Dans le contexte de fortes tensions autour de Canal+ suscitées par la tribune “Zapper Bolloré”, la rencontre de ce 19 mai au Café des Cinéastes de l’ACID à Cannes autour de la politique éditoriale de France Télévisions en matière de financement et de diffusion du cinéma a naturellement dérivé vers la fragilité du financement des films et l’avenir de la chronologie des médias.
Alors que France Télévisions est fragilisé par les débats autour de son financement, relancés notamment par le rapport Alloncle, et par plusieurs années de baisse de ses ressources, le groupe public peut-il être le rempart du cinéma français ? Sans reprendre explicitement la dimension politique de la polémique “Bolloré”, Manuel Alduy, directeur du cinéma de France Télévisions, a néanmoins décrit l’année « chaotique » qui a suivi le nouvel accord cinéma signé par Canal+, « avec une réduction du nombre de films » et l’arrivée du nouvel acteur Disney+. Résultat : « On était souvent confrontés à devoir exprimer notre envie d’être sur un film, voire de le chiffrer, sans savoir si la première fenêtre payante serait là, et à quel prix. » Avec une répercussion particulière sur les films du milieu, dont le directeur du cinéma de France Télévisions est pleinement conscient.
La chronologie des médias : un « mariage » en péril ?
Pour le groupe public, le cinéma reste un « genre culturel différent de tous nos autres programmes, parce qu’il existe indépendamment de France Télévisions ». Dès lors, le diffuseur reste très attaché à la salle, « qui incarne le lancement du film ». Rappelant que les chaînes gratuites restent « les derniers dans un schéma de financement » et «les derniers en exploitation », Manuel Alduy estime la chronologie des médias « un peu obsolète ». Car si le dirigeant ne remet aucunement en cause les 4 mois d’exclusivité salle, les discussions entre acteurs des fenêtres de diffusion suivantes s’annoncent tendues. « La chronologie des médias, c’est un “mariage polygame”. Si quelqu’un n’a plus envie d’être dedans, ça appelle un divorce » lance-t-il, en observant que la chronologie des médias constitue un avantage pour les opérateurs privés payants ; « les chaînes gratuites n’en ont pas besoin ».
Manuel Alduy n’en est pas moins conscient de la fragilité économique de France Télévisions. « Nous n’avons pas de trajectoire budgétaire qui nous permette d’anticiper nos possibilités d’investir dans le cinéma ». Une situation d’autant plus complexe que le groupe public amortit aujourd’hui des investissements décidés plusieurs années plus tôt, dans un contexte budgétaire depuis dégradé.
Pas de quoi rassurer la filière. Dans un paysage fragmenté, voire désormais divisé, jusqu’où le service public peut-il encore garantir un certain équilibre du financement du cinéma français ?

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