Moteur… et action au Alice Guy de Bobigny 

© Ariane Mestre

Ce 11 mars, la commune francilienne accueille un complexe de six écrans porté par l’établissement public territorial Est Ensemble. Un équipement culturel de proximité, inscrit dans un projet mêlant exigence artistique et accessibilité tarifaire, pour une ouverture à tous les publics.

C’est le grand retour du cinéma à Bobigny, près de sept ans après la fermeture du Magic, l’ancien UGC dont deux salles (sur trois) avaient continué à être exploitées par la municipalité jusqu’en 2019 – et qui ont été détruits depuis, en même temps que le centre commercial dans lequel elles étaient implantées. Le nouveau cinéma s’est donc inscrit « dans un temps long, au cœur d’un vaste quartier en renouvellement urbain que Est Ensemble a rejoint en finançant et en assurant, via son service des bâtiments, la maîtrise d’œuvre et l’aménagement, après remise de la coque », explique Victor Courgeon. Sur un budget de 23 M€, Est Ensemble a apporté 19 M€, complétés par 3 M€ de l’État et 1 M€ de la Métropole du Grand Paris

Précédemment chargé des publics et de la communication au Méliès de Montreuil, Victor Courgeon officie désormais comme directeur d’exploitation du Alice Guy. À ses côtés, Ariane Mestre assure les fonctions de directrice artistique de la structure ; une belle manière de faire la jonction entre Écran nomade, la structure de cinéma itinérant qu’elle dirigeait, et qui a assuré l’activité cinématographique temporaire, « entretenu les habitudes et cultivé les scolaires » à Bobigny, en proposant notamment les projections estivales de Ciné sous les étoiles.

© Ariane Mestre

Un cinéma public, populaire… et exigeant

L’établissement déploie ses six salles (et 865 places PMR compris) au rez-de-chaussée et au sous-sol d’un immeuble de neuf étages, situé dans l’allée centrale du nouveau quartier de Bobigny. Et s’il revendique avant tout son identité de cinéma, il pourra ponctuellement accueillir, dans ses trois salles modulables, « la saison culturelle de Bobigny tout comme nos propres propositions hybridant cinéma et musique, ou cinéma et danse, dans une logique de dialogue entre les arts », détaille Ariane Mestre.
Dans une ville marquée par un niveau de revenus parmi les plus faibles de France, «il faut tenir compte de la sociologie de la population dans nos tarifs et notre programmation qui se veut mixte,souligne la directrice artistique. Le tout, en assurant pleinement nos missions de service public : faire découvrir le cinéma et son histoire, développer l’esprit critique, créer de la curiosité… bref, ouvrir les champs ».

En outre, vu la part importante de la jeunesse dans la population locale, le Alice Guy accordera une place centrale au jeune public et à l’éducation à l’image, « dans la droite ligne du travail de médiation sur le terrain avec, par extension, toute une action à destination de 15-25 ans », ajoute Victor Courgeon. La programmation proposera également des rendez-vous réguliers autour du documentaire (en prolongement des Ciné-docs mensuels de L’Écran nomade), du répertoire (avec deux ciné-clubs, l’un lycéen, l’autre proposé par l’équipe du cinéma) et des courts métrages en avant-séances, « avec un Extracourt hebdomadaire devant l’un des films programmés, et sachant que le premier mois d’ouverture, ce sont les courts d’Alice Guy qui seront projetés, devant tous types de films – blockbusters, art et essai, jeune public, etc. Du court de répertoire, en somme ! », se réjouit Ariane Mestre.

Aussi, comme en témoignent son nom-hommage à la femme cinéaste pionnière et le choix de son parrain Jean-Pascal Zadi, le cinéma entend s’adresser à toute la diversité des publics du territoire. « Cela passera notamment par une offre confiserie qui, dans cette ville parmi les plus populaires de la Seine-Saint-Denis, fait partie du “kit” de la sortie cinéma », précise le directeur d’exploitation.

Salle 1, la plus grande du cinéma, avec projecteur 4K et option 3D © Ariane Mestre

Reconquérir et rayonner

Au-delà des 55 000 Balbyniens, le Alice Guy a vocation à rayonner sur un bassin de 350 000 habitants à 15 minutes de trajet en transports, bénéficiant par ailleurs d’une très bonne desserte publique – qui sera renforcée d’ici 5 ans de la ligne 15 du métro Grand Paris Express.

Autour de la commune, le paysage concurrentiel prend la forme de grands multiplexes – les UGC de Rosny (15 salles), UGC O’Parinor d’Aulnay (14 salles), UGC Paris 19 (14 salles) et Pathé La Villette (16 salles) – mais pas que. Le cinéma le plus proche est le mono-écran à activité mixte le Malraux de Bondy – dirigé par… le même Victor Courgeon – et qui fait partie, comme les Ciné 104 de Pantin et le Trianon de Romainville voisins, du réseau Est Ensemble. « Sans oublier les autres salles publiques à la Courneuve, Aubervilliers ou, encore plus proche, le nouveau cinéma L’Arche à venir à Drancy, rappelle Victor Courgeon, avec chacun ses bassins de populations, mais une certaine porosité des publics. » Reste aussi à savoir « comment les gens de ce nouveau quartier de Bobigny, qui compte près de 1 200 logements, vont s’emparer de leur cinéma de proximité », s’interroge Ariane Mestre, qui s’apprête à déployer un gros travail autour du champ social, avec le tissu associatif local, « dont celui du tribunal, de l’hôpital, et tous les bureaux alentours que nous pouvons aussi mobiliser, avec un vrai potentiel de création de nouveaux publics ».

Derrière l’élégante grande façade du cinéma, le hall de 300 m² a été imaginé comme un espace « vivant et vivable », ouvert à tous ceux qui veulent venir « se poser, faire du coworking… », et bientôt accueillir un café librairie. « Je crois profondément au pouvoir d’attraction de ce lieu », résume Victor Courgeon. C’est dans ce contexte que le Alice Guy table sur une fréquentation autour de 150 000 entrées annuelles, un objectif appelé à être atteint progressivement, « même si nous ne sommes pas à l’abri d’une… bonne surprise », notent les jeunes responsables de cet équipement pensé comme un marqueur culturel fort pour le territoire, et avant tout « un lieu public ».

© Ariane Mestre

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