Le Pacte plonge dans le Fjord

Fjord de Cristian Mungiu © Le Pacte

Après un été obsessionnel, le distributeur vient de lancer avec succès sa cinquième Palme d’Or et prépare ses prochaines sorties cannoises, qui clôtureront sa belle année 2026. 

Avec cinq films en Compétition cette année à Cannes (sans compter les autres sélections) et une cinquième Palme d’Or (sans oublier un Prix de la Mise en scène), Le Pacte était encore le distributeur français le plus en vue sur la Croisette. Fjord marque aussi le cinquième Pacte passé avec Cristian Mungiu – et le sixième pour le dirigeant Jean Labadie, si l’on compte 4 mois, 3 semaines, 2 jours… Palme d’Or 2007 qu’il avait alors distribué sous pavillon Bac Films. Sorti le 19 août, Fjord tient ses promesses, avec plus de 30 000 entrées sur son premier jour, et une très bonne moyenne de 39 spectateurs par séance. « Nous sommes au même niveau que Anora, et 50 % au-dessus de Valeur sentimentale », souligne Xavier Hirigoyen, qui ose désormais atteindre les 700 000 entrées.

Le directeur de la distribution du Pacte rappelle que le film est porté par « un casting très fort ». Renate Reinsve, après Julie (en 12 chapitres) et Valeur sentimentale, « a le vent en poupe depuis Backrooms, tout comme Sebastian Stan, vu dans les Avengers mais aussi dans des films d’auteur comme The Apprentice où il incarnait Donald Trump ». Et la force de Fjord, au-delà de ses qualités formelles, réside dans sa thématique de société très actuelle. « En renvoyant dos-à-dos plusieurs formes d’intégrisme, avec des progressistes d’un côté et des ultra-conservateurs de l’autre, le film reflète la radicalisation que l’on observe aujourd’hui, et questionne, sans jugement, la façon dont on peut vivre ensemble. »

Très identifié par la presse, le cinéaste roumain est venu trois fois en France depuis mai pour assurer la promotion de Fjord. Avec des partenaires tels que Télérama, France Inter et Le Figaro, puis Elle, La Croix Hebdo, Positif, FranceTV et Ciné+OCS, la couverture médiatique importante a été complétée par une vague d’avant-premières, notamment dans une quinzaine de salles UGC, pour plus de 1 670 entrées. « Un signal très encourageant, si l’on compare avec les avant-premières de Un simple accident (984 entrées) ou de Valeur sentimentale (708 entrées) ». Le film bénéficie des labels “UGC aime”,“mk2 On a vu, on a aimé”, “Dulac découverte”, le “Club AlloCiné aime” et du soutien de l’AFCAE. Au-delà d’une campagne publicitaire importante – classique et digitale –, Le Pacte a travaillé avec des influenceurs, « dont Regelegorila, qui a plus de 6 millions d’abonnés. Il est d’origine roumaine, a adoré le film, et a fait le premier interview de sa carrière, de 40 minutes, avec Cristian Mungiu ».

Fjord est sorti dans 270 salles, en priorité art et essai et de circuits de centre-ville, « auxquelles nous avons demandé un engagement de cinq semaines, dont trois sur leur plein programme », précise Xavier Hirigoyen. Suivra une deuxième vague de programmation début septembre, dans des cinémas plus généralistes ou plus petits. La date avait été fixée avant d’avoir la Palme, « car c’est une période que l’on aime beaucoup. Dès la création du Pacte, nous avions sorti Gomorra le 13 août 2008, qui avait dépassé les 500 000 entrées. Anatomie d’une chute est sorti un 23 août, tout comme d’autres Palmes d’Or – Dheepan ou Winter Sleep. Cela permet de lancer Fjord quand les gens ont encore le temps pour un film de 2h26, puis de rebondir sur la rentrée. » D’autant que cette année… les gens sont allés au cinéma en été. « Pour une fois, le soleil a été propice à la fréquentation et la diversité de l’offre a été magnifique. Cette combinaison de facteurs a entraîné une dynamique extrêmement forte. Un spectateur qui a aimé un film au cinéma a envie d’y retourner… et y a vu les bandes annonces. » Fjord devrait donc bénéficier d’un « effet d’entraînement fantastique ». 

Fjord de Cristian Mungiu © Le Pacte

Le phénomène Obsession…

Et le distributeur est bien placé pour parler de la fréquentation estivale : son Obsession termine sa 15e semaine à plus de 1,7 million d’entrées. « Le film a démarré très fort le 13 mai, malgré la concurrence des nombreuses sorties cannoises. Mais ce qui a permis sa transformation, c’est sa tenue absolument démente sur tout l’été. En deuxième et troisième semaine, le film ne perdait que 16 % de sa fréquentation, puis le 3 juin, elle a augmenté de 40 %. Je crois que, hors vacances et hors opérations tarifaires, ce n’était jamais arrivé depuis Trois hommes et un couffin en 1985 », estime Xavier Hirigoyen. Ce type de phénomène a été observé récemment avec Le Consentement, sorti par la Pan, « mais pas à cette hauteur d’entrée. Ensuite, Obsession a perdu 25 % puis 23 %, puis a eu l’audace, pour La Fête du Cinéma, d’augmenter ses entrées de 51 %. Il peut terminer sa carrière à 1,9 million. »

Xavier Hirigoyen rappelle que « nous sommes l’un des rares territoires, avec l’Australie et la Suisse, à avoir acheté le film sur scénario, quand Universal, pour la plupart des pays du monde, l’a acquis après l’avoir vu terminé au Festival de Toronto ». Le distributeur indépendant a sorti le film de Curry Barker « en se calant sur la date américaine, pour profiter de la synergie et éviter le piratage ». Le soutien de la presse et des réseaux sociaux a été « incroyable », par la voix d’influenceurs comme Regelegorila ou Inoxtag, des cinéastes comme Spielberg ou Christopher Nolan ou encore la star du basket Victor Wembanyama… « Tout le monde s’est mis à parler d’Obsession. Et surtout, le film a été porté par une jeunesse très concernée par son sujet, qui traite quand même du… consentement. » La success story est mondiale : le film, tourné pour 750 000 dollars, vient de dépasser les 500 millions de dollars de recettes dans le monde – dont 263,4 M$ aux États-Unis. « C’est une bonne nouvelle pour le cinéma : des gens qui viennent de YouTube peuvent, pour très peu d’argent mais avec de vraies idées de cinéma, faire des films qui sont des cartons auprès de la Gen Z. Ce n’est peut-être pas pour rien si Amazon crée une structure de distribution en France, ou que Netflix commence à reconnaître que le cinéma en salles a encore de l’avenir. »   

… et autres sorties cannoises prometteuses

C’est donc avec un bel optimisme que Le Pacte enchaînera avec ses autres films cannois. D’abord Histoires de la nuit, deuxième collaboration du distributeur avec Léa Mysius après Les Cinq Diables – déjà produit par Jean-Louis Livi –, daté au 16 septembre. « Un excellent thriller, avec une très belle affiche – Hafsia Herzi, Benoît Magimel, Bastien Bouillon et Monica Bellucci –, adapté d’un best-seller de Laurent Mauvignier, très en vogue cette année après son Prix Goncourt. Nous y croyons beaucoup et le sortirons dans près de 400 salles. »

Le Mystère Lucy Lost d’Olivier Clert © Le Pacte

Butterfly Jam de Kantemir Balagov, l’auteur de Une grande fille et Tesnota, sortira le 7 octobre, après avoir fait l’ouverture de la Quinzaine des Cinéastes. Suivra le film d’animation Le Mystère Lucy Lost d’Olivier Clert, le 28 octobre pour la fin des vacances de la Toussaint. Montré à Cannes puis à Annecy, « c’est l’adaptation d’un livre de Michael Morpurgo, un des plus grands auteurs jeunesse anglais, déjà adapté dans Le Royaume de Kensuké – avec lequel nous avions fait 500 000 entrées – ou par Spielberg pour Cheval de guerre. Nous allons le montrer aux Rencontres Jeune Public de l’AFCAE début septembre, avec le réalisateur ».

Le 2 décembre, Le Pacte sortira son neuvième Kore-eda, Sheep in the Box qui était en Compétition à Cannes et dont le titre doit être changé dans les prochains jours. « Depuis Une affaire de famille, nous avons sorti tous les films de Kore-eda en décembre – ce qui est devenu son mois fétiche, y compris pour Metropolitan qui a distribué son film coréen Les Bonnes Étoiles. » Il y aura pourtant une exception pour le film suivant du cinéaste japonais, Look Back, en compétition à Venise en septembre et que Le Pacte devrait sortir dès avril 2027. 

Mais un des films les plus attendus depuis Cannes est celui qui a raflé le Prix de la mise en scène : La bola negra des Espagnols Javier Calvo et Javier Ambrossi, alias Los Javis, daté au 16 décembre. « À Cannes, ce fut l’une des plus grosses standing ovations de ces vingt dernières années, avec 20 minutes d’applaudissements. » C’est le deuxième long métrage de Los Javis, mais le premier à sortir en salles, après le succès phénoménal de leur série La Mesías sur Arte. « Un film absolument extraordinaire, qui fait un portrait de l’Espagne en trois parties. Une première période contemporaine, une deuxième qui se passe pendant la guerre civile sous Franco, et une troisième basée sur un texte perdu de Federico García Lorca. Ces trois parties s’entremêlent avec une audace inouïe. Lors des quelques avant-premières, nous avons remarqué combien le film touchait la jeune génération, et pensons que La bola negra, emblématique du renouveau du cinéma espagnol, peut atteindre le public qui a aimé Sirāt. » Le film est prévu sur 350 copies environ, juste avant les fêtes de Noël, aussi bien dans des circuits que des salles art et essai. « Entre Dune et les Avengers, la période va être chargée, mais au vu de l’enthousiasme de la presse et des exploitants, La bola negra peut être le grand film d’auteur de fin d’année. Il y a toujours un public plus âgé, ou de jeunes urbains, qui veut voir autre chose qu’un blockbuster ou le Disney de Noël. » Comme l’a montré… Une affaire de famille à la même période, qui avait terminé à 800 000 entrées.

La Bola negra de Los Javis © Le Pacte

Le Pacte, qui avait connu une baisse de régime en 2025 avec un total de 1,6 M d’entrées, devrait donc terminer l’année en beauté, sachant que ses sorties cumulent déjà 3,9 M d’entrées. Au premier trimestre 2027, le distributeur accompagnera trois gros films français : Seconde Chance, du fidèle Thomas Lilti, avec François Civil, Karim Leklou, Léa Drucker et Miou-Miou, daté au 13 janvier, puis Le Teckel de Mathieu Sapin, une comédie avec Franck Dubosc, qui devrait arriver en janvier ou février. Mystik de Azedine Kasri et Raphaël Quenard est annoncé pour le 17 février. « C’est un film que l’on aime énormément et nous allons faire une très grosse tournée d’une soixantaine de dates, en particulier dans les toutes petites villes et villages, selon la volonté de Raphaël Quenard qui y tient beaucoup. »

En attendant, rendez-vous au Congrès des exploitants pour découvrir le programme du Pacte.

Article publié dans le Boxoffice Pro du 26 août 2026

Fjord de Cristian Mungiu © Le Pacte

Les News