Simon Robert et Guillaume De Castro, deux jeunes professionnels d’une dizaine d’années d’expérience dans l’industrie cinématographique, annoncent la création de leur société de distribution, autour d’une ligne éditoriale ouverte sur le monde et une stratégie digitale innovante. Quatre films sont déjà datés en 2026.
C’est un mélange d’excitation et d’appréhension qui anime les deux entrepreneurs au moment d’officialiser le lancement de Motel dans le bain de la distribution. Le duo affiche des parcours complémentaires : Guillaume De Castro a forgé son expertise dans l’édition vidéo chez ESC puis The Jokers, avec également quelques expériences en technique et en programmation, tandis que Simon Robert a officié dans le marketing, chez Bac Films, Le Pacte puis Zinc. « Cela fait 10 ans que nous nous connaissons et avons toujours eu l’envie entrepreneuriale. Cela fait un an qu’on travaille sur Motel, ce qui nous a permis de mûrir le projet, grâce, notamment, aux précieux conseils de Jean Labadie [fondateur du Pacte, ndlr.] et de Mathieu Robinet [patron de Tandem, ndlr.]. En prenant le temps d’analyser le marché, il nous a semblé qu’il y avait une place à prendre », explique Simon Robert, président de la société. Pour Guillaume De Castro, directeur général, « si l’opportunité se présente, il ne faut pas attendre. Le contexte nous a paru favorable, avec de nombreux films attendus par les spectateurs qui ne sortent pas dans les salles françaises mais y auraient toute leur place : nous pensons qu’il y a un cinéma à défendre, et à défendre en salle, qui reste incontournable ».

Mads Mikkelsen en ouverture
Avec Motel, l’ambition est de proposer de faire voyager les spectateurs, sans spécificité de territoire, à travers des œuvres qui regardent le monde. Pour composer leur premier line-up, les deux associés ont regardé une centaine de titres et en ont déjà acheté quatre, « à la faveur d’une tendance baissière des minima garantis rendant les films plus accessibles », souligne Guillaume De Castro. Le néo-distributeur a acquis auprès de Trustnordisk tous les mandats de The Last Viking, sixième long de Anders Thomas Jensen. Présenté, entre autres, hors compétition à Venise, puis à Toronto, Les Arcs, en ouverture d’Hallucinations Collectives ou encore Reims Polar, le film suit un braqueur de banque (Nikolaj Lie Kaas) qui, sorti de prison, part retrouver son frère (Mads Mikkelsen), le seul à savoir où est caché le butin. Mais ce dernier, convaincu d’être la réincarnation de John Lennon, l’entraîne dans un voyage aussi inattendu qu’improbable. « C’est une comédie noire dans la lignée de Fargo des frères Coen mais en version danoise », résume Simon Robert. Succès au Danemark avec plus de 700 000 entrées ainsi que dans d’autres territoires européens, le film sera lancé le 10 juin sur environ 150 copies, en VO et en VF, porté par un plan média d’envergure (achat d’espace presse, digital, avant-séance et éventuel affichage à Paris), « pour toucher à la fois un public art et essai mais aussi généraliste, sachant que Mads Mikkelsen nous a fait part de son envie de venir en France pour accompagner la sortie ». Si Hopscotch Cinéma pilote les relations presse, pour la programmation, les deux dirigeants de Motel s’appuient sur Claire Deshaies, freelance après avoir travaillé chez Les Films du Préau puis Bac Films, avec l’objectif de recruter une personne à la direction de la programmation en 2027.

Cet été, à une période où « les salles, principalement indépendantes, ont besoin de thrillers d’auteurs internationaux comme contre-programmation aux blockbusters estivaux », le distributeur sortira Bogotá 85 le 5 août, sur quelque 60 copies. Passé par Toronto ou encore Cine Latino en France, ce premier film du cinéaste colombien Tomás Corredor relate la prise d’otage de magistrats par une milice, qui se retrouve à son tour encerclée par l’armée. « Cela vient poser la question de qui est vraiment le preneur d’otage, à travers un huis clos très immersif de 1h15. C’est un événement historique qui a marqué la Colombie mais assez méconnu en France », indique Guillaume De Castro, évoquant notamment 5 Septembre de Tim Fehlbaumcomme récent comparable.
Le 2 septembre suivra Sovereign (titre provisoire), sur une combinaison de 100 à 150 copies, premier film de l’Américain Christian Swegal, avec Nick Offerman, Dennis Quaid et Jacob Tremblay. L’histoire d’un père souverainiste qui endoctrine son fils, jusqu’à ce que ce dernier remette petit à petit en question l’idéologie paternelle. « Il y a une tension qui monte inexorablement vers une fin que l’on ne révèlera pas », glisse le directeur général de Motel à propos d’une œuvre « qui parle de l’Amérique de Trump sans jamais le citer ». La sortie début septembre coïncide avec la campagne des élections de mi-mandat outre-Atlantique, « qui seront largement médiatisées » et donneront une vraie résonance au film, par ailleurs lauréat du Prix Canal+ à Deauville et passé par Reims Polar.

Dernier titre actuellement daté, Rédemptions du cinéaste québécois Luc Picard débarquera le 2 décembre sur environ 100 copies. Le réalisateur y incarne un tueur à gage contraint de sortir de sa retraite pour reprendre du service et mener à bien une mission qui va impacter la vie de 8 personnes entre Montréal et Paris. Damien Bonnard, Louise Coldefy et Gérard Lanvin sont au casting de ce film choral, « avec un vrai savoir-faire québécois sur la façon de filmer les émotions et les relations humaines », souligne Guillaume De Castro. Pour Simon Robert, « c’est Babel d’Alejandro González Iñárritu avec du cœur ». À noter que le film est produit par Christian Larouche, l’un des producteurs de Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan.
10 films accompagnés chaque année
Si d’autres titres pourraient venir s’ajouter au calendrier 2026 — « il y a pas mal de discussions en cours, nous réaffirmerons le line-up cet été » —, Motel ambitionne à terme d’accompagner 10 films par an, dont quelques productions françaises, « principalement des premiers longs, pour découvrir de nouveaux talents », justifie son président. « Nous souhaitons aussi distribuer des documentaires ainsi que des œuvres de patrimoine, via des sorties événementielles avec des débats et des rencontres », indique Guillaume De Castro, les deux dirigeants confirmant également des échanges avec d’autres structures pour de la co-distribution. « Nous concentrons l’intégralité de nos efforts sur la sortie en salle, aussi tout ce qui concerne la vidéo et la TV a été confié à notre partenaire Sooner [fusion de Filmo et UniversCiné, ndlr.]. L’idée est surtout d’être flexible : si nous privilégions les acquisitions tous mandats, comme pour nos quatre premiers films, nous pourrions, sur certains projets, nous positionner uniquement sur la salle. » Avec également le souhait, à moyen terme, de développer la coproduction autour d’œuvres françaises et européennes.

En amont de son lancement printanier, Motel s’est déjà emparé des réseaux sociaux via le compte Stories by Motel. « Nous voulons rassembler la génération des 18-35 ans autour d’un média qui n’a pas vocation à parler exclusivement de cinéma, mais raconte et regarde le monde via des histoires. Le spectateur de cinéma n’a pas qu’une activité, il s’informe, utilise les réseaux sociaux : c’était donc une évidence d’aller le chercher sur ce terrain-là », détaille le directeur général de la structure, ravi du lancement avec plus de 5,5 millions de vues organiques en quelques semaines. « L’idée est de créer une marque qui devienne prescriptrice, mais aussi de construire une base de données exploitable, en reciblant les contenus marketing développés autour de nos sorties et qui seront affinitaires avec ce que raconte le média », abonde Simon Robert, qui vante un cercle vertueux : « Tout ce qu’on fait pour permettre aux films d’exister, permet aux films d’exister. Et donne envie aux gens d’aller au cinéma. »
Car, s’il « ressent » une vision parfois « pessimiste du marché », le duo reste persuadé que «la salle a encore de beaux jours devant elle ». « Il y a des films, des spectateurs, parfois ça ne fonctionne pas, c’est le jeu. Mais nous voyons encore plein d’opportunités et de choses à faire et à créer », concluent les deux dirigeants de Motel, résolument optimistes avant de prendre leur service.


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