Présentée le 24 juin à Annecy, l’étude annuelle du CNC confirme la créativité de la production française d’animation. Mais derrière ce dynamisme, le secteur fait face à un recul de l’activité audiovisuelle, à une baisse de l’emploi et à un marché salles moins porteur qu’en 2024.
Cette édition du Festival d’Annecy avait « une saveur particulière » pour le président du CNC qui, en introduction de la présentation des indicateurs du secteur, a souligné la place occupée par la création française au sein de la sélection du festival – dont 4 des 11 longs métrages en compétition* –, sans oublier la nomination aux Oscars reçue par le Cristal de 2025, Arco, en janvier dernier. Et pourtant, ce secteur que l’on peut prendre comme « maître-étalon lorsqu’il s’agit de raconter la réussite de notre modèle », traverse une crise « un peu généralisée »…
La vitalité record de la production cinéma
Alors que la production audiovisuelle recule, sous l’effet de la baisse des investissements de la quasi-totalité des diffuseurs – hors France Télévisions –, en 2025, 16 longs métrages cinéma d’initiative française ont été agréés, soit le deuxième plus haut niveau observé après le record de 2023 (18 films). Depuis 2019, le seuil des dix productions annuelles est systématiquement dépassé. Cette dynamique s’accompagne d’un important renouvellement des talents. Entre 2006 et 2025, près d’un film d’animation sur deux (45,2 %) est un premier long métrage, contre 30,4 % pour l’ensemble de la production cinématographique.
Les devis 2025 sont très diversifiés, des 800 000 euros du Vertige de Quentin Dupieux aux 20,7 millions d’euros de Wings of Freedom de Laurent Zeitoun, Emmanuel Gorinstein et François-Xavier Aubague. Et bien entendu, les coproductions restent incontournables : depuis 2006, elles concernent près de 70 % des films d’animation français, dont la moitié avec la Belgique.
Une fréquentation en retrait dans les salles
Les 54 films d’animation sortis en première exclusivité, toutes origines confondues, dans les salles françaises (soit 6,7 % de l’ensemble des films inédits) ont totalisé 19,5 millions d’entrées (soit 14,8 % de la fréquentation des films inédits). Un niveau inférieur à la moyenne de la décennie (16 %) et en recul de 35,5 % par rapport à 2024.
Cette régression s’explique avant tout par celle des productions américaines. Avec seulement 8 sorties (contre 10 en 2024 et une moyenne de 13 entre 2016 et 2019), les films d’animation américains ont vu leur fréquentation divisée par deux, de 25 millions à 12 millions d’entrées, faisant reculer leur part de marché de 82,1 % à 62 %.
À l’inverse, l’animation française a été représentée par une offre record avec 16 sorties inédites. Celles-ci ont totalisé 2,9 millions d’entrées dans les salles (contre 2,4 millions un an plus tôt). De quoi remonter leur part de marché à 14,8 %, en ligne avec la moyenne de la décennie (13,8 %).
L’année 2025 a également été marquée par un titre japonais, Demon Slayer: Kimetsu no Yaiba – La Forteresse infinie, premier film non américain à figurer dans le top 3 annuel de l’animation depuis 2009.
Au total, les films d’animation ont généré 142,5 millions d’euros de recettes dans les salles françaises. La recette moyenne atteint 7,31 euros par entrée, en progression de 19,6 % par rapport à la moyenne 2017-2019. « Une hausse plus importante que pour l’ensemble des films en première exclusivité (+12,6 % à 7,67 €), portée par le premium qui représente 6 % des recettes », observe le CNC.
À lire aussi │L’animation, la flamme de la fréquentation ?
Le rebond de l’export cinéma
À l’international, l’animation redevient en 2025 le premier segment exporté du cinéma français. Les films d’animation français ont ainsi totalisé 13,2 millions d’entrées hors de France, leur deuxième meilleur résultat de la décennie. Ce rebond de 95,4 % par rapport à 2024, et de plus de 80 % par rapport à la moyenne décennale, repose notamment sur les succès de Flow (coproduction minoritaire), Falcon Express et Une nuit au zoo (coproduction minoritaire). L’international demeure un débouché essentiel pour le secteur, puisque sur la période 2016-2025, plus des deux tiers des entrées des films français d’animation en première exclusivité (68,4 %) ont été enregistrés hors du territoire national
Audiovisuel et emploi sous pression
Le constat est en revanche plus préoccupant pour les chiffres limités à 2024 de l’animation audiovisuelle, dont les exportations poursuivent leur baisse, avec un repli des ventes sur la plupart des territoires. L’Amérique du Nord enregistre la chute la plus marquée (-36,8 % sur un an), à son plus bas niveau depuis 2008. Selon le CNC, l’animation audiovisuelle doit en outre composer avec l’importance croissante des IP et des acheteurs qui prennent moins de risques. Un secteur qui « pâtit davantage de la rationalisation des investissements des acheteurs ».
Malgré ce contexte, la France gagne une place dans le classement des productions les plus présentes sur les plateformes de vidéo à la demande par abonnement à l’international. Elle se hisse au quatrième rang mondial et conserve sa deuxième place européenne derrière le Royaume-Uni, avec 298 séries françaises disponibles dans 51 pays.
Enfin, après deux années record, les effectifs des entreprises d’animation reculent de 8,1 % entre 2023 et 2025, à 9 149 salariés. Le niveau reste toutefois supérieur de près de 15 % à celui observé en 2018. Les moins de 30 ans sont les premiers touchés, avec une baisse de 28 % des effectifs sur deux ans. Les femmes représentent désormais 44,3 % des salariés et 51,1 % des primo-entrants intermittents ; un niveau record qui confirme la poursuite de la féminisation de la filière.
* Carmen, l’oiseau rebelle de Sébastien Laudenbach, Le Corset de Louis Clichy, Lucy Lost d’Olivier Clert et Le Dossier de l’aube de Rupert Wyatt, Alexis Bloom et Émilie Phoung

Partager cet article