Ce 8 avril, le Centre national du cinéma a tenu sa traditionnelle commission Chavane, pour présenter ses ressources de 2025 ainsi que ses prévisions de 2026. Alors que les taxes des redevables historiques déclinent, le Centre doit composer avec de nouvelles coupes budgétaires et une pression médiatique croissante.
De plus en plus, le budget du CNC s’inscrit au cœur du débat public et politique. C’est dans un souci de clarification que le Centre organise, une à deux fois par an, sa commission Chavane, qui explicite les différentes provenances des taxes l’alimentant. En 2025, la somme de ces taxes s’élève à 877,5 millions d’euros (M€). Un résultat en hausse par rapport aux années précédentes, mais qui ne reflète pas une réalité à l’œuvre depuis plus de 15 ans : les recettes du CNC évoluent deux fois moins vite que l’inflation. « De plus, certains secteurs ont connu une inflation supérieure à l’indice général », souligne Alexis Goin, directeur juridique et financier. L’augmentation des ressources du Centre s’apparente donc davantage à « un rattrapage très partiel après dix ans de stagnation », qui ne compense pas l’absence de taxes indexées sur la hausse des prix.
Le déclin des redevables historiques
Le constat est structurel : les ressources issues des contributeurs historiques – les cinémas (via la TSA), les éditeurs de services de télévision (TST-E) et les distributeurs de services de télévision (TST-D) – sont en baisse constante depuis 15 ans. Alors qu’elles s’élevaient à plus de 720 M€ en 2010, elles ne sont plus qu’à 664 M€ en 2025. Précisément, en 2025, la TSA a rapporté 124 M€, la TST-E 259 M€ et la TST-D 281 M€. Ce dernier montant est toutefois jugé « exceptionnel » par le directeur général délégué Olivier Henrard, car il résulte de la régularisation de contentieux passés ; un reflux est donc attendu dès les prochains exercices. Ainsi, la seule recette “durablement” à la hausse ces dernières années provient de la taxe sur les services vidéo (TSV), représentant 213 M€ en 2025*. Elle se décompose en trois parties : la taxe sur les vidéogrammes (TSV-V), la taxe sur les services de VàD (TSV-P) concernant les modèles payants comme les SMAD, et la taxe sur la publicité des vidéos en ligne (TSV-G) concernant les plateformes gratuites comme YouTube. Ces dernières bénéficient toutefois d’un abattement de 66 % : un dispositif hérité de 2018 sur la base d’un modèle de 2014, époque où les contenus professionnels y étaient encore minoritaires.
Perspectives pour 2026 et au-delà
Le CNC prévoit cette année un montant total des taxes à 834 M€. La fréquentation des cinémas devrait assurément être plus élevée qu’en 2025, à l’inverse des recettes de la télévision, pour laquelle le recul des produits publicitaires observé en 2025 ne devrait pas être endigué. C’est pourtant dans ce contexte qu’a été voté en janvier dernier “l’amendement Lavarde” visant à alléger la TST-E, ce qui devrait impliquer 27 M€ de pertes pour le Centre. Un montant volatile car l’amendement exclut de la taxe les frais de régie, et qui pourrait croître à partir de 2027 en raison de « la baisse naturelle du chiffre d’affaires publicitaire des redevables de la TST-E », ajoute Olivier Henrard. Pour éviter une baisse continue de ses ressources, le CNC prône un « rééquilibrage » afin d’intégrer les nouveaux diffuseurs à la hauteur de leur poids réel dans l’écosystème. Le tout afin de préserver une stabilité dans la répartition des aides du Centre, prévues cette année à 37 % pour le cinéma, 36 % pour l’audiovisuel et 27 % pour les dispositifs transversaux (le patrimoine cinématographique, l’éducation à l’image…).
La défense de la ministre de la Culture
Ces « chantiers » ne se feront pas sans mal pour le CNC, au cœur de nombreuses attaques ces dernières années. Ces dernières semaines, l’éviction de la vidéaste Ultia du Fonds d’aide à la création pour les plateformes sociales (ex-CNC talent) a ravivé les frondes. Membre de la commission sans y avoir encore siégé, la streameuse a été remerciée suite à des propos jugés contraires à son obligation de réserve. Cette décision a déclenché une polémique d’une « agressivité inédite », déclare Gaëtan Bruel, qui a annoncé suspendre les travaux de la commission jusqu’à nouvel ordre. Certains politiques ont également pris position, comme la députée de l’Isère Hanane Mansouri qui s’est interrogée sur les modalités d’attribution de ce fonds. Face à ces interrogations, la ministre de la Culture Catherine Pégard a fermement défendu le Centre dans une lettre ouverte : « Critiquer le CNC avec excès ou en contester le principe, c’est nier quelques évidences que je veux rappeler : le cinéma français, comme la création audiovisuelle française, sont plébiscités par les Français ; notre filière du cinéma et de l’image animée est l’un de nos fleurons industriels, riche de 300 000 emplois ; la France a le parc de salles de cinéma le plus dense au monde, qui fait du cinéma un puissant facteur d’équité territoriale. Tout cela, c’est en particulier au CNC que nous le devons, et au modèle – admiré dans le monde entier, copié dans de nombreux pays – dont il est la clé de voûte. »
* En 2025, la TSV a connu une régularisation à hauteur de 14 M€, venant compenser des exercices antérieurs. Le montant réel de la taxe se situe donc davantage à 199 M€.


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