Entretien avec Sylvain Bethenod, PDG de Vertigo Research

Sylvain Bethenod lors de la conférence annuelle de la FNEF, le 20 janvier dernier © Louis Legon

L’analyste de la fréquentation et des publics décrypte les paramètres pouvant expliquer la chute des entrées en 2025, tout en restant optimiste sur 2026.

Le premier semestre de 2026 devrait réaliser environ 92 millions d’entrées

Au regard de tout ce qui fait le succès d’un film, est-ce qu’on pouvait s’attendre à ce que 2025 termine aussi bas ?

À l’époque, nous l’avions plus ou moins constaté en examinant l’offre qui allait être proposée. Même s’il y a toujours la possibilité d’un succès inattendu et extraordinaire, ou de quelques échecs remettant en question la fréquentation, nous pouvions nous attendre à ce que 2025 ne soit pas au même niveau que les deux années précédentes. Cette faiblesse se remarquait particulièrement lors de certaines périodes du premier semestre où l’offre n’était sans doute pas assez attractive. 2024 avait surtout été tirée vers le haut par quelques succès inattendus qu’il aurait fallu rééditer en 2025, ce qui était compliqué vu que les deux années possèdent plusieurs caractéristiques similaires.

Quelles catégories de la population ont montré les plus grandes variations de fréquentation ?

Nous observons un fort recul, de 24 %, chez les plus de 60 ans, qui s’accentue à 29 % chez les plus de 70 ans. C’est sans doute un retour à la normale après un exercice 2024 exceptionnellement bon pour ce public, qui avait représenté énormément d’entrées de Un p’tit truc en plus et Le Comte de Monte-Cristo, et qui génère sensiblement le même nombre d’entrées en 2025 (13,4 millions) qu’avant Covid. Globalement, en 2025, nous avons perdu 9 millions d’entrées chez les plus de 60 ans par rapport à 2024. Les entrées des 15-24 ans sont également en baisse, de -19 %, avec une fréquentation inférieure à 2024 sur toutes les semaines à quelques exceptions, notamment les vacances de Pâques et les sorties de Sinners et de Minecraft. Cette cible s’est aussi fortement mobilisée sur Lilo & Stitch, preuve que certaines grandes franchises fonctionnent aussi auprès de cibles plus âgées par effet de nostalgie. Nous avons pu observer ça en 2024 sur Vice-versa 2 et Vaiana 2, et encore en 2025 avec Zootopie 2, et c’est bon signe pour des prochaines sorties comme Super Mario Galaxy et Toy Story 5.

Les 3-14 ans sont la cible affichant le plus faible recul, avec une perte d’entrées de seulement 6 %. Il s’agit d’un public extrêmement réactif à l’offre et que l’on retrouve en masse dans une grande partie des films du top 10 : il représente plus de 41 % des entrées de Zootopie 2, plus de 39 % de Lilo & Stitch, plus de 37 % de Minecraft et plus de 30 % de Dragons. Le tout, sans oublier une forte proposition en début d’année, notamment Mufasa, qui montre que les 3-14 ans ont été particulièrement bien alimentés au fil des mois.

Sur les années post-Covid, Vertigo relevait d’excellents taux d’appréciations des films de la part des spectateurs. Qu’en est-il de 2025 ?

Ils sont toujours bons. Par exemple, notre taux de recommandation – pourcentage des spectateurs qui ont noté un film au minimum 8/10 – s’établit à 68 % contre 69 % en 2024. Seules les comédies populaires accusent une baisse significative, car l’année passée était marquée par une excellente appréciation de Un p’tit truc en plus. Donc les films, quand ils sont vus, sont aimés par les spectateurs.

Mais alors, pourquoi la fréquentation a été aussi basse, notamment pendant les vacances – excepté celles de Noël – qui n’ont clairement pas autant performé que d’habitude ?

Les vacances scolaires bénéficient principalement aux films familiaux, et non à ceux visant un public actif. Nous remarquons en effet que, depuis 2020, un certain nombre de sorties à destination des adultes n’arrivent pas forcément à tirer profit de ces périodes. Il faudrait en vérifier les raisons, peut-être qu’un actif de 45 ans ne cherche pas forcément à aller au cinéma pendant les vacances, quand il sait qu’il y a du monde. En tout cas, l’offre n’était pas suffisante pour attirer un public large, sauf lors des vacances de Noël avec des films très complémentaires : Zootopie 2 visait le jeune public et La Femme de ménage ciblait un public féminin qui compensait le côté plus masculin de Avatar : De feu et de cendres. Sans oublier Chasse gardée 2 qui était plutôt âgé, Five Nights At Freddy’s 2 qui était plus masculin, ou encore L’Agent secret et Les enfants vont bien qui s’en sont également très bien sortis. Cela a porté le marché à des niveaux bien plus hauts que 2024, où les entrées étaient davantage concentrées sur des titres familiaux (Mufasa, Sonic 3 et Vaiana 2), et ont fini par atteindre un plafond.

Avril représente le mieux la complémentarité de 2026

Quelles sont donc les perspectives pour 2026 ?

Nous avons une assez bonne visibilité sur l’offre du premier semestre, et elle est encourageante. Si les films réalisent leur nombre d’entrées “sans surprise”, donc sans contre ou sur-performance, nous devrions atterrir autour des 92 millions d’entrées. L’entièreté du semestre devrait être supérieur, et parfois largement, à ceux de 2025 et de 2024 sauf, pour ce dernier, en mai et juin. Précisément, janvier devrait terminer à plus de 15 millions d’entrées [entretien réalisé avant la communication de la fréquentation, ndlr.], autour des 16 millions pour février et entre 15 et 16 millions pour mars. Avril représente sans doute le mieux cette complémentarité avec Juste une illusion, le nouveau Toledano/Nakache, et à côté Super Mario Galaxy visera un public plutôt jeune, Cocorico 2 des spectateurs plus âgés, et les intermédiaires seront ciblés par Michael. Ce dernier sort d’ailleurs en fin de mois [le 22 avril, ndlr.], et influera donc sur la fréquentation de mai avant l’arrivée de The Mandalorian and Grogu, puis de Toy Story 5 et La Bataille de Gaulle en juin.

Entretien paru dans notre Boxoffice Pro du 4 février 2026

Sylvain Bethenod lors de la conférence annuelle de la FNEF, le 20 janvier dernier © Louis Legon

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