Les vacances de Carlotta Films

Playtime de Jacques Tati © Carlotta Films

Comme chaque année, l’été est une saison intense pour le distributeur qui sort deux rétrospectives et quatre films. Tour d’horizon de ce programme piochant aussi bien dans le répertoire français que les classiques japonais ou les inédits indiens.

Un été de fête

Le 15 juillet, Carlotta mettra à l’honneur Jacques Tati à travers une intégrale des six longs métrages du réalisateur : Jour de fête (1949), Les Vacances de Monsieur Hulot (1953), Mon Oncle (1958), Playtime (1967), Trafic (1971) et Parade (1974). De grandes retrouvailles pour le distributeur, qui a déjà accompagné les ressorties des quatre premiers films du cinéaste depuis plus de quinze ans. « Bien que le catalogue continue de vivre, nous avons eu la volonté, avec Les Films de Mon Oncle – l’ayant droit monde, détenu par Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff – et Studiocanal – qui possède les droits vidéo, tv et internationaux –, de tout restaurer en 4k pour faire exister de nouveau pleinement Jacques Tati sur tous les médias », explique Vincent Paul-Boncour, fondateur de Carlotta. La première pierre de l’événement a été posée en mai dernier, au Festival de Cannes, où Mon Oncle a été projeté à Cannes Classics. Puis, dans quelques jours, le « modèle gagnant » de Carlotta sera réitéré avec la présentation de la rétrospective au Festival de La Rochelle qui précède de peu sa sortie salle ; une stratégie adoptée en 2025 pour les ressorties d’Edward Yang, en 2024 pour Marcel Pagnol, ou encore en 2022 pour Pier Paolo Pasolini. D’autant que la rétrospective Tati est largement mise en avant par l’événement de Charente-Maritime qui en a fait son affiche, et a programmé un parcours dédié de projections suivies de conférences. 

Carlotta vise une sortie nationale entre 40 et 50 copies et compte installer la rétrospective tout au long de l’été. Pour ce faire, des affiches spécifiques à chaque film ainsi qu’une pour l’intégrale ont été conçues, une nouvelle bande annonce a été réalisée, et des cartes postales ainsi que des dépliants de l’ADRC – partenaire de l’événement – seront distribués en salles. Vincent Paul-Boncour vise un public large, aussi bien familial qu’adolescent, de connaisseurs du cinéaste comme de néophytes, et de petites comme de grandes villes. « Nous avons tous un souvenir de Tati, qu’il provienne de la télévision ou de la salle, notamment via les dispositifs scolaires, et dans le même temps, ses films sont peu revus. L’affect autour de son cinéma est énorme, nous souhaitons continuer à faire découvrir et redécouvrir Tati à toutes les générations de public, hier, aujourd’hui et demain ! »

Garder la dynamique tout au long de la saison

En amont de Jacques Tati, Carlotta distribuera, le 1er juillet, Kwaïdan de Masaki Kobayashi, dans une version restaurée par la Toho. Le film, composé de quatre épisodes fantastiques autour des fantômes, est inédit en France depuis 35 ans, et a été présenté lors des dernières Rencontres répertoire de l’AFCAE, d’où il est reparti avec le soutien du Groupe. « C’est un des grands titres de l’histoire du cinéma japonais, récompensé du Prix spécial du jury à Cannes en 1965 : il est à la fois une grande fresque et une œuvre intime qui peut parler aujourd’hui à un public contemporain et jeune. » Toujours du côté du Japon, le 12 août sortira une rétrospective en trois films d’Akira Kurosawa : Le Château de l’araignée (1957), La Forteresse cachée (1958) et Sanjuro (1962), jamais sortis dans leurs nouvelles restaurations 4k. Une suite du travail sur le cinéaste japonais culte, avec continuellement des découvertes, telles celle à venir aussi de son premier film, La Légende du grand judo (1943), à la rentrée prochaine suite à son lancement à Cannes Classics en mai dernier. Vincent Paul-Boncour reste confiant en la capacité du répertoire à se renouveler au fil des années. « Par exemple, il y a 20 ans, peu de personnes connaissaient Entre le ciel et l’enfer [que Carlotta a ressorti en 2025, ndlr.]. Mais, avec le temps, c’est devenu l’un des films les plus connus de Kurosawa, que Bong Joon-ho cite explicitement quand il fait Parasite. C’est une preuve que la vie des œuvres ne s’arrête jamais, et que des titres peuvent être soudainement mis sur un piédestal plusieurs années après leur sortie. » Citer Bong Joon-ho illustre justement une nouvelle manière d’attiser la curiosité du public, plutôt que « de l’intimider en parlant de “plus grand chef-d’œuvre de l’histoire de l’humanité” », et contribue à rendre le cinéma de patrimoine vivant. 

Passages par l’Inde d’hier et d’aujourd’hui

Le 19 août viendra Des jours et des nuits dans la forêt de Satyajit Ray, dont l’action est contemporaine de l’année de sa réalisation, 1970, contrairement aux titres plus connus du cinéaste comme Le Salon de musique ou Charulata. « C’est une grande œuvre intimiste, l’un des films cultes de Wes Anderson qui l’a présenté à Cannes Classics en 2025. » Présenté aux dernières Rencontres du cinéma indépendant organisées par le SDI et soutenu par le Groupe répertoire de l’AFCAE, Des jours et des nuits dans la forêt marque la deuxième incursion indienne de Carlotta cet été, après les sorties de deux titres de S.S. Rajamouli : Eega, la mouche vengeresse le 28 juin et RRR le 29 juillet. Le distributeur continue son travail autour du cinéaste indien après la sortie de La Légende de Baahubali – L’Épopée en octobre dernier. Ces deux sorties s’imbriquent dans un grand événement en France autour « du plus grand réalisateur indien contemporain » avec une rétrospective à la Cinémathèque française du 26 au 28 juin et une autre à l’Institut Lumière du 27 juin au 17 juillet, une séance à l’UGC Ciné Cité Les Halles et au Grand Rex en présence de Rajamouli, et un passage au Festival d’Annecy pour présenter le work in progress de l’adaptation animée de Baahubali. Le tout « alors que Rajamouli est en train de tourner le film le plus cher du cinéma indien, et qu’il met donc en pause la production pendant 15 jours ». Tout un programme pour valoriser un cinéaste dont la notoriété internationale s’est consolidée avec RRR – qui a occupé la tête du box-office mondial pendant quelques jours en 2022 –, et qui ancre par ailleurs Carlotta dans une démarche pérenne autour du cinéma indien contemporain. De quoi poser les bases d’une histoire qui, comme l’espère Vincent Paul-Boncour, « n’en est qu’à ses débuts ».

Article publié dans le Boxoffice Pro du 22 juin 2026

Playtime de Jacques Tati © Carlotta Films

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