Avec un succès Tombé du ciel, un Jupiter à Venise et bientôt des relectures de Fantômas et d’Astérix, le programme de SND a rarement été aussi diversifié et spectaculaire. Pour Christophe Courtois, c’est le rôle de sa structure de distribution, en tant que filiale d’un grand groupe audiovisuel français, que de produire de plus en plus de films.
À l’heure où nous bouclons ce numéro, Tombé du ciel vient d’atteindre les 2 millions d’entrées et Christophe Courtois se dit « ravi que cette co-production entre Kiss Films et SND attire un public aussi large »… et plus généralement « que les éditeurs français aient sorti des films cet été, période longtemps laissée aux distributeurs de films américains. Notre rôle est de développer une proposition la plus éclectique et la plus diversifiée possible. » Et c’est ce qui continue d’animer SND. Après Les Contrebandiers lancé le 16 septembre et Justin le Juste le 23, le distributeur prépare la sortie de Mochy le 14 octobre, dans des conditions similaires à celles de Hopper l’an dernier, déjà produit par les studios nWave et qui avait attiré 850 000 spectateurs. « Je suis convaincu que Mochy sera le film d’animation numéro 1 de la Toussaint : cet été, la bande annonce a eu un succès largement supérieur à celle de Hopper, à la fois en salles et sur les réseaux sociaux, ce qui est un signal très prometteur. »
Suivra Le Fantôme de l’opéra d’Alexandre Castagnetti, relecture du roman de Gaston Leroux pour, selon le directeur de la distribution chez SND, « un Twilight à la française ». Il est daté au 28 octobre pour profiter des vacances et d’Halloween et « nous souhaitons l’inscrire dans la tendance de la dark romance, très forte notamment chez les jeunes femmes à travers les livres ou les séries ». La sortie sera très large, y compris sur des formats premium, et soutenue par une campagne publicitaire massive et une promotion intense de la part des comédiens. « L’Opéra de Paris nous ouvre ses portes, comme il l’avait fait pour le tournage, pour toute la promotion du film. Beaucoup d’influenceurs ont déjà commencé à le montrer et vont s’en emparer. C’est pour nous l’un des gros enjeux de cet automne. »

Autre tonalité avec Jupiter (18 novembre), réalisé par Alexandre Smia, l’un des auteurs du Bureau des Légendes, et produit par Nicolas Dumont de Chi-fou-mi – qui avait déjà porté Bac Nord et Novembre. Montré hors compétition à Venise, « le film y a provoqué un petit électrochoc, avec une critique française et internationale – The Guardian, Variety… – très positive ». La mise en ligne du film annonce a déclenché « un buzz énorme en quelques jours, avec un engagement et une viralité que nous n’avions pas connus chez SND, depuis Conclave. Je ne serais d’ailleurs pas étonné que Jupiter soit le Conclave de 2026 : là aussi un film intelligent et accessible, qui se déroule en vase clos, dans un univers un peu secret – le PC Jupiter, soit le bunker sous l’Élysée. Avec des tensions et des rapports humains exacerbés par une situation de crise, ici une menace nucléaire ». Si le film s’inscrit dans une dure actualité, « il reste une fiction, servie par un casting extraordinaire », Christophe Courtois estimant que « le public est prêt à se confronter à des sujets difficiles quand ils invitent à la réflexion ». Pour rappel, la FNCF a choisi de montrer Jupiter au CID lors du Congrès.
SND accompagne aussi de grands auteurs américains, à l’instar de Paper Tiger de James Gray, qui était en Compétition à Cannes et sortira le 25 novembre. Il marque le retour du cinéaste à « un film qui, comme dans La nuit nous appartient, The Yards, ou Little Odessa, conjugue à la fois les tensions familiales et le contexte de mafia russe new-yorkaise qu’il connaît bien ». Pour le distributeur, « James Gray est en train de s’inscrire au panthéon des grands cinéastes de la mafia comme Martin Scorsese. En cela, il a une dimension très accessible, tout en s’adressant au public art et essai ». Et après l’excellent accueil critique de Paper Tiger à Cannes, le réalisateur reviendra en France pour accompagner la sortie.
Un riche automne donc, y compris chez les autres distributeurs, au point que SND a choisi de reporter la sortie de Kaamelott – Deuxième volet (partie 2) au 10 mars 2027, préférant « trouver une autre fenêtre de tir, avec moins de concurrence ». D’autant que la fin d’année sera dense, avec Astérix et le Royaume de Nubie (2 décembre), animation phare des vacances de Noël. « Le film est tellement génial que nous le montrons à tout le monde depuis des mois ; les exploitants ont vraiment joué le jeu tout l’été en diffusant la bande annonce devant Toy Story ou Les Minions. » SND va prendre le relais avec une campagne « – et des dépenses publicitaires – comme nous n’en avons jamais orchestré. Le réalisateur, Alexandre Heboyan, et les auteurs Alexandre De La Patellière et Matthieu Delaporte, ont réussi à s’inscrire dans l’univers d’Uderzo et Goscinny tout en le modernisant et en étant plus drôle encore ». Et sachant que Astérix : Le Secret de la potion magique avait enregistré 4 millions d’entrées, « mon petit challenge personnel, avoue Christophe Courtois, c’est que ce Royaume de Nubie soit le plus gros succès pour un film d’animation français ».
Enfin, SND fêtera en décembre les 10 ans de La La Land, sorti aux États-Unis en décembre 2016. Une ressortie événementielle, pour une comédie musicale déjà devenue un classique.
2027 commencera avec La Troisième Nuit de Daniel Auteuil (20 janvier), sur l’histoire d’un prêtre lyonnais qui a sauvé des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, puis SND sortira son plus gros film de l’année, coproduit avec Wassim Beji, qui est aussi plus gros budget français de 2027 : Fantômas de Frédéric Tellier, le 10 février. Cette adaptation à la fois sombre et fidèle au livre d’origine, inscrite au début du XXe siècle « rappelle un peu l’univers de The Dark Knight ou de Peaky Blinders ».
Énorme enjeu pour le distributeur, ce remake témoigne, comme Le Fantôme de l’opéra, de la volonté de SND de s’inscrire dans une ligne « plus singulière et spectaculaire », pour des sorties qui soient de vrais événements. Cela se vérifiera aussi avec de gros films américains que le distributeur accompagnera en 2027, « sans pour autant renoncer à ce qui nous caractérise, à savoir des films d’animation ou des comédies tournées vers les seniors ». Pour Christophe Courtois, « il s’agit d’avoir des propositions assez fortes pour que les gens se déplacent dans les salles de cinéma. En tant que filiale cinéma d’un grand groupe audiovisuel, nous sommes collectivement très attachés à la chronologie des médias. Le groupe M6 tient à proposer, via SND, une offre importante de films en salles, qui seront ensuite diffusés sur des chaînes de télévision classiques. Un principe qui est à la base du financement de la création française par ses acteurs historiques, et de la logique que nous poursuivons : produire nous-mêmes de plus en plus de films ».
Les images de SND devraient en témoigner lors du Congrès de la FNCF, où plus largement, Christophe Courtois portera les propositions de la FNEF, dont il est l’un des administrateurs. Avec optimisme et un appel à l’unité. « Car il suffit qu’un spectateur aille une fois de plus au cinéma dans l’année pour que l’on revienne aux 200 millions d’entrées de l’avant-Covid. C’est à notre portée, pour peu que distributeurs et exploitants se soutiennent mutuellement. »
Article initialement paru dans le Boxoffice Pro du 21 septembre 2026

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