Cinéville décuple l’offre à Morlaix

© Cineville

Construit à Plourin-lès-Morlaix, le nouveau complexe de 6 salles et près de 1 000 places ouvre ce 19 décembre, remplaçant l’historique Rialto.

Fin d’année en fête pour Cinéville. Après l’ouverture fin novembre d’un établissement de 5 écrans à Beaupréau-en-Mauges dans le Maine-et-Loire, le circuit d’Yves Sutter se renforce encore sur ses terres d’origine avec la construction d’un « miniplexe », à l’entrée de Morlaix dans le Finistère. Six salles tout confort dont une Orium, qui remplacent les trois du Rialto, le cinéma historique du centre-ville né en 1933 – dont Cinéville avait repris l’exploitation en janvier 2025 –, et viennent en complément des trois écrans art et essai de La Salamandre. Si celle-ci a rouvert en 2021, « Morlaix restait la dernière ville de Bretagne de cette taille qui n’avait pas eu de modernisation de son cinéma généraliste de centre-ville », explique le directeur général de Cinéville au sujet du Rialto, tout en rendant hommage à sa dernière exploitante, Emmanuelle Gagnère*, disparue en avril dernier. Le nouvel établissement, aux normes de confort et d’accessibilité actuels, renforce significativement l’offre cinéma pour les 130 000 habitants du Pays de Morlaix, dont la moitié résident au sein de l’agglo Morlaix Communauté.

Le projet ne date pas d’hier, mais le relief contrasté de Morlaix rendait sa conception difficile dans l’hyper-centre, qui se situe dans la partie basse, sous le haut viaduc. « Sachant que la “nouvelle” Salamandre, autrefois sur les hauteurs de Morlaix, s’est installée dans l’ancienne manufacture du centre-ville il y a quatre ans, il n’était pas absurde que le Rialto fasse le mouvement inverse », résume Yves Sutter. Un constat partagé par tous les acteurs qui se sont entendus : la municipalité a récupéré du foncier en rachetant les murs du Rialto à Emmanuelle Gagnère, Cinéville en a repris le fonds tout en conduisant le nouveau projet, tandis que Morlaix Communauté a proposé un terrain dans la ZAC Saint-Fiacre, sur la commune de Plourin-lès-Morlaix mais à l’entrée de la ville principale, et qui intègre déjà des logements, un pôle santé, des commerces et des équipements sportifs. « Une opération qui a satisfait aussi bien les acteurs politiques et économiques locaux et a permis de déposer le projet en CDACi à l’automne 2023. »

Une salle Orium native

La salle Orium du Cinéville Plourin-lès-Morlaix

Le cinéma achevé compte 900 fauteuils et 27 emplacements PMR, soit un total de 927 places… un peu moins que dans le projet validé en commission car il intègre finalement une salle Orium, le format premium conçu par Cinéville. « C’est notre sixième salle Orium – après celle installée à Hénin-Beaumont [voir ci-contre, ndlr.] la semaine dernière – mais la première native, conçue dans du neuf, ce qui est bien plus simple y compris pour le son Atmos ». Elle offre donc une projection 4K Pure Laser sur un écran de 13 m de base, légèrement moins large que dans les salles Orium situées dans les multiplexes des grandes villes, « mais en cohérence avec ses 142 places, et pour du vrai spectacle » précise Yves Sutter. Les autres capacités vont de 90 à 331 places pour la plus grande salle (en laser 4K et Atmos), toutes étant équipées de fauteuils club. 

L’établissement dans son ensemble s’étend sur 3 373 m², propose deux espaces lounge dans son hall mais intègre aussi deux restaurants, que Cinéville va mettre en location. S’ils ne sont pas encore ouverts, ils seront les seuls de la ZAC où ils apporteront donc une offre supplémentaire, au-delà des spectateurs. 
Le Cinéville de Plourin-lès-Morlaix a été dessiné par l’architecte brestois Guy Fauvet de l’agence Collectif d’architectes, qui collabore avec Cinéville pour la quatrième fois. À noter que des panneaux photovoltaïques ont été installés en toiture, en plus des ombrières du parking construit par Cinéville. Au total, le cinéma aura coûté 7,5 millions d’euros (sans compter le photovoltaïque et les restaurants), financés en majeure partie par Cinéville, et complété par des aides, notamment de Morlaix Communauté et du Département. 

Une petite ville équipée comme une grande 

Sur place, le nouveau Cinéville emploie un total de 8 salariés, dont les anciens du Rialto, et sera dirigé par Mirko Galli, précédemment au Cinéville d’Hénin-Beaumont mais qui avait auparavant dirigé celui de Lorient, après des début à Brest, et connaît donc bien le territoire. La programmation élargira la ligne généraliste du Rialto avec deux fois plus de salles, et sera complémentaire de celle de La Salamandre, labellisé Recherche, et historiquement programmé par… Cinédiffusion, une des autres filiales de la Soredic. Une quinzaine de films sera proposée chaque semaine, pour environ 160 séances, avec des cycles réguliers pour les familles – Ciné-Bambino le dimanche matin au tarif unique de 4,50 €, “Je découvre le cinéma” pour les enfants de 2 à 4 ans… –, des rééditions avec les programmes Cultissime ! et Cult’Anim, des retransmissions de concerts et spectacles… et bien entendu des avant-premières et animations locales « dont on sait l’importance aujourd’hui ». Les dispositifs d’éducation à l’image « restent à La Salamandre », précise Yves Sutter, dont il souligne le « dynamisme art et essai, rare dans une ville de cette taille ». Un travail qui contribue à former le public en général… et à générer des entrées. 

« Avec un total de 9 salles, l’agglomération de Morlaix dispose désormais d’un parc généreux pour 65 000 habitants, et devient même l’une des mieux équipées de France. » Mais sans concurrence directe à moins de 30 km – les complexes les plus proches étant à Lannion, Landernau et Brest – et si l’on prend en compte les vacanciers – Morlaix est à 15 minutes de la mer et bénéficie d’un bon maillage routier –, la zone de chalandise concerne 200 000 personnes. À terme, Yves Sutter vise entre 190 à 200 000 entrées par an, « sachant qu’on a déjà un fond de public ». Le Rialto avait enregistré près de 65 000 entrées en 2024, et une moyenne de 85 000 dans l’avant Covid.

Un équipement qui témoigne du dynamisme du groupe, qui a connu 50 % de croissance de son parc en deux ans, passant de 16 cinémas et 124 salles en décembre 2023… à 24 et 187 aujourd’hui ! Cette progression a valu à Cinéville d’être distingué, parmi tous les circuits européens, par le “Fastest Moving Giant Award”, décerné par Boxoffice Pro et l’UNIC à Barcelone en juin dernier. Cinéville devrait donc faire une pause dans ses projets – « sauf si nous avons des opportunités » –, y compris dans l’extension de son format premium, lancé en 2024. « Nos 6 salles Orium sont installées dans des contextes très différents, des grandes agglos comme celle de Nantes ou Rennes à une petite ville comme celle d’aujourd’hui. Nous allons analyser leur potentiel avant d’affiner leur déploiement. » En attendant, celle de Plourin-lès-Morlaix devrait se remplir : « Nous ouvrons deux jours après la sortie d’Avatar, mais nous sauvons Noël, donc le contexte est bon ! »

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