Accord Canal+ : l’ACID et le GNCR expliquent leur décision de ne pas signer

N’ayant pu se positionner dans les délais impartis lors de la conclusion du nouvel accord entre le cinéma français et le Groupe Canal+ fin juillet, l’Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion (ACID) et le Groupement National des Cinémas de Recherche (GNCR) actent leur décision de ne pas le signer. Une démarche qu’ils ont tenu à clarifier de manière commune, où ils font part de leurs inquiétudes sur la liberté de création et la concentration économique du secteur, et appellent à de nouvelles garanties pour l’avenir.

Voici leur texte dans son intégralité : 

« Libre à nous : quelques mots au sujet de l’accord Canal.

Le 28 juillet, au lendemain de l’annonce de la signature de l’accord entre le Groupe Canal+ et de nombreuses organisations du secteur, Maxime Saada réaffirmait, au sujet des professionnels signataires de la tribune « Zapper Bolloré » : « C’est 1 % des gens qui ont signé cette pétition. Je reste sur ma position qui est que, si des gens portent préjudice à l’image de Canal+, on ne financera pas leur film. »

Dès lors, les termes d’un tel accord continuent de faire planer la menace que Vincent Bolloré exerce par la bouche du patron de son groupe vers toutes voix publiquement dissidentes. Ainsi, sa signature se fait aux dépens des professionel·les du cinéma (dont plus de 1 000 cinéastes) qui ont apposé leur nom en bas de la tribune. Il augure également de l’instauration d’un nouveau rapport de force économique sur la base de désaccords politiques dont la puissance du groupe Canal+, qui pourrait intégrer totalement UGC, fait craindre le pire pour celles et ceux qui ont le courage de s’exprimer, à travers les œuvres ou par leurs engagements publics.

Dans la ligne de leurs positions depuis le mois de mai, l’ACID et le GNCR se tiennent aux côtés des signataires et ont pris la décision de ne pas signer cet accord. Cinéastes et exploitants indépendants, nous mesurons quotidiennement les conséquences du lien étroit entre menaces politiques et concentration économique. Si nous reconnaissons le bien-fondé économique de cet accord, nous savons aussi que tout renforcement de la concentration autour d’un acteur dominant fragilisera la capacité de chacun·e à s’exprimer librement. Si nous pouvons à l’occasion douter, diverger, débattre sur les sens à donner aux termes de « cinéma indépendant », il y a pourtant une définition qui reste : celle d’un cinéma qui travaille avec opiniâtreté à maintenir une part de liberté pour le public, garantissant une autonomie face aux intérêts industriels particuliers.

Au-delà de la place du Groupe Canal+ dans l’empire Bolloré, la séquence nous oblige à continuer de penser des moyens de défense face à la prise de contrôle par quelques-un·e·s sur des pans entiers du débat public et des imaginaires collectifs, que ce soit au cinéma, dans l’édition, la musique ou les médias.

Dans un contexte d’attaques répétées contre la culture et particulièrement le cinéma français et son modèle unique, nous appelons le secteur à prendre la mesure de la situation et à poursuivre les réflexions autour de la protection de la liberté de création et d’expression des artistes, technicien·ne·s et professionnel·le·s de la culture, et de la responsabilité de chacun.e pour faire exister des espaces qui la garantissent. Par conséquent, nous demandons que tout accord interprofessionnel, ou texte structurant le secteur, intègre ces droits fondamentaux, vitaux à la démocratie et au débat public, afin que les financeurs, y compris privés, y adhèrent. » 

Les conseils d’administration de l’ACID et du GNCR 

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