Fusion Warner-Paramount : feu vert du ministère américain de la Justice 

U.S. Department of Justice (DOJ), Washington DC © Ajay Suresh

Après huit mois d’examen, le ministère américain de la Justice (DoJ) a officiellement clos son enquête sur le projet de rachat de Warner Bros. Discovery par Paramount-Skydance, balayant les arguments et parallèles historiques avancés par les opposants à l’opération.

Dans sa déclaration du 12 juin 2026 actant la clôture de l’enquête, la division antitrust du DoJ indique avoir analysé les effets de la transaction sur trois segments clés : la SVOD, la télévision linéaire et le développement, la production et la distribution de films en salles. L’autorité estime que l’opération ne devrait pas nuire à la concurrence et pourrait même la renforcer, notamment dans le streaming.

Streaming

Concernant le streaming, le DoJ considère que Paramount+ et les plateformes de Warner Bros. – HBO Max et Discovery+ – demeurent de taille inférieure aux leaders du marché que sont Netflix, Disney et Amazon. L’entité combinée serait davantage en mesure de faire pression sur les leaders du marché que de réduire le choix des consommateurs. Selon le régulateur, le nouvel ensemble devrait ainsi « accroître la concurrence en proposant aux consommateurs une alternative plus robuste aux principales offres de SVOD ».
L’autorité rejette également l’idée que le groupe puisse réserver massivement ses contenus à ses propres plateformes. Elle souligne n’avoir identifié « aucun élément de preuve » suggérant que les pratiques historiques de Paramount en matière de licences de contenus prendraient fin après la fusion.

TV linéaire

Le DoJ rappelle le « déclin régulier » de la télévision linéaire dans un marché marqué par un recul structurel lié au basculement vers le streaming. Historiquement, la télévision a compensé la pression concurrentielle via l’exclusivité de contenus en direct, notamment le sport et l’information. Mais le régulateur note que les services de streaming concurrencent désormais activement ces programmes, y compris les droits sportifs et les contenus d’actualité, exerçant une pression croissante sur les réseaux traditionnels, contraints de sécuriser des contenus à coûts élevés. Dans ce contexte, le DoJ estime que l’acquisition examinée « n’est pas susceptible de nuire à la concurrence pour la télévision linéaire compte tenu du paysage concurrentiel » déjà établi sur les programmes en direct.

Production et distribution de films en salles

Pour la division antitrust, le cinéma demeure caractérisé par une concurrence « robuste » entre les studios – Disney, Universal, Sony, Lionsgate ou Amazon MGM – mais aussi par la montée en puissance d’acteurs indépendants comme A24, NEON ou Blumhouse, ainsi que Netflix et Apple, qui ont « manifesté un intérêt continu pour la sortie en salles en tant qu’activité complémentaire à la SVOD ». L’opération n’est donc pas susceptible de nuire à la concurrence dans le développement, la production ou la distribution de films destinés aux salles, le DoJ estimant au contraire que « la concurrence étendue au sein de l’industrie » a permis un accroissement de la production et de la diversité de l’offre.
L’autorité prend ainsi pour exemple les budgets à plus de 100 M$ qui seront prochainement proposés par les studios non traditionnels – comme Hunger Games : Lever de soleil sur la moisson (Lionsgate), Narnia (Netflix) et Elden Ring (A24) –, ainsi que les succès confirmés de Projet dernière chance (Amazon MGM), Backrooms (A24), Obsession (Blumhouse)… Autant d’évolutions du paysage concurrentiel qui, pour l’autorité, suggèrent que les acteurs de la production et la distribution en salles seront fortement incités à « continuer à générer et à distribuer du contenu ».
Le DoJ juge par ailleurs la comparaison avec la fusion Disney/Fox « fondamentalement erronée », celle-ci ayant été finalisée avant la pandémie de Covid-19, qui a profondément transformé les modes de production et de consommation. Depuis, Disney a au contraire « considérablement augmenté ses dépenses totales de production de contenu ». Le régulateur rappelle également que les modèles économiques des studios ne sont pas comparables, entre groupes intégrés et acteurs « pure-play » comme Paramount.
Par ailleurs, les préoccupations liées au marché du travail créatif ne soulèvent pas de problèmes antitrust « recevables » selon le DoJ, aucune preuve substantielle ne suggérant une réduction de la production.

Le régulateur précise enfin avoir conduit une enquête approfondie, fondée sur plus de deux millions de documents, des volumes importants de données et de nombreuses contributions d’acteurs du secteur. Les procureurs généraux de plusieurs États ont également été associés aux travaux. « Ces efforts d’investigation ont tous mené à la même conclusion : l’industrie du cinéma et de la télévision est hautement dynamique, et la transaction proposée n’est pas susceptible de nuire à la concurrence ou aux consommateurs américains. » 

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