Fusion Paramount-Warner : Quelles suites ? 

© Montage Boxoffice Pro - Unsplash

Après avoir tenu le devant de la scène avec le spectaculaire duel contre Netflix, le rachat de Warner Bros. Discovery par Paramount Skydance entre dans le terrain, tout aussi miné, des approbations réglementaires. Et l’examen d’un dossier aux enjeux industriels et culturels si sensibles promet d’être scrupuleux, particulièrement de notre côté de l’Atlantique.

Aux États-Unis, le procureur général de Californie, Rob Bonta, tout comme plusieurs sénateurs d’États démocrates, ont déjà prévenu que la transaction et ses impacts seront méticuleusement surveillés. Mais entre un président Trump qui n’a jamais caché ses faveurs et une administration fédérale qui ne s’est, jusqu’ici, jamais farouchement opposée aux grandes fusions ces dernières années, c’est plutôt le vieux continent qui pourrait résister. Du moins le plus longtemps…

En Europe en effet, les autorités de la concurrence ont toujours fait preuve de plus de vigilance face aux concentrations. Et la fusion Paramount-WBD réunirait, de toute évidence, un ensemble d’actifs comparables et d’une taille rarement atteinte dans l’industrie du divertissement et des médias : les studios historiques Paramount et Warner Bros., les réseaux d’information CBS News et CNN, des dizaines de chaînes TV linéaires et un portefeuille de plateformes de streaming qui pourrait dépasser 219 millions d’abonnés. Pour résumer, en dehors des géants comme Amazon, Apple ou Netflix, peu d’acteurs disposeraient d’un ensemble aussi vaste d’actifs audiovisuels. Une taille critique qui va naturellement conduire la Commission européenne à un examen d’autant plus attentif qu’il implique 27 marchés.

Une fois l’opération officiellement notifiée à Bruxelles, la direction générale de la concurrence ouvrira une première phase d’examen (d’une durée de 25 jours ouvrés). Durant cette période, régulateurs et services de la Commission consulteront acteurs du secteur, concurrents comme partenaires, pour une pleine évaluation de l’impact du rapprochement. Si les préoccupations persistent, Bruxelles pourra ouvrir une enquête approfondie dite de “phase II”, prolongeant l’examen de plusieurs mois. Dans ce cas, Paramount pourrait être amené à proposer des concessions pour lever les préoccupations concurrentielles, comme la cession de certains actifs audiovisuels en Europe. Parmi les scénarios les plus souvent évoqués figure par exemple la vente d’une des deux chaînes jeunesse, Nickelodeon ou Cartoon Network.

Les exploitants européens entendent également peser dans le débat, notamment l’Union internationale des cinémas (UNIC) qui observe le dossier avec attention. Notamment sur les fenêtres d’exclusivité salles dans l’ensemble des territoires, et d’un solide calendrier de sorties ; le souvenir du rachat de 21st Century Fox par Disney en 2019 est encore vif dans la mémoire de la profession, et des parlementaires européens ont déjà alerté la Commission sur l’impact de cette fusion sur la quantité, mais également la variété de l’offre de films.

Enfin, parmi les examens approfondis, figurera le point, éminemment sensible, du montage financier de la transaction évaluée à près de 111 milliards de dollars. Elle est certes assurée par Larry Ellison, mais également par des fonds souverains du Moyen-Orient – notamment le Public Investment Fund d’Arabie saoudite, la Qatar Investment Authority et l’Imad Holding d’Abou Dhabi –, et l’Europe dispose d’un règlement strict destiné à lutter contre les aides publiques déloyales provenant de gouvernements non membres de l’UE. 

Au-delà des 2,8 milliards de dollars que Paramount va prendre en charge pour régler l’indemnité de rupture dûe à Netflix, le groupe de David Ellison s’est, pour rappel, engagé à verser à WBD 7 milliards de dollars de “frais de résiliation” si la transaction devait échouer pour des raisons réglementaires. Sans oublier le “ticketing fee” de 0,25 $ par action qu’il reversera aux actionnaires pour chaque trimestre durant lequel la transaction n’aura pas encore été finalisée, à partir du 30 septembre 2026.

La question n’est donc pas tant de savoir si l’Europe approuvera la fusion, mais quelles garanties et concessions elle exigera – et ce que l’ensemble du processus coûtera à Paramount.

Article paru dans le Boxoffice Pro du 18 mars 2026.

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