Malgré une fréquentation en berne en 2025, les salles IMAX ont connu une progression record dans le monde et en France, où les formats premium se diversifient, n’étant plus réservés aux blockbusters américains, ni aux plus gros circuits. Ainsi, aux côtés du leader Pathé ou de l’innovant CGR, on ne compte plus les indépendants français qui adoptent des franchises internationales, mais lancent aussi leurs propres marques premium. De Horizon à Inceptiom, en passant par Orium ou CineMax, il s’agit toujours de combiner technologies de pointe, grand confort et design personnalisé, tout en restant maître de sa programmation. Petit tour d’horizon – non exhaustif – des exploitants qui ont choisi de proposer ces expériences hors-normes.
Dans le réseau Majestic, Jean-Claude Tupin a ouvert, en mars 2025, son ambitieux Rive Gauche à Dole, de 10 écrans, où a été installée la première salle IMAX du groupe, ainsi que son format maison Odyssée – initié au Majestic de Remiremont en 2020 pour sa salle Emmanuelle Riva. Les deux salles ont représenté 25 % des entrées du cinéma depuis son ouverture, pour des recettes de 10 % supérieures à celles des autres salles. Selon la direction d’IMAX, la fréquentation pour Avatar à Dole a été l’une des plus fortes de France, avec un taux de remplissage de 80 % pendant les fêtes. Jean-Claude Tupin, qui, pour rappel, avait ouvert avec son associée Laurence Meunier la première salle ICE hors CGR à Compiègne, est convaincu « d’avoir fait le bon choix, pour, aujourd’hui, capter et garder de nouveaux spectateurs. Nous avons voulu un cinéma entièrement premium et n’avons pas regardé à la dépense. Avec un supplément de 3 € pour la salle Odyssée et de 5 € pour la salle IMAX, notre prix moyen a augmenté de 1,50 €, pour s’établir à 8,50 € ».

Au terme de la première année pleine d’activité de sa salle Ōma, Daniel Taillandier est tout aussi satisfait. En 2024, Les Balcons de Mougins de son réseau CineWest devenait le premier cinéma du monde à s’équiper du concept imaginé par l’architecte Pierre Chican. Sur l’année suivante, les cinq balcons de la salle Ōma – de 8 fauteuils chacun – ont affiché un taux de remplissage de 30,2 %. Ainsi, l’établissement a réalisé 29,4 % de ses 50 000 entrées de 2025 avec les 40 sièges de ses balcons, soit 13,7 % de l’ensemble des 293 places que comptent ses trois salles. Une performance « spectaculaire » pour l’exploitant, d’autant que la salle offre le choix « de voir tous les films, y compris les titres français qui représentent 40 à 45 % de nos entrées ». Et sur un tarif plein de 10,50 €, le public ne rechigne pas au supplément de 4,50 € pour accéder à ces loges spéciales, comparé aux 2,50 € supplémentaires pour un fauteuil à l’orchestre. Une disposition qui se reflète également dans le panier confiserie du cinéma de Mougins, en tête des 13 sites de CineWest, « même si le terme confiserie n’est pas particulièrement adapté notre offre de Mougins, entre demi-bouteilles de champagne, vins et macarons », note Daniel Taillandier.
Au MégaCastillet de Perpignan, la salle dynamique MX4D, de la société américaine MediaMation et installée en 2021, et la salle ICE ouverte en 2022, ont représenté 13 % des entrées enregistrées par les 12 que compte le multiplexe en 2025, « soit le même niveau qu’en 2022 », précise Jérémy Cacheux, directeur d’exploitation du Groupe SNES – CineMovida. Pour les films proposés en premium – et disponibles aussi dans les salles classiques –, la MX4D a généré 13,7 % des entrées, et la technologie ICE 15,2 %, soit un total de 28 %. « Le taux de remplissage de la salle MX4D, qui n’a que 60 places, est extraordinaire : 100 % pour Avatar et 50 % en moyenne sur l’année ». Quant au box-office, sachant qu’un supplément de 6 € est appliqué pour les deux formats, les deux salles pèsent pour 21,66 % des recettes billetterie sur l’année… et ce sans reverser de royalties comme c’est le cas pour d’autres marques.
Certaines marques qui se déploient par exemple au Cineum de Cannes : IMAX, Dolby Cinema et ScreenX, aux côtés des formats maison Lodge et Aurore développés par Cineplanet. « Nous avons tous les formats, sauf les fauteuils qui bougent, pour tous les films et tous les publics, se félicite Philippe Borys-Combret, et ces salles un taux de d’occupation plus élevé. » L’exploitant n’a aucun doute : « Le cinéma premium, ça marche, et c’est la meilleure offre possible pour un public de plus en plus sensible à la techno et au confort. » Mais s’il est évident, pour le dirigeant de Cineplanet, que ces formats permettent d’attirer un nouveau public, « il serait intéressant de savoir si les spectateurs réguliers vont de temps en temps voir un film en IMAX et à quel rythme ». Il constate qu’un couple sans enfant « vient dans notre salle Lodge [avec supplément de 6 €] pour s’allonger dans nos fauteuils grand confort, quand une famille ira plutôt dans une salle classique pour raison de budget ». Pour autant, ces salles ne sont pas réservées aux CSP+ de Cannes et Antibes ; le Cineplanet de Salon est aussi équipé, et « notre salle Lodge à Alès, ouverte en décembre dernier, marche très bien ».

Cinéville a aussi franchi le pas, avec son concept maison Orium, lancé en 2024 à Saint-Sébastien-sur-Loire, et déployé au cours du 2e semestre 2025 dans six des 24 établissements que compte le circuit. Pour son dirigeant Yves Sutter, c’est donc trop tôt pour tirer un bilan précis, « avec un recul de seulement six mois… et sur une année mauvaise, en entrées et en densité de gros films. Mais nos salles Orium étant installées aussi bien dans de grandes agglos comme celle de Nantes ou Rennes que dans une ville comme Morlaix, nous observons déjà que le format fonctionne mieux dans nos complexes les plus petits ». Il faut dire que si Cinéville double la salle dans ses multiplexes, le film n’est projeté qu’en salle Orium dans le cinéma de 6 écrans de Morlaix : les spectateurs n’ont donc pas le choix s’ils veulent le voir. « Mais avec une majoration de 2 € – et de 3 € dans les autres Cinéville – ils n’hésitent pas et sont ravis en sortant. » Dans le réseau en général, 60 % des spectateurs de Avatar l’ont vu dans ces salles Orium, bien qu’elles offrent moins de fauteuils, et donc là encore un taux de remplissage bien meilleur, « proche de 90 % entre Noël et le Jour de l’An ». Leur succès ne s’est pas limité pas à Avatar, souligne Yves Sutter, citant les belles performances d’un film familial comme Zootopie 2, et plus récemment de Marsupilami, qui a fait autant d’entrées en Orium que dans les salles classiques son jour de sortie.
Une offre variée
Comme la salle Ōma, le format maison de Cinéville permet aussi de « premiumiser » tout type de films. « Techniquement, nous n’avons besoin d’aucun fichier ni d’encodage spécifique pour nos salles Orium, où l’on projette aussi du répertoire, des avant-premières et des films français. » Yves Sutter admet toutefois qu’il faut « une adéquation entre les films et le format », ce qui varie beaucoup selon les périodes. « Mi-septembre, nous avons eu coup sur coup Conjuring et Demon Slayer, parfaits pour ces salles, mais qui ont eu une carrière très courte ; et en juillet Jurassic World : Renaissance est arrivé une semaine après F1. » Inversement lors des semaines creuses, il faut pouvoir alimenter à la fois ces salles premium et celles de grandes capacités. « Avec l’offre qui arrive à l’été 2026, ce sera un bel exercice de programmation. »

À Perpignan, Jérémy Cacheux estime avoir eu suffisamment de films à proposer dans ses formats spéciaux en 2025, « même si certains, comme Superman ou The Marvels ont sous-performé par rapport aux attentes ». La salle MX4D laisse l’exploitant libre de ses choix de programmation, « mais nous y plaçons uniquement les films travaillés pour le format, et un seul par semaine – notamment parce qu’il faut changer les canules d’odeurs pour chaque film. C’est le format idéal pour les films d’horreur et un public jeune, qui vient y chercher l’ambiance des trains-fantôme de fêtes foraines. Nous faisons le choix aussi de proposer un seul film en ICE – cette semaine Marsupilami, bien que Goat soit disponible aussi dans le format ». Mais la salle ICE proposant un grand confort et attirant un public plus adulte, CineMovida y programme aussi les opéras ou certaines avant-premières avec équipes, dans ce cas sans utiliser la technologie spécifique de panneaux LED latéraux.
Dans ses salles Odyssée, Jean-Claude Tupin fait lui aussi circuler les films au maximum. « Le Majestic Dole-Rive Gauche est classé art et essai et nous voulons que ce confort profite à tout le monde. L’offre de films est plus limitée en IMAX, et pour des films comme Avatar ou Marsupilami, nous proposons systématiquement une deuxième salle, pour que les spectateurs aient le choix. » Les films aux formats spéciaux, qui sont aussi toujours doublés dans une salle classique chez Cineplanet, sont suffisamment nombreux selon Philippe Borys-Combret. Y compris en ScreenX, « qui marche surtout pour les films d’action ayant des scènes de mouvement et de vitesse, le plus bel effet étant selon moi celui produit par Top Gun ». Dans ses salles Aurore, Lodge ou Cosy, l’exploitant propose aussi des films art et essai.
Se projeter dans l’avenir…
Chez Cinéville, Yves Sutter veut se laisser le temps d’analyser le potentiel de ses salles Orium avant de les déployer sur l’ensemble de son parc. Mais il n’a aucun regret d’avoir créé un concept « qui nous appartient, adapté à nos cinémas et à nos publics, et sans royalties à reverser ». Si ce n’est une part importante de la recette au distributeur, sur des tarifs plus élevés, alors « qu’il n’a rien investi dans ces équipements », souligne le dirigeant de Cinéville, rejoint sur ce point par celui de Cinéplanet. Philippe Borys-Combret regrette aussi le manque de promotion de la part des éditeurs, qui ne mettent pas l’accent sur ces formats premium, mais affirme toutefois « être gagnant » par rapport à ses investissements.
Économiquement, Jean-Claude Tupin reconnaît avoir « plus intérêt à développer [ses] propres formats ». Mais il ouvrira fin 2026 une 2e salle IMAX à Vesoul, qui s’accompagnera d’une salle Odyssée ainsi que d’une salle Inceptiom, nouveau concept « ultra premium » de Majestic. « Nous voulons casser l’image de nos cinémas qui ont une vingtaine d’années : ainsi à Vesoul, nous casserons une salle de 114 places pour en faire 50 ». Le projet de multiplexe à Laon comprendra des salles premium, tout comme le complexe de 5 salles envisagé à Héricourt par Jean-Yannick Tupin – qui passera en CDACi début mars. « En 54 ans, j’ai vu le cinéma évoluer ; il entre aujourd’hui dans une nouvelle ère et nous voulons y participer. »
De son côté, Daniel Taillandier pourra bientôt évaluer les résultats de trois différentes offres premium. En janvier dernier, le circuit a en effet dévoilé son format immersif “maison”, Ultim, au Capitole My CineWest du Pontet [voir Boxoffice Pro du 4 février 2026], dans la périphérie d’Avignon. L’établissement a par ailleurs reçu le 5 février le feu vert en CNACi pour une nouvelle salle Imax, qui deviendra le 12e écran du vaisseau amiral de CineWest. Quant aux projets concernant le reste de son réseau, « il n’y a pas de cinémas qui n’aient pas besoin de premiumisation », estime Daniel Taillandier. « Reste à voir quel type de premium, en fonction de l’établissement. » En attendant, c’est à Chartres, au cinéma Les Enfants du Paradis géré par Judith Reynaud, qu’est prévue, d’ici l’automne prochain, la seconde salle Ōma de France.
Cécile Vargoz et Aysegül Algan


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