Passées les grandes vacances, septembre marque régulièrement le pas pour les cinémas, qui subissent le contrecoup direct de la rentrée scolaire. Mais ce repli – souvent illustré par la semaine la plus faible de l’année – peut également ressembler à un redémarrage de la fréquentation, qui entame une nouvelle dynamique pour la fin d’année. En attendant de connaître le sort réservé à 2026, retour sur les scénarios différents qui ont agité les salles depuis 2022*.
Pour les cinémas, septembre rime avec accalmie, tant le neuvième mois de l’année est, d’ordinaire, le plus faible de l’exercice : depuis 2021, 9,1 millions d’entrées y sont enregistrées en moyenne, contre 11,1 millions entre 2017 et 2019. Il est d’ailleurs notable quand un mois de septembre dépasse les 10 millions de spectateurs : ce n’est arrivé que 13 fois depuis 2000, la seule année post-Covid ayant dépassé ce seuil étant 2024 (10,07 millions de billets). De plus, son plafond est, en outre, bien plus bas que celui des autres mois. Au XXIe siècle, la meilleure performance de septembre a été réalisée en 2001, avec 12,6 millions d’entrées ; à titre de comparaison, le deuxième mois affichant le plafond historique le plus bas (juin 2004) s’élève à 18,9 millions.
Une programmation en baisse
Septembre est, généralement, la période de l’année la moins fournie en projections. Le neuvième mois compte en effet 661 000 séances en moyenne depuis 2022, derrière les 668 000 projections de juin. Cette tendance avait déjà cours avant la pandémie, la période comptabilisant 657 000 diffusions en moyenne entre 2017 et 2019. En outre, toujours du côté des projections, les quelques semaines de septembre sont régulièrement celles où le top 10 hebdomadaire de séances concentre la plus faible part de marché de l’année ; ce qui signifie que les entrées se répartissent davantage entre plusieurs films. Et, justement, le volume de sorties est l’un des plus faibles à cette période : depuis 2022, 54 titres y sortent en moyenne, soit le troisième niveau le plus faible après juillet et août.
2022 : la continuité d’un été terne
Sans compter 2020, septembre 2022 marque le plus faible résultat observé à cette période depuis 2000 avec 7,6 millions de billets comptabilisés. Mais les premiers signes étaient déjà visibles à l’été, qui venait d’engranger 24,3 millions d’entrées entre juillet et août, soit le plus faible niveau enregistré depuis 2003. Or, la fréquentation estivale est souvent déterminante pour les premiers jours de septembre. En effet, lors de la 36e semaine de l’année – qui correspond généralement à la période de la rentrée scolaire –, les entrées chutent en moyenne de 37 % depuis 2022 ; forcément, plus l’inertie accumulée auparavant est importante, moins le recul sera brutal.
La situation inverse se produit en 2022, qui souffre grandement d’un manque de locomotive : pendant trois semaines, du 31 août au 20 septembre, le leader hebdomadaire de la fréquentation ne dépasse jamais les 200 000 entrées, soit une contre-performance qui ne s’est jamais reproduite depuis. Il faut finalement attendre le 21 septembre et la sortie de la reprise de Avatar pour voir les cinémas se redresser. À l’arrivée, entre le 31 août et le 27 septembre, seuls trois films de chaque top 20 hebdomadaire ont dépassé les 20 entrées par séance : Revoir Paris, Avatar et Moonage Daydream.
2023 : le calme après la tempête
Face à 2022, septembre 2023 arrive dans un contexte totalement opposé : porté notamment par un duo Barbenheimer incandescent, l’été engrange 33,7 millions de billets et se positionne au-dessus de la moyenne 2017-2019 (32,4 millions d’entrées). Pourtant, la 36e semaine de l’année, celle du 6 septembre, chute de 52 % et écoule 1,6 million de tickets. Par la suite, malgré une fréquentation moyenne correcte au regard de la période, ce neuvième mois s’achève à peine sous les 9 millions d’entrées, soit le troisième plus faible résultat du XXIe siècle.
Il apparaît que les continuations de l’été arrivaient en fin de route, et que la période a été globalement peu fournie en titres attendus comme porteurs car, pour l’unique fois de l’année, aucun film n’a dépassé les 15 000 séances hebdomadaires sur le mois entier. Restent quelques belles performances comme La Nonne 2 ou encore la continuation de Anatomie d’une chute, qui n’apportent toutefois pas suffisamment de dynamisme pour relever une fréquentation qui, à l’exception des vacances de la Toussaint, affichera une grande méforme jusqu’à la fin de l’année.
2024 : les exceptions qui confirment la règle
Si l’été 2024 est, avec 32 millions d’entrées, moins fructueux qu’en 2023, la dynamique reste néanmoins très positive. Depuis le 1er mai et la sortie de Un p’tit truc en plus, les cinémas ont retrouvé des couleurs comparables à l’avant-Covid, et le neuvième mois le confirme : 10,07 millions d’entrées, soit la meilleure performance depuis 2019. Contrairement à 2023, septembre 2024 dispose de plusieurs continuations d’août qui tiennent, comme Emilia Pérez et Jamais plus : It Ends With Us. Sorti fin juin, Le Comte de Monte-Cristo attire pour sa part plus de 1 million de spectateurs sur la période – en affichant notamment un baisse très mesurée de 3 % la semaine du 4 septembre.
À cela s’ajoutent deux nouveautés qui pèsent considérablement dans la fréquentation : tout d’abord Beetlejuice Beetlejuice (plus de 1 million d’entrées), un titre qui bénéficie de plus de 20 000 séances sur chacune de ses deux premières semaines, et ensuite l’étincelle Kaizen, diffusé sur visa exceptionnel, et qui réalise plus de 300 000 entrées pour 312 spectateurs par séance. Sans oublier d’autres performances notables comme Les Graines du figuier sauvage qui réalise 37 entrées par séance sur sa semaine d’ouverture. Ainsi, et sans atteindre des sommets mirobolants, septembre 2024 ne descend jamais sous les 2 millions de spectateurs hebdomadaires. Ce neuvième mois confirme ainsi la dynamique singulière que suit l’année depuis mai, grâce à un renouvellement régulier des films ainsi que d’autres sorties aux performances plus exceptionnelles. Mais à force d’empiler les exceptions, une norme commence à se dessiner.
2025 : des hauts et des bas, mais peu de stabilité
Septembre 2025 commence de la même manière qu’en 2022, après un été également bouclé à 24,3 millions d’entrées. Sauf que la semaine 36 (celle du 3 septembre) atteint un niveau particulièrement bas, avec 1,3 million de tickets. Autre signe de la faiblesse du marché : aucun film ne dépasse les 100 000 entrées et les 10 000 séances sur cette semaine. La situation change radicalement la semaine suivante, avec Conjuring : L’heure du jugement, Downton Abbey III, Sirat et Connemara qui occupent les premières places du classement et portent la fréquentation à 2,6 millions de spectateurs.
La dynamique se poursuit les deux semaines suivantes grâce aux sorties de Demon Slayer: Kimetsu No Yaiba – La Forteresse infinie ou encore Une bataille après l’autre. Ainsi, après avoir atteint son plus bas niveau jamais enregistré – à l’exception de 2020 –, le marché enchaîne les meilleures semaines post-Covid de cette période ; ceci lui permet de terminer le mois à 9,6 millions de spectateurs, soit le deuxième meilleur résultat depuis 2021. Mais c’est une performance dont la fiabilité est interrogée par sa bipolarité : est-ce que la fin de l’année ressemblera à l’exceptionnel des semaines 37, 38 et 39, ou à la faiblesse de la semaine 36 ? Malheureusement, octobre et novembre donneront finalement raison au second scénario, sans pour autant chuter à de tels niveaux. Septembre 2025 reste donc une exception, loin de confirmer la règle.
2026 : le saut dans l’inconnu ?
Au vu de l’été actuel, septembre 2026 pourrait suivre la trajectoire de 2024 et confirmer la belle dynamique du marché, ou au contraire celle de 2023, marquée par un fort coup de frein. À l’instar de 2023, les principaux titres dominant l’été sont américains (Spider-Man: Brand New Day, L’Odyssée, La Pat’ Patrouille…) ; reste à voir s’ils connaîtront une tenue plus proche des films de 2024. Par ailleurs, bien plus qu’en 2024 et 2023, le Festival de Cannes s’annonce comme un des moteurs de la rentrée avec La Vie d’une femme de Charline Bourgeois-Tacquet, Histoires de la nuit de Léa Mysius, Si tu penses bien de Géraldine Nakache, Garance de Jeanne Herry, sans oublier les continuations de Soudain de Ryusuke Hamaguchi, Fjord de Cristian Mungiu et L’Inconnue d’Arthur Harari.
Certains titres peuvent également se démarquer, comme Pressure d’Anthony Maras – qui peut surfer sur la belle dynamique des films sur la Seconde Guerre Mondiale –, L’Invitation d’Olivia Wilde – une nouvelle production A24 – ou encore Heart of the Beast de David Ayer – dont la tête d’affiche, Brad Pitt, reste sur plusieurs succès (F1, Babylon, Bullet Train…). Comme observé ces précédentes années (avec Conjuring 4 ou La Nonne 2), le public jeune peut se mobiliser autour de certaines sorties d’horreur, dont le nouveau Resident Evil de Zach Cregger, désormais bien identifié après Évanouis. Également, à l’image de la reprise de Avatar en 2022, la ressortie de Avengers: Endgame pourrait s’imposer. Sans oublier les sorties événementielles telles que Artus – Le Show XXL au cinéma qui, au sein d’un volume d’entrées resserré, pèseront encore plus que d’habitude.
* 2021 est ici mis de côté au vu de son contexte particulier.


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