« Colère », « consternation », « regret » : les professionnels du cinéma réagissent à la prolongation de la fermeture des salles

L'Atalante à Bayonne © Mathieu Prat

Sous le choc des annonces du gouvernement qui a renvoyé les cinémas comme le reste des salles de spectacle à une clause de revoyure le 7 janvier, les professionnels du secteur font part de leur déception, voire de leur colère. 

La pilule ne passe pas. Depuis l’annonce de Jean Castex de repousser la décision de rouvrir les établissements recevant du public au 7 janvier, la gronde des professionnels de la Culture ne cesse de s’amplifier. Dès hier soir, la FNCF, « consternée », a dit se rapprocher de ses interlocuteurs, professions du cinéma et du spectacle vivant, « pour envisager des actions collectives contre cette discrimination à l’encontre du monde de la culture. » Dans un communiqué, l’AFCAE fait elle aussi part de son incompréhension face à la différence de traitement subi par les établissements culturels, dont la réouverture a été conditionnée au nombre de cas positifs journaliers contrairement à d’autres domaines, comme les transports et grands magasins qui génèrent des flux bien plus importants. 

« Et au regret, s’ajoute encore la colère que cette annonce d’une fermeture prolongée soit aussi tardive, sans considération pour le travail et les investissements engagés. »
L’AFCAE

L’un des principaux regrets exprimés par les acteurs de la Culture et formulés par l’AFCAE est l’absence de concertation entre les professionnels et le gouvernement pour envisager des solutions. « Et au regret, s’ajoute encore la colère que cette annonce d’une fermeture prolongée des établissements culturels soit aussi tardive, sans considération pour le travail et les investissements – parfois conséquents – qui ont été engagés en vue d’une réouverture le 15 décembre. Nous pensons, pour le cinéma, aux frais engagés par la filière, et d’abord par les distributeurs de films, pour la promotion et la sortie – ou ressortie – des films dans les salles de cinéma sur cette fin d’année. » 
Même colère du côté des Cinémas indépendants parisiens qui dénoncent « le manque de considération du gouvernement pour la Culture et pour l’ensemble des équipes salariées des cinémas qui se sont mobilisées afin de préparer cette reprise (plus de 50 événements datés sur la première semaine de “réouverture”, des dizaines de séances scolaires remises en place dans le cadre des dispositifs nationaux d’éducation à l’image) ». 
Considérant que « la Culture est sacrifiée », arguant qu’interdire « une sortie au cinéma pendant les fêtes de fin d’année est un désastre économique pour les salles et, par ricochets, pour l’ensemble de la filière », l’AFCAE demande instamment au gouvernement une réouverture concertée dans un délai rapide des établissements culturels. 

« Si on nous met à mort, nous voulons connaître l’accusation. Nous voulons pouvoir nous défendre face à autre chose que le vide et l’absurdité de ce qui nous est infligé. »
La SRF

De son côté, la Société des Réalisateurs de Films a adressé une lettre ouverte au gouvernement intitulée Le Mépris. « Êtes-vous seulement au courant, nous venons parfois à en douter, que nous devons réinvestir à chaque report dans des frais considérables de communication ? Que le travail de nos attachés de presse, de nos distributeurs, des exploitants, doit être à chaque fois repris à zéro, voire moins que zéro puisqu’il faut recréer l’envie, le désir d’aller voir nos films ? », s’interroge la SRF, rappelant aussi que « le travail de programmation, d’exposition des œuvres de cinéma et des spectacles prend des semaines, des mois, que c’est un travail au long cours qui ne peut pas s’arrêter et repartir comme si le temps s’était figé ». Les réalisateurs soulignent que « pour tous les films qui ne sortent pas aujourd’hui, (…), ce sont des films qui ne pourront pas exister dans le futur. C’est toute la chaîne qui souffre,  (…) sans compter un appauvrissement grandissant de la culture, qui n’offre d’autre choix que les plateformes de vidéo à la demande ».
Et réclament sans appel que « si on nous met à mort, nous voulons connaître l’accusation. Nous voulons pouvoir nous défendre face à autre chose que le vide et l’absurdité de ce qui nous est infligé ».