Inclusion, la bataille de Julien Richard-Thomson

Julien Richard-Thomson sur le stand du SPCH au Salon Paris Images ©Jaguarundi Films

Le président du Syndicat des professionnels du cinéma en situation de handicap, qui a lancé les Écrans Inclusifs au Festival de Cannes l’an dernier, publie Inclusion, La bataille des écrans, un livre sur l’accès aux métiers du cinéma et de l’audiovisuel.

« Si j’ai toujours eu un comportement un peu bizarre, j’ai pris conscience assez tard qu’il pouvait s’agir d’un handicap », explique Julien Richard-Thomson. Atteint du syndrome Gilles de la Tourette, ses tics ne l’empêchent pas de vivre une scolarité normale, ni de réaliser très vite des films et webséries. Mais, comme il le relate dans son livre publié en janvier dernier, « c’est en étant confronté ensuite à des producteurs et décideurs que j’ai constaté une méfiance. Même quand mon projet plaisait, on me regardait curieusement et je représentais un risque. À 40 ans, je me suis aperçu que ma carrière avait vraiment du mal à décoller. » Le réalisateur finit donc par demander une RQTH (reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé) et décide de parler de son syndrome plutôt que de le cacher. « Pas seulement pour moi, mais en montant une association – le SCPH n’est pas encore officiellement un “syndicat” –, pour faire du lobbying auprès d’organismes professionnels et du CNC. On pourrait penser que la culture est plus ouverte, mais curieusement, l’inclusion y est plus en retard que dans l’industrie automobile. »

En témoigne cette rencontre sur l’inclusion au Festival de Cannes en 2019, « qui concernait principalement la place des femmes dans le cinéma, un peu les minorités sexuelles et les gens des quartiers… mais sans un mot sur les handicapés. J’ai réussi à voler un micro pour intervenir, en rappelant que le handicap reste la première discrimination en France, et j’ai annoncé la création du SCPH ». On parlait alors déjà d’accessibilité des œuvres et des salles, mais pas très peu de l’accès aux métiers. Or « considérer les personnes handicapées comme de seuls consommateurs de culture et leur interdire de produire la culture est une aberration », écrit Julien Richard-Thomson dans son livre.

Pas de bras, pas de cinéma ?

Il réalise l’année suivante un documentaire, produit par Otago Productions et financé par le groupe Canal+, intitulé Pas de bras, pas de cinéma ?. « J’y abordais la représentation du handicap dans les films à travers l’histoire, mais aussi l’emploi des personnes handicapées, quasiment absentes des équipes de tournage. » Ce film reçoit une aide du CNC, avec lequel le réalisateur contribue par ailleurs au lancement de l’appel à projets Les uns et les autres en 2021. Plus récemment, alors qu’il ne fait plus partie du jury, il postule pour un projet de série TV qui prévoyait l’embauche de 25 % de collaborateurs handicapés… mais n’est pas retenu au motif qu’il ne place pas le thème du handicap au centre du récit. « On exige des cinéastes en situation de handicap d’aborder prioritairement ce sujet, comme on pouvait demander autrefois aux femmes de faire des films “de femmes”. » 

Pendant ce temps, aux États-Unis notamment, des militants s’opposent farouchement au “cripping-up”, soit le fait pour un acteur valide de jouer un rôle d’handicapé. Julien Richard-Thomson se dit plus nuancé – « un acteur homosexuel peut très bien jouer un hétéro » –, mais sachant qu’un acteur en fauteuil a du mal à trouver du travail, « on comprend qu’il en aura encore moins quand il va à un interprète connu ».

Des écrans plus inclusifs

Certes, l’inclusion progresse. L’immense succès de Un p’tit truc en plus, et avant lui des films comme Intouchables, La Famille Bélier ou Le Huitième jour, ont contribué à faire évoluer les mentalités. Y compris celles des producteurs « qui voient que le talent de professionnels en situation de handicap, comme dans le film d’Artus, peut être rentable ».Les pouvoirs publics s’impliquent, via le CNC, la Mission Handicap d’Audiens – financée par l’AGEFIPH –, ou encore la commission nationale Culture et Handicap, « dont Charlotte Parmentier-Lecocq, alors ministre chargée de l’autonomie des Personnes handicapées, a annoncé la réactivation lors de notre rendez-vous cannois, Écrans inclusifs, lancé l’an dernier [voir Boxoffice Pro du 25 juin 2025] ». Une mission dédiée à l’accessibilité des métiers de la culture et du cinéma a alors été confiée à Lætitia Bernard, journaliste (et cavalière) non-voyante. 

L’insertion commence par un meilleur accès aux écoles – comme l’EICAR et l’ESRA où Julien Richard-Thomson donne des cours –, ce qui sera mis en avant pour la 2e édition des Écrans inclusifs, qui réunira professionnels et organismes à Cannes le 21 mai prochain. De son côté, le SCPH milite pour réformer le régime des intermittentsdu spectacle, en abaissant le nombre d’heures exigé pour les personnes ayant une RQTH, « qui, sans ce statut, sont souvent contraintes de quitter leur métier ». On constate aussi que l’évolution des technologies – le numérique en général, certains outils d’IA… – a facilité l’accès à des postes techniques, tout comme elle améliore l’accessibilité des salles de cinéma. Des salles qui sont « des endroits formidables pour débattre du handicap. Et il y a tant d’associations concernées que souvent, cela garantit un public pour les films traitant du handicap, même très modestes »,constate Julien Richard-Thomson. Et bien sûr, les cinémas peuvent eux aussi offrir des emplois, à l’accueil ou en projection. « Il est essentiel de croiser toute la filière », souligne celui qui est membre de l’observatoire de l’accessibilité du CNC… et reste en cela optimiste. « Au moment où les États-Unis reculent sur l’inclusion, la France est sur un chemin vertueux. »

Julien Richard-Thomson sur le stand du SPCH au Salon Paris Images ©Jaguarundi Films

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