La famille Thirriot a mené d’importantes rénovations, des salles au hall, pour apporter un nouveau souffle au plus ancien multiplexe des Ardennes.
« Présenter un confort renforcé à nos spectateurs » : tel était l’objectif de Noëlle et François Thirriot au moment d’initier les travaux du Métropolis en janvier dernier. Un chantier évident pour un cinéma qui n’avait pas connu de transformation majeure depuis sa création au début des années 2000. « Nous avions toujours joué la carte de l’entretien maximum, indique l’exploitant, mais nous nous sommes rendus compte qu’il fallait désormais apporter un nouveau souffle. »
Le chantier, réparti en plusieurs phases, s’est achevé au début de l’été et a permis de réaliser plusieurs modifications notables. À commencer par les 10 salles, dont la capacité totale a été revue à la baisse, de 2 000 à 1 500 places, via l’installation de fauteuils club neufs avec un espace renforcé de 105 à 130 cm entre chaque rangée, et un revêtement en velour bleu nuit. Si les écrans et les projecteurs restent inchangés, de nouvelles enceintes d’ambiance ont été installées, les trois plus grandes salles accueillant également des renforts de basses supplémentaires. Par ailleurs, toutes les salles sont dorénavant pourvues de boîtiers afin de proposer l’application AudioEverywhere pour rendre les séances inclusives aux spectateurs en situation de handicap sensoriel. « Nous avions une forte demande de notre public sur ce sujet-là », note François Thirriot.

Évolution des habitudes
Les autres parties communes arborent aussi de nouvelles configurations. Le hall, plus spacieux, a été réorganisé à la suite de la disparition des quatre caisses fixes. « En 20 ans, les habitudes des spectateurs ont évolué. Aujourd’hui, près de 30 % de nos réservations se font en ligne, une dimension que nous voulons développer », explique Julien Thirriot, qui a rejoint l’entreprise de ses parents en septembre 2024 comme adjoint de direction. Davantage de bornes automatiques ont été installées, tandis que les caisses sont désormais couplées avec le comptoir confiserie. « Cela nous permet de satisfaire tous types de clients : ceux qui ont besoin du contact comme ceux qui ont plus de facilité avec le digital. Nous nous retrouvons ainsi avec un hall plus fluide », souligne François Thirriot.
Le coin café renforce la convivialité avec un espace plus confortable autour d’un mobilier aux teintes chaleureuses et à la décoration repensée. En amont des salles, les zones d’attente déploient, elles-aussi, tout le confort nécessaire, entre une large banquette serpentant le long des murs, des guéridons répartis intelligemment pour pouvoir poser des affaires et des prises permettant de recharger téléphones et autres appareils juste avant la séance. Les teintes bleu-grises choisies pour les équipements accentuent l’immersion cinématographique de ces espaces aux paroies habillées de grandes photos du film culte de Fritz Lang… Metropolis.

Épaulée par l’architecte Romain Delattre, du cabinet Aquilone Studio, la famille Thirriot a déboursé quelque 2,5 millions € (HT) pour finaliser cette rénovation, dont 250 000 € d’aide sélective, 200 000 € de la région Grand Est, 100 000 € d’Ardennes Métropole et 100 000 € de la Ville de Charleville-Mézières.
Premium soft
À l’issue de ce chantier, le Métropolis se présente comme un cinéma “premium soft” : « confort premium, prix doux », glisse François Thirriot. L’exploitant se réjouit en effet de ne pas avoir augmenté ses tarifs malgré les travaux entrepris et les nouveaux équipements. « Je ne voulais pas prendre les spectateurs en otage. Ou pire, qu’ils ne viennent plus. »
Car c’est un lien indéfectible et historique qui unit, depuis plus de deux décennies, le public de Charleville-Mézières au multiplexe. À la fin du siècle dernier, quand ce type de multi-salles commence seulement à germer à travers l’Hexagone, peu sont érigés en centre-ville. « Avec mon frère Jérôme [décédé en 2008, ndlr.], nous avons été précurseurs en choisissant un terrain en plein cœur de ville » pour donner un nouvel élan à une activité qui avait atteint un certain plafond. Construit en 1974, l’ancien cinéma de 5 salles était devenu trop étroit pour une fréquentation en plein essor. Aussi, lorsque le Métropolis flambant neuf sort de terre en janvier 2004, les résultats ne se font pas attendre : « Les entrées ont bondi de 280 000 à 400 000 billets annuels », se souvient François Thirriot. Un rythme que l’établissement parvient à conserver jusqu’au Covid où, à l’instar du marché national, la fréquentation chute à 307 000 tickets en 2024, sans doute un peu moins en 2025.
Un nouveau cinéma à Sedan
Malgré cette période délicate, l’exploitant affiche son optimisme, en atteste cette rénovation, mais aussi le projet familial qu’il développe à Sedan, à 20 minutes à l’Est de Charleville. Le Turenne, cinéma emblématique du centre-ville, « a été inauguré en 1914 sous la forme d’un mono-écran, avant que mon père le transforme en un trois salles en 1978. Mais aujourd’hui, le bâtiment se révèle trop vétuste et compliqué à chauffer. » L’activité cinéma va donc déménager à l’entrée de la commune, où sera érigé, dans les prochaines années, un nouveau complexe de cinq écrans et 800 fauteuils, « avec le même confort qu’au Métropolis ». Le permis de construire va bientôt être déposé et le début des travaux est espéré l’année prochaine, sans crainte de possibles remous en fonction des prochaines élections municipales. « Tout le monde ici est solidaire sur l’avenir du cinéma à Sedan », affirme François Thirriot, qui entend bien ouvrir un nouveau chapitre ambitieux dans l’histoire centenaire de sa famille d’exploitants.



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