Le distributeur sort ce 18 mars le premier long d’Anthony Déchaux, dans un contexte de tensions agricoles exacerbées où le film a toute sa pertinence.
Dans La Guerre des prix, Ana Girardot incarne une fille d’agriculteurs devenue acheteuse pour une centrale de la grande distribution, afin d’y défendre la filière bio et locale. Si le film navigue entre deux mondes, agricole et industriel, c’est en partant de ce dernier qu’Anthony Déchaux a eu l’idée du projet : « J’ai travaillé pendant plusieurs années en entreprise, donc cet univers m’est familier et m’intéresse. Un jour, quelque temps après avoir bifurqué vers le cinéma, je me suis retrouvé à un séminaire annuel des acheteurs dans une enseigne de grande distribution. Un dirigeant a introduit la journée en disant : “Si on est là aujourd’hui, c’est pour savoir qui sont les requins, et qui sont les requins tueurs. Car nous voulons uniquement des requins tueurs”. À partir de là, j’ai eu envie de creuser le sujet. » Le réalisateur, déjà au fait des négociations commerciales annuelles – période où les fournisseurs et les distributeurs déterminent les conditions de vente de l’année à venir –, a alors entamé un travail d’enquête : « C’est un sujet qui touche tout le monde : nous voulons tous des prix bas quand nous faisons nos courses, mais personne ne connaît vraiment l’envers du décor. »
Anthony Déchaux a conçu son film comme un thriller, et passé un an à l’Atelier Scénario de la FEMIS. À sa sortie, il rencontre la productrice Laurence Méoc (Les Films de Jeanne) qui part à la recherche de financements. Et si cette étape est, théoriquement, compliquée pour les premiers longs, ici elle ne l’a pas été : « Nous avons obtenu l’aide au développement du CNC pendant l’écriture, puis, en janvier 2024, nous avons eu un rendez-vous avec Michel Saint-Jean [fondateur et dirigeant de Diaphana, ndlr.] qui a eu l’audace de nous suivre, raconte la productrice. Entre-temps, Aurélie Trouvé-Rouvière nous a rejoints en tant que coproductrice. » Concernant le choix des acteurs, le réalisateur explique avoir cherché des figures jeunes pour incarner ce milieu, loin des caricatures : « Ana Girardot et Julien Frison illustrent cette génération qui reprend l’exploitation familiale avec une façon différente d’envisager leur métier. » Le tournage débute finalement début janvier 2025, entre l’Île-de-France et la Normandie, et la post-production termine sept mois après, en août.
La date de sortie, fixée au 18 mars, s’inscrit pleinement dans une actualité riche, entre la conclusion des négociations commerciales fin février, et celle du Salon de l’Agriculture le 1er mars. Ces deux événements devraient constituer d’importantes « caisses de résonance » pour le film, qui pourra aussi bénéficier du Printemps du Cinéma du 22 au 24 mars. Le contexte agricole est également émaillé de nombreuses manifestations d’agriculteurs ces derniers mois, accentuées par la dermatose nodulaire ayant conduit à l’abattage de nombreux bovins. Une situation qui, pour Anthony Déchaux, peut « porter » La Guerre des prix, car ce sujet « concerne toute la population » : « J’ai le sentiment que c’est une question qui, peu importe le statut social ou l’opinion politique, fait consensus. Et le film le traite de manière atypique : ni du point de vue de l’agriculteur, ni du monde de l’entreprise, mais via la confrontation de ces deux univers ce qui, je pense, n’a pas encore été filmé, et peut éclairer les spectateurs sous un angle peu évoqué dans les médias. »
Diaphana voit les choses en grand, avec une sortie autour des 300 copies ; « Bien que ce soit un premier long métrage, nous avons de fortes ambitions », confirme Pénélope Lecouffe, programmatrice province. Tous types de salles sont ainsi visées, indépendantes comme circuits, UGC ayant même attribué au film son label UGC Découvre. Côté médias, le distributeur a obtenu des partenariats avec ICI – ex France Bleu –, France Télévisions, Le Parisien et la marque Les Indés d’AlloCiné. Concernant le hors-média, Diaphana collabore avec l’agence Citizen 7 qui va « mobiliser des paroles d’experts » et travailler à l’organisation d’avant-premières avec débats. Le film a déjà été présenté à l’occasion de plusieurs séances, notamment auprès des exploitants lors de la convention du distributeur le 18 novembre dernier, ainsi que lors des dernières Rencontres de Bretagne, à chaque fois en présence d’Anthony Déchaux. La Guerre des prix est également passé par le Festival international du film politique de Carcassonne ou encore le Arcs Film Festival, et fera aussi l’objet d’une quinzaine de dates en tournée province avec son équipe.


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