Comme espéré, la fréquentation affiche de bien meilleures couleurs qu’en 2025, qui avait terminé à 156 millions d’entrées. Retour sur six premiers mois dynamiques qui, malgré des périodes plus calmes, laissent entrevoir une deuxième partie d’année très prometteuse.
Article intégral à retrouver dans le Boxoffice Pro du 22 juillet 2026
Avec un premier semestre bouclé à 90,12 millions d’entrées, la fréquentation confirme son retour à un niveau parmi les meilleurs enregistrés depuis le Covid. À titre d’exemple, les seuls cinq premiers mois de 2026 (77,1 millions de spectateurs) dépassent le premier semestre de 2025 (75,3 millions). « C’est un semestre totalement à la hauteur des attentes, constate Sylvain Bethenod, PDG de Vertigo Research. Certaines “mauvaises nouvelles” ont été compensées par d’autres “bonnes nouvelles”, et il y a eu quelques surprises sur les films et les profils de spectateurs qui ont permis de réaliser ces performances. » Pour Éric Marti, directeur général de Rentrak France, ce succès doit beaucoup « au retour à un bon équilibre entre les succès français et américains, et la réussite de nombreux films qui font de ce semestre une performance collective, et pas limitée à quelques titres ». Ainsi, 2026 est, pour l’heure, juste derrière 2023 (91,2 millions d’entrées), qui a pour rappel connu un second semestre moins impactant – malgré un excellent été –, et devant les 85,7 millions d’entrées de 2024 qui, à l’inverse, a réalisé un excellent second semestre.
Un parcours presque sans faute
Dès janvier, les premières semaines donnent le ton : grâce entre autres aux continuations de Avatar : De feu et de cendres, La Femme de ménage et Zootopie 2 – plus de 9 millions d’entrées cumulées sur la période –, la fréquentation se hisse régulièrement à ses plus hauts niveaux post-Covid ; 15,53 millions d’entrées sont décomptées à l’arrivée, soit le meilleur mois de janvier depuis 2019. Ces titres mettent aussi en valeur le retour en force des spectatrices dont le recul de fréquentation avait été plus marqué en 2025 que celui des hommes. « Sur le premier semestre, les entrées des femmes progressent de 22 %, contre 18 % pour les hommes, et elles ont surperformé sur des films comme La Femme de ménage ou Zootopie 2 », pointe Sylvain Bethenod. Dans la foulée de janvier, les vacances d’hiver confirment la très belle dynamique avec Marsupilami, Gourou, Les Enfants de la Résistance, LOL 2.0, Marty Supreme… Le marché est très dense, en témoigne la médiane* du top 20 hebdomadaire qui, sur toute la période, atteint son plus haut niveau depuis 2022 avec 90 000 entrées en moyenne. L’offre est plurielle et attire tous types de publics, notamment les 35-59 ans, soit la catégorie habituellement la plus en retrait. « Sur les 15 millions d’entrées supplémentaires engrangées entre le premier semestre de 2026 et celui de 2025, 50 % sont réalisées par cette cible », souligne le PDG de Vertigo Research, qui cite entre autres Marsupilami : « Un film où les parents ont accompagné leurs enfants, tout en se faisant plaisir. »
Ce rythme finit cependant par fléchir en mars, qui se conclut à 13,2 millions d’entrées ; le deuxième plus faible résultat post-Covid après 2025. Le top 20 hebdomadaire passe même pour la première fois de l’année sous la barre des 2 millions d’entrées – les semaines du 11 et du 25 mars. Cela n’empêche toutefois pas quelques titres de sortir du lot, à l’image de Projet Dernière Chance et Les Rayons et les Ombres. La machine se remet en marche dès le 1er avril, grâce à une grande diversité de nouveautés qui s’emparent des salles : Super Mario Galaxy, The Drama, Compostelle et Plus fort que moi, puis suivent Juste une illusion, Michael, Le Diable s’habille en Prada 2 et Vivaldi et moi. Si elle n’atteint pas les 18,6 millions de spectateurs de 2023, la fréquentation s’approche tout de même des 16 millions d’entrées, et brille par sa constance : entre la semaine du 1er avril et celle du 13 mai, le top 20 hebdomadaire a toujours dépassé les 3 millions d’entrées ; une régularité que seul l’été 2024 avait également connue depuis 2022. « La capacité du marché à redémarrer après quelques semaines de creux est une très bonne nouvelle, car elle réaffirme le goût du public pour le cinéma », note Éric Marti.
Été précoce
Quand bien même les salles sont obscures et coupées du monde extérieur, la météo semble, par la force des choses, avoir réussi à s’y introduire. À partir de la semaine du 20 mai, la France connaît un épisode de chaleur inédit par sa précocité et son intensité et, au même moment, les entrées chutent : le top 20 hebdomadaire baisse de 42 %, puis de 24 % le 27 mai. Les nouveautés ne s’envolent pas aussi haut qu’espéré, les continuations peinent à garder le rythme… Seul Obsession surnage et devient un phénomène, notamment sur sa quatrième semaine, celle du 3 juin, où ses entrées bondissent de 40 % ; hors jours fériés, vacances ou encore opérations tarifaires, aucun film n’avait connu une telle trajectoire depuis 2022. Le long métrage de Curry Barker a été par ailleurs fortement porté par des femmes de -25 ans ; une typologie d’habitude en retrait dans la fréquentation, mais qui a été davantage mobilisée sur ces six premiers mois. La deuxième vague de chaleur, à partir de mi-juin, mène à une dynamique bien plus positive pour la grande majorité des cinémas – bien que certains aient été contraints de fermer. La fermeture de nombreuses écoles conjuguée à la fin de l’année scolaire, la climatisation dans les salles et la sortie de plusieurs titres porteurs – Toy Story 5, Backrooms, Jim Queen… – semblent avoir convaincu de nombreux spectateurs, permettant au top 20 de la semaine du 17 juin d’afficher une hausse de 68 %, à 2,7 millions d’entrées. La semaine suivante, la Fête du Cinéma et la sortie de Des Minions et des monstres prolongent ce mouvement, et permettent au top 20 d’engranger 4,5 millions de billets, soit son meilleur total de l’année.
Dans le même temps, le diptyque La Bataille de Gaulle prend une trajectoire inattendue. Lancé le 3 juin sur plus de 15 000 séances, L’Âge de fer a connu des débuts délicats : 620 000 entrées en 15 jours, recul de 40 % sur sa deuxième semaine… Puis vient sa troisième semaine, où le film d’Antonin Baudry progresse de 17 % là où toutes les autres continuations baissent en moyenne de 36 %. Et sur sa quatrième semaine, pendant la Fête du Cinéma, le long métrage connaît la plus forte hausse du classement, de 71 %, alors que la deuxième partie, J’écris ton nom – avancée du 3 juillet au 26 juin –, enregistre 64 entrées par séance, soit la quatrième meilleure moyenne de l’année sur une semaine d’ouverture. « Avec De Gaulle, on plonge dans de l’inédit pour trois raisons, affirme Éric Marti. Tout d’abord, le profil de la carrière, qui connaît une hausse d’entrées en troisième semaine, ensuite l’ampleur de la reprise, et enfin la sortie du deuxième volet quelques semaines plus tard. Je pense même que les retours encore meilleurs de la deuxième partie ont permis de relancer la dynamique. Ce sont des moments où l’on sort du rationnel. » Les hypothèses pour un tel regain d’intérêt sont multiples : l’influence du vidéaste Inoxtag à travers plusieurs watch parties, la tentation de passer près de 3 heures dans une salle climatisée… Le tout semble, en revanche, être catalysé par un phénomène : le bouche-à-oreille. Le diptyque occupe d’ailleurs les deux premières places du classement des titres au meilleur taux de recommandation, selon Vertigo Research, complété par Marsupilami, L’Abandon et Super Mario Galaxy. La Bataille de Gaulle est donc l’un des grands artisans de l’excellent mois de juin 2026, qui écoule plus de 13 millions de tickets. Ainsi, en deux mois, les cinémas ont réalisé 28 millions d’entrées, soit la deuxième meilleure performance depuis dix ans sur cette période, derrière les 29,9 millions de 2024. « Nous nous rendons de plus en plus compte du potentiel exploitable à cette période, constate Éric Marti. Cela me rappelle quand, il y a 20 ans, les distributeurs étaient très frileux à l’idée de placer un film l’été, avant de comprendre qu’il y avait un public disponible ; bien que mai puisse être, selon les années et l’agencement des jours fériés, plus ou moins favorable. »
Moins de films, plus d’exposition ?
L’une des principales faiblesses de 2025 était son manque de locomotives. Comme expliqué lors du bilan annuel [voir le Boxoffice Pro du 7 janvier 2026], les leaders hebdomadaires de la fréquentation affichaient en moyenne des résultats bien plus faibles que toutes les autres années post-Covid. Le constat est bien plus positif sur le premier semestre de 2026 : 17 nouveautés ont dépassé le million d’entrées pour plus de 38 millions d’entrées cumulées, un total nettement supérieur à celui du premier semestre de 2025 (16 inédits pour 28 millions d’entrées) et de 2024 (13 inédits pour 31,9 millions d’entrées), mais inférieur à 2023 (21 inédits pour 45,8 millions d’entrées). Ce retour en force s’illustre également dans les classements hebdomadaires : chaque semaine, le film le plus vu réalise en moyenne 850 000 entrées, soit le deuxième meilleur résultat sur ces cinq dernières années après les 904 000 entrées de 2023. À noter toutefois que le leader hebdomadaire de 2026 enregistre en moyenne 41 entrées par séance, contre 49 en 2023 et 47 en 2024. Un écart qui s’explique par les 19 900 projections hebdomadaires dont il bénéficie en moyenne ; un record post-Covid, illustré par les 29 500 séances de Super Mario Galaxy en troisième semaine – aucun titre n’a connu plus de diffusion dans la base de données Showtimes Dashboard.
De manière générale, les films diffusés à grande échelle suivent la même trajectoire : un nombre d’entrées brut inférieur à 2023, et une moyenne par séance souvent derrière 2024 en raison d’un nombre de projections très élevé. Mais cette large diffusion semble toutefois restreinte à quelques titres : en effet, au cours de ces six premiers mois, le cap des 15 000 séances hebdomadaires a été franchi à 29 reprises, et celui des 10 000 séances à 81 reprises – en ne comptant que les films sortis en 2026. Depuis 2022, il s’agit respectivement du deuxième niveau le plus bas et le volume le plus faible enregistrés. En outre, le premier semestre de 2026 est, depuis 2022, celui qui compte le moins de sorties avec minimum 10 000 ou 15 000 projections sur leur semaine d’ouverture. Ce qui signifierait donc que peu de titres sont diffusés à grande échelle, mais qu’ils y restent plus longtemps et sur une combinaison de séances généralement plus importante. Si les causes sont difficilement identifiables, cela peut être lié à la tendance baissière du nombre de nouveautés cette année qui s’établit à 367, contre 411 en 2025, 390 en 2024 et 383 en 2023. Cela peut également être une conséquence du bouche-à-oreille très favorable dont bénéficient de nombreux titres depuis le début de l’année, les amenant à rester plus longtemps en haut de l’affiche ; Sylvain Bethenod souligne en effet « une appréciation assez incroyable des films qui ont réussi à fédérer un large public ». Le PDG de Vertigo Research rappelle toutefois que l’opinion ne fait pas le succès, et que certaines sorties auraient, justement, pu aller encore plus haut si elles n’avaient pas rencontré « un problème de notoriété ».
L’art et essai à surveiller
Cette très bonne dynamique n’a cependant pas profité à tout le monde. Particulièrement, les films et les cinémas art et essai sont en moins bonne forme, en raison notamment de moins de titres porteurs recommandés ; un constat qu’avaient établi Christine Beauchemin-Flot et Martin Bidou du SCARE en février [voir notre Émission Boxoffice Pro du 5 février], puis Guillaume Bachy de l’AFCAE en avril [voir notre Émission Boxoffice Pro du 16 avril]. Le calendrier reste encore très déséquilibré, et les premiers mois de l’année, malgré quelques succès, sont peu fournis. La dynamique s’est drastiquement accélérée au moment du Festival de Cannes, mais, là aussi, le constat est mitigé : « Les films de grands auteurs n’ont pas été de grands succès, et, dans le même temps, La Vénus électrique et L’Abandon s’en sont très bien sortis », rapporte Éric Marti. Sylvain Bethenod évoque pour sa part « un volume d’offres important sur une cible similaire, ce qui a amené à de la cannibalisation d’entrées ». Pour l’heure, Marty Supreme domine le classement avec 1 million d’entrées, suivi de Les Rayons et les Ombres (905 000 entrées), du Mage du Kremlin (690 000 entrées), de L’Abandon (675 000 entrées) et de La Vénus électrique (640 000 entrées). Et parmi les bonnes surprises, notons les 390 000 entrées de Plus fort que moi (plus grand succès de Tandem), les 340 000 de Vivaldi et moi, les 265 000 de Rue Málaga ou encore les 260 000 du Gâteau du président.
Un second semestre à pleine vitesse ?
Au regard de ce que le premier semestre a fourni, il y a fort à parier que les six prochains mois connaîtront la même dynamique ; à condition toutefois de ne pas reproduire la trajectoire de 2023, marquée par un excellent été suivi d’un creux jusqu’à fin décembre. Dès septembre, l’année référence devient 2024, qui a réalisé 63,8 millions d’entrées sur ses quatre derniers mois. Concernant juillet et août 2026, après une très belle Fête du Cinéma, les résultats de L’Odyssée (près de 1,4 million d’entrées au premier week-end) et de Spider-Man : Brand New Day [voir pp. 25-26] seront déterminants pour s’assurer d’une bonne fréquentation globale. Éric Marti note pour sa part De la Comédie-Française, qui pourra très certainement mobiliser un public convaincu par un très bon bouche-à-oreille, « comme ce qu’a pu montrer le premier semestre ». La saison cannoise démarre dès août avec Soudain de Ryusuke Hamaguchi le 12, puis la Palme d’or Fjord de Cristian Mungiu le 19 et L’Inconnue d’Arthur Harari le 26. Le directeur général de Rentrak France souligne en outre que l’offre contient « plusieurs cartouches à des moments critiques (en septembre et en novembre) », qui devraient permettre d’éviter le « creux » de 2023. Émilien Robert évoque pour sa part, parmi les titres les plus en vue sur AlloCiné, La Pat’ Patrouille 3 (5 août), Undertone (12 août), Verity (30 septembre), Les Misérables (14 octobre), Hunger Games : Lever de soleil sur la moisson (18 novembre), Astérix – Le Royaume de Nubie (2 décembre), Changer l’eau des fleurs (9 décembre), Dune : Troisième partie et Avengers : Doomsday (16 décembre). Sans oublier, parmi les cannois, Karma de Guillaume Canet (21 octobre) et Garance de Jeanne Herry (23 septembre). Le Business Analyst de The Boxoffice Company note également que la tendance sur le film historique se prolongera avec Pressure (9 septembre), Notre salut (30 septembre), Justin le Juste (23 septembre), Moulin (28 octobre), Coward (18 novembre) et, « par extension », La Bola Negra (16 décembre). Autant de titres qui laissent espérer un cumul final à plus de 185 millions, voire 190. Sylvain Bethenod penche pour la fourchette basse, notamment composée d’un excellent mois de novembre, et un mois de décembre où il faudra surveiller « les limites du marché ». Tout en évoquant l’importance de ces paliers de fréquentation, Éric Marti affiche pour sa part un autre objectif chiffré : « Notre marché se situe à 1,3 milliard d’euros de recettes, ce qui est autant que 2018 ; le but est désormais de passer à 1,5 milliard ! »
* Valeur centrale d’une liste triée par ordre croissant ou décroissant : la moitié de la liste se situe au-dessus, l’autre moitié en dessous. La médiane met ainsi en avant l’homogénéité d’une liste.


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