Plus qu’un cinéma, le lieu culturel et social porté par La Sierra Prod voit le jour ce 29 avril boulevard Ney, à Paris, après une longue gestation.
Après La Clef en début d’année, la capitale se dote d’un nouveau cinéma avec l’ouverture du CiNey, dans le 18e arrondissement. L’établissement, présidé par Joëlle Loncol – par ailleurs présidente de La Sierra Prod –, s’articule autour de trois piliers : un pôle culture abritant les deux salles de 85 et 89 places – dont 3 PMR chacune –, un studio d’enregistrement, une salle de postproduction, un espace scénique et une salle polyvalente ; un pôle mieux-manger animé par l’Armée du Salut contenant une épicerie, un restaurant et une cuisine partagée ; un pôle insertion animé par La Mission Locale de Paris.
Ce projet ambitieux avait pourtant une toute autre forme à son début. « Initialement, nous projetions un cinéma sous chapiteau couplé à un espace culinaire, raconte Nora Leïla Mansour, directrice du CiNey. Validé en 2018, ce projet a été stoppé par la pandémie. En concertation avec la Ville et la mairie du 18e, nous avons finalement pivoté pour pérenniser le projet dans cet ancien Bricorama. » Le cinéma reste multifonction en conservant son lien avec la cuisine, et ajoute un espace d’insertion dans un contexte de fragilisation sociale accrue depuis le Covid, particulièrement dans les quartiers populaires du nord de Paris. « C’est assez exceptionnel d’avoir un cinéma regroupant autant de possibilités d’avant et d’après-séance, surtout à Paris », souligne l’architecte Olivier Palatre. Dans ce lieu, le parcours spectateur a été pensé de manière à relier facilement tous les espaces, qui ainsi s’enrichissent mutuellement. « Par exemple, étant donné que cette antenne de La Mission Locale est spécialisée dans l’entrepreneuriat culturel, elle va accueillir des jeunes de toute la ville, qui pourront par la même occasion découvrir le cinéma et, plus globalement, ce lieu protéiforme », explique le directeur-programmateur Guillaume Louradour.

Un espace pour les habitants
Si le quartier où s’installe le CiNey fait depuis plus d’une décennie l’objet de d’importantes transformations urbaines, Nora Leïla Mansour regrette que ces nouvelles structures « n’aient pas impliqué les habitants ». À l’inverse, La Sierra Prod, dès sa fondation en 2008, a mis un point d’honneur à collaborer avec les locaux, pour « construire cette mixité permettant de créer du lien social ». « Le CiNey est un espace qui lie les habitations, tout comme il existait, à l’époque des HBM [habitations à bon marché, ancêtres des HLM, ndlr.], une pièce où les résidents se retrouvaient et discutaient », compare Olivier Palatre. La programmation compte s’adapter à la population du quartier en visant le classement art et essai ainsi que quatre labels – Patrimoine et répertoire, Jeune public, 15-25 et Courts métrages. Si les sorties nationales seront rares, le CiNey ne se veut pas pour autant un simple cinéma de continuation. Des touches plus généralistes seront apportées, en plus d’une diffusion accrue des « cinémas du monde, afin de montrer des cinématographies peu répandues mais qui parlent aux différentes diasporas du quartier », expose Guillaume Louradour.
Le CiNey compte également s’impliquer dans l’éducation à l’image ainsi que l’événementiel, et mise sur une programmation participative via les comités d’habitants. Par exemple, le “CiNey Club” proposera un coup de cœur mensuel en invitant l’équipe du film, “La séance des habitants” permettra d’inclure pendant quatre semaines un titre au choix dans la programmation, et enfin un comité d’ambassadeurs 15-25.
Les différents espaces de l’établissement pourront être mis à contribution pour des soirées événements à l’instar de la salle polyvalente, créée à la demande des résidents. Pensée comme partie intégrante du pôle culture du CiNey, cette salle pourra également être louée par des associations, des habitants, et à des fins BtoB. La confiserie prolonge le lien avec le local en proposant du popcorn, des sodas et des jus de fruits biologiques et artisanaux. En parallèle, l’équipe est à la recherche d’un modèle d’ecocup réutilisable pour le popcorn, et ainsi « éviter de jeter sans cesse du carton ». Enfin, la salle de montage AVID* et le studio d’étalonnage – pouvant être lié à l’une des salles de cinéma – serviront aussi bien aux professionnels qu’à de plus jeunes structures. « Nous voulons rendre possibles les envies des artistes, voire créer un réseau professionnel », avance Nora Leïla Mansour. Ces espaces illustrent l’intérêt de La Sierra Prod pour la pratique du cinéma, l’association ayant réalisé sept longs métrages sur les transformations urbaines du quartier. Un autre film, sur la construction du cinéma, est en tournage depuis trois ans, et devrait être terminé d’ici la fin de l’année.
Objectif 50 000 entrées
La grille tarifaire propose un plein tarif à 9 €, de telle sorte à ne pas « mettre la culture au rabais », avance Olivier Palatre. Guillaume Louradour ajoute que le CiNey démarrera sans les cartes illimitées, un choix « peut-être risqué » mais qui permettra à l’établissement de se concentrer sur les habitants peu familiers du cinéma. Toutefois, comme le CiNey intégrera les Cinémas Indépendants Parisiens, il acceptera la carte de places pré-achetées de l’association. La confiserie sera quant à elle proposée à des prix équivalents, voire moindres, que dans les multiplexes, quitte à « baisser un peu nos marges ».
L’étude du cabinet Ciné Conseil réalisée en 2022 table sur 30 000 entrées en première année, puis 50 000 en vitesse de croisière. Pour ce faire, le cinéma sera ouvert, lors de ses premiers mois, de 14h à 23h les lundis, mercredis, samedis et dimanches, et de 17h à 23h les mardis, jeudis et vendredis, pour un total de 55 séances hebdomadaires hors scolaires.

* Société développant entre autres Media Composer, un des logiciels de montage professionnel les plus utilisés.


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