Les Films du Losange poursuivent leurs contes

Gustave Shaïmi et Régine Vial © Hortense Paquet

D’Éric Rohmer à Bruno Dumont, en passant par Alain Guiraudie, Andreï Zviaguintsev, Yolande Moreau ou encore Hanaël El Yousfi, la société fondée en 1962 maintient le cap d’une distribution exigeante, mêlant héritage cinéphile et accompagnement des voix de demain.

Si Les Films du Losange existent depuis plus de 60 ans, sa branche distribution a vu le jour le 1er octobre 1986, date de l’arrivée de Régine Vial au sein de la société dirigée à l’époque par Margaret Menegoz. Mais avant de fêter ses 40 ans, le distributeur a sorti le 23 septembre le nouveau film de Bruno Dumont, Les Roches rouges, soit sa deuxième collaboration avec le cinéaste après Jeanne (2019). Habitué aux paysages du Nord, et particulièrement de la Côte d’Opale, le réalisateur de Hors Satan s’installe cette fois sur la Côte d’Azur et filme deux bandes d’enfants qui s’amusent à sauter des rochers rouges de la Méditerranée, découvrant la camaraderie, la jalousie et les premiers élans du cœur. « Nous avons été très touchés par le scénario qui raconte une histoire sur l’enfance comme nous ne l’avons jamais vu, explique Régine Vial. Bruno Dumont a filmé des enfants avant l’âge de la raison, quand il y a une forme de liberté qui permet, grâce à la magie du cinéma, de faire des choses interdites comme sauter des rochers. »

Passé par la Quinzaine des Cinéastes, Les Roches rouges a déjà eu plusieurs avant-premières grâce à la Quinzaine en salles, et fait également partie du Retour de Cannes du GNCR, qui soutient le film. Porté par « une presse excellente », selon la directrice de la distribution des Films du Losange, le long métrage sort sur 80 copies et est accompagné par Le Monde, Télérama, Les Inrockuptibles, France Culture, Arte et Ciné+ OCS. « Nous avons en outre une forte présence en radio à des heures de grande écoute, ce qui confirme tout l’intérêt de la presse pour le cinéma de Bruno Dumont », détaille Gustave Shaïmi, directeur du marketing. L’affiche du film, mise en avant dans les cinémas et avec une campagne parisienne à S-1, a quant à elle été conçue par le peintre Bilal Hamdad, au style « très réaliste et habituellement citadin, qui s’attèle ici à un décor naturel ». 

Les Roches rouges de Bruno Dumont © Rosa Filmes

Construire le fil de Minotaure

Le 14 octobre, Andreï Zviaguintsev fera son retour dans les cinémas, près de dix ans après Faute d’amour (Prix du jury à Cannes et César du meilleur film étranger). Avec Minotaure, auréolé du Grand prix cannois, le cinéaste adapte La Femme infidèle de Claude Chabrol dans la Russie de 2022. Un chef d’entreprise prospère voit son quotidien bouleversé tant par les conséquences de l’invasion de l’Ukraine que par les remous qui agitent sa vie personnelle. Le film a par ailleurs été sélectionné pour représenter la France à l’Oscar du meilleur film international.

« Nous sommes très heureux d’accompagner ce cinéaste qui continue de montrer comment la famille rend compte de l’histoire et de la mentalité d’un pays », développe Régine Vial. Le succès cannois du long métrage illustre par ailleurs la forte présence du Losange dans les festivals, le distributeur comptant ces dernières années un Lion d’or (Father, Mother, Sister, Brother de Jim Jarmusch en 2025), un Lion d’argent (Saint Omer d’Alice Diop en 2022) ou encore deux Ours d’or (Dahomey de Mati Diop en 2024 et Sur l’Adamant de Nicolas Philibert en 2023). « Les festivals ont énormément d’importance, tant ils permettent aux films et aux cinéastes de grandir et d’amener leur univers, parfois si spécifique, au plus grand nombre. »

Sollicités par de nombreuses demandes des salles, Les Films du Losange prévoient une sortie sur 250 copies majoritairement en VO. Minotaure sera en outre accompagné par de nombreux labels : mk2 On a vu on a aimé, UGC Aime, AlloCiné Les Indés et le soutien du Groupe Inédits de l’AFCAE. Côté presse, le film est accompagné par Le Monde, Télérama, Le Figaro Magazine, Positif, Arte et France Inter. Il bénéficiera d’une campagne d’affichage à S-1 sur 250 hauteurs à Paris, en plus d’une campagne digitale qui a démarré dès S-6. « Certains commentaires ont noté qu’il s’agit de la première grande œuvre explicitement dissidente qui émane d’un artiste russe déjà identifié, souligne Gustave Shaïmi. Nous avons ainsi contacté de nombreuses associations pour accompagner des séances, comme la Fédération internationale pour les droits humains qui a organisé une projection le 10 septembre au Grand Action à Paris. » Joël Chapron, historien, spécialiste des cinématographies d’Europe centrale et de l’est et traducteur de nombreux films russes tels que ceux de Zviaguintsev, présentera plusieurs séances dans de plus petites villes.

Minotaure d’Andreï Zviaguintsev © Anna Matveeva

Un line-up entre fidèles et nouveaux venus, répertoire et contemporain

Le distributeur plongera par la suite dans son catalogue pour la ressortie, le 18 novembre, de Quand la mer monte… de Yolande Moreau et Gilles Porte. Une reprise qui n’était à l’origine pas prévue, le film étant réservé à quelques festivals comme celui de La Rochelle ou Play It Again dont il a fait l’ouverture le 17 septembre à Amiens, Yolande Moreau en étant la marraine. Mais au vu de la forte demande des cinémas – une soixantaine –, le Losange a décidé de planifier une sortie nationale. Car le catalogue de la société, vaste d’environ 350 titres couvrant plusieurs décennies et pays, est en constante évolution, entre les acquisitions et les restaurations donnant parfois lieu à des sorties en salles… « Notre catalogue contient les œuvres d’Éric Rohmer, Jacques Rivette, Barbet Schroeder, Michael Haneke, Alain Guiraudie… qui ne doivent pas rester sur une étagère, mais vivre dans une salle ou sur un écran », développe Régine Vial. Cette relation privilégiée que le distributeur entretient avec les cinéastes constitue, selon la directrice de la distribution, « la force du Losange : nouer une fidélité avec un cinéaste, et le suivre ».

Et la famille du distributeur est loin d’être cloisonnée. Le 30 décembre, le Losange sort Les Filles d’Abraham, le premier long métrage d’Hanaël El Yousfi, récompensé à Angoulême du Valois du public en plus d’une mention du jury pour les actrices. La société produit également deux longs métrages pour 2027 : Hautefaye de Vincent Le Port (réalisateur de Bruno Reidal, confession d’un meurtrier en 2022), en coproduction avec STANK Production, et Out Of This World d’Albert Serra (de retour chez le distributeur après Pacifiction en 2022). Sont par la suite prévus pour l’année prochaine Dora de July Jung, passé par la Quinzaine des Cinéastes, Le Sens de la vie d’Élise Girard (réalisatrice de Sidonie au Japon en 2024), The Thing That Hurts d’Arnaud Desplechin (déjà distribué par le Losange pour Spectateurs ! en 2025), Fighters d’Alassane Sy (premier long métrage), et If Love Should Die de Mia Hansen-Løve (pour une septième collaboration avec la cinéaste). En somme, Les Films du Losange ont encore de beaux matins devant eux.

Gustave Shaïmi et Régine Vial © Hortense Paquet