au Méliès de Montreuil pour réaliser un court métrage d’animation ». Autant d’actions que, à la veille des municipales, Est Ensemble garde à cœur de « consolider », pour continuer à proposer un cinéma “version est ensemble” dans le Grand Paris.

Les cinémas Est Ensemble
Le Méliès de Montreuil (6 salles)
Le Trianon de Romainville (1 salle)
Le Ciné 104 à Pantin (3 salles)
Le Cin’Hoche à Bagnolet (2 salles)
Le Ciné Malraux à Bondy (1 salle)
Le Cinéma Alice Guy à Bobigny (6 salles)
et le cinéma itinérant L’Écran nomade

Article publié dans le Boxoffice Pro du 4 mars 2026.

Alexie Lorca, vice-présidente d’Est Ensemble et adjointe à la culture et à l’éducation populaire à Montreuil

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