Entre des meilleures moyennes par séance, le développement de la japanimation et le succès des visas exceptionnels, l’animation s’affirme chaque année comme un précieux réservoir d’entrées. Retour sur les clés de cette attractivité et sur les perspectives de l’exercice en cours.
Depuis 30 ans, alors que la fréquentation française a gagné des dizaines de millions d’entrées et que le nombre de sorties a plus que doublé, la place du cinéma d’animation a, elle aussi, connu une forte progression. En effet, durant la deuxième moitié des années 1990, dix titres d’animation sortaient en moyenne, générant 9,1 millions d’entrées. Au sein d’un volume de sorties oscillant autour des 450 films annuels et des 135 millions de spectateurs*, cela représente des parts de marché respectives de 2,2 % et 6,8 %. Le secteur compte, depuis 2022, une moyenne de 56 sorties d’animation pour 24,5 millions d’entrées (soit des parts respectives de 7,7 % et 16,8 %). L’animation n’a donc pas seulement accompagné la reconquête du public, elle en a été un moteur essentiel. Depuis la pandémie, particulièrement 2023 et 2024 ont été des exercices records – grâce entre autres à Super Mario Bros., Élémentaire, Vice-versa 2, Vaiana 2 et Flow – avec une part de marché d’environ 19 % pour près de 30 millions d’entrées, retrouvant ainsi un niveau similaire à l’avant-Covid. À l’inverse, le constat est plus mesuré pour 2022 et 2025, qui affichent des parts de marché de 14 % pour près de 19 millions de spectateurs.
Des cadets préférés aux aînés
L’animation demeure une catégorie dont les performances en salles atteignent des niveaux proportionnellement supérieurs à ceux de la fiction. Précisément, Zootopie 2, Vice-versa 2 et Vaiana 2 s’imposent comme les plus grands succès du genre depuis Le Monde de Nemo (9,4 millions d’entrées en 2003), dépassant chacun le cap des 8 millions d’entrées** [voir ci-contre le top 15 depuis 2016]. Ces trois titres Disney illustrent également une augmentation significative de la fréquentation pour certaines suites sorties plusieurs années après le volet initial. En effet, comme le soulignait récemment Sylvain Bethenod de Vertigo Research [voir le Boxoffice Pro du 4 février 2026], ces longs métrages, contrairement à leurs prédécesseurs, fédèrent plusieurs segments de spectateurs : une cible classique (le jeune public) couplée à une cible supplémentaire, plus âgée (adolescents et jeunes adultes, qui ont grandi avec certains de ces titres). Ainsi, Zootopie 2 et Vice-versa 2 ont chacun réalisé 4 millions d’entrées de plus que le premier volet sorti neuf ans plus tôt ; Vaiana 2 a enregistré 2,5 millions d’entrées supplémentaires par rapport à Vaiana (sorti huit ans auparavant), tout comme La Reine des neiges II (2019), qui a réalisé 2,4 millions d’entrées de plus que le premier opus de 2013.
Des séances (exceptionnellement) plus remplies
L’animation s’affirme également comme le genre enregistrant chaque année les meilleures moyennes par séance (e/s), avec 24 e/s en moyenne depuis 2022 ; à titre de comparaison, la fiction et le documentaire se situent à 18 e/s, tandis que la moyenne globale des nouveautés s’établit à 19 e/s. Les nouveautés de l’animation surperforment particulièrement lorsqu’elles bénéficient d’une distribution à grande échelle : depuis 2022, l’ensemble des sorties d’animation programmées sur au moins 10 000 séances en première semaine ont enregistré une moyenne de 33 e/s, contre 21 e/s toutes catégories confondues.
À ce phénomène s’ajoute l’essor considérable de l’animation japonaise (anime), souvent adaptée de mangas. D’ordinaire réservées au petit écran, ces séries ont commencé à s’imposer au cinéma à partir de 2021, dans le sillage du rachat par Sony de Crunchyroll, le leader mondial du streaming d’animes [voir le Boxoffice Pro du 27 août 2025]. Cette percée sur grand écran est une évolution logique : la France étant le deuxième consommateur mondial de mangas après le Japon, le public répond présent. Cet engouement se traduit notamment par la multiplication des sorties sous visa exceptionnel (limitées à 500 projections), proposant fréquemment la diffusion d’épisodes inédits. Ainsi, parmi les performances notables depuis 2021, Look Back a réalisé 51 e/s pour 23 000 entrées, Solo Leveling -Reawakening- 75 e/s pour 24 000 entrées et L’Attaque des Titans : La Dernière Attaque 208 e/s pour 86 000 entrées. L’un des exemples les plus marquants reste Demon Slayer, dont la quasi-totalité des déclinaisons cinématographiques a rencontré un vif succès. À la réouverture des salles de 2021, Le Train de l’infini a connu une sortie classique qui a attiré plus de 700 000 spectateurs (dont 41 e/s sur sa semaine d’ouverture). Par la suite, les diffusions sous visa exceptionnel de En route pour le village des forgerons (2023) et de En route vers l’entraînement des piliers (2024) ont respectivement atteint 356 e/s et 317 e/s. Une dynamique qui a abouti, en septembre 2025, à la sortie sous visa classique de La Forteresse infinie, qui a écoulé plus de 1,7 million de billets, dont 57 e/s en première semaine. Ce volet de Demon Slayer est ainsi devenu le plus grand succès pour une œuvre japonaise d’animation depuis plus de dix ans, dépassant les 1,6 million d’entrées du Garçon et le Héron de Hayao Miyazaki.
Quelle hauteur pour la vague 2026 ?
Pour l’heure, le principal succès d’animation de 2026 est Super Mario Galaxy avec plus de 5,5 millions d’entrées, et un record de 86 000 séances en trois semaines, soit 28 600 projections hebdomadaires. À côté, Jumpers a dépassé le million d’entrées, tandis que d’autres sorties ont atteint quelques centaines de milliers d’entrées, à l’instar de Goat – Rêver plus haut, Les Légendaires, Biscuit le chien fantastique ou encore The Amazing Digital Circus, sorti sous visa exceptionnel [voir plus bas]. Le calendrier des sorties d’animation reste toutefois asymétrique, les principales sorties étant souvent réparties sur la deuxième partie de l’année, entre la Fête du Cinéma et les vacances de Noël. En effet, en 2025, 100 % des titres d’animation millionnaires sont sortis à partir de juin, 83 % en 2024 et 78 % en 2023. Seul 2022 est en quasi-équilibre, avec une part de 57 %.
Pour la suite de l’exercice, les attentes se tournent vers des franchises majeures telles que Toy Story 5, Des Minions et des monstres, La Pat’ Patrouille 3, Astérix et le Royaume de Nubie, mais également Le Chat chapeauté. D’autres animations auteurs, majoritairement présentées au Festival d’Annecy, dynamiseront également le marché, à l’instar de In Waves [voir p. 17], du Corset [voir pp. 14-16] ou de Carmen l’oiseau rebelle. Ces offres viendront compléter les propositions ciblées jeune public, qui bénéficient mécaniquement d’une hausse de fréquentation à l’approche des vacances scolaires. En attendant, et même si le secteur de la production animée, particulièrement sérielle, traverse une crise inédite qui ne devrait pas s’atténuer avec le développement de l’intelligence artificielle, le public est toujours au cinéma.
Retrouver l’article en intégralité dans le Boxoffice Pro du 10 juin 2026.
* En ne comptant que les films en première exclusivité.
** Ici, et selon les catégorisations du CNC et de Rentrak France, la version live action du Roi Lion (10 millions d’entrées en 2019) n’est pas comptabilisée comme un film d’animation.

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